Lectures d'été: bandes dessinées

Notre sélection de bandes dessinées pour vos lectures estivales.

1 - Sous la surface, Tome 1  ***1/2

Michaud; Dominici; Gihef

Éditions Kennes, 56 pages

L’éditeur de BD belge Kennes a réuni un tandem — Gihef au scénario ; Marco Dominici au dessins — pour travailler avec le Québécois Martin Michaud (auteur de la série de polars Les enquêtes de Victor Lessard) à l’adaptation de son roman Sous la surface, paru en 2013. Ce thriller de politique fiction a pour toile de fond la campagne électorale d’un jeune politicien américain en pleine gloire, Patrick Adams. En politique, ça joue dur, et tous les coups sont permis, sans qu’on sache nécessairement s’ils viennent du camp adverse ou des « amis » démocrates, potentiels rivaux. La course du sénateur Adams au leadership démocrate pourrait bien être compromise par des révélations concernant un incident de jeunesse... auquel est aussi indirectement mêlée son épouse, Léah — dont le petit ami de l’époque, Chase, a d’ailleurs disparu de la circulation, la nuit de cette tragédie.

Sous la surface, Tome 1

Le récit emprunte ouvertement certains éléments narratifs à l’accident de voiture, bien réel, du sénateur Ted Kennedy, qui coûta la vie à une jeune attachée politique, en 1969, dans le Massachussetts... l’État où a justement lieu l’intrigue de jeunesse de Sous la surface.

On suit, au présent, les péripéties de la campagne électorale, tandis que des flashbacks lèvent (en partie) un voile sur cet incident de jeunesse, et sur des séquences énigmatiques qu’on devine être directement liées à ce squelette dans le placard. Squelette que Michaud et ses comparses révèlent par bribes.

Si le récit semble un peu touffu, le lecteur devant rapidement apprivoiser les multiples personnages qui gravitent autour du power couple, il est néanmoins maîtrisé. Et parfaitement crédible — on a vraiment l’impression de « vivre » les coulisses du pouvoir.

Deux tomes sont prévus. Ce premier volet sert essentiellement à placer l’intrigue et les personnages. Le découpage, rythmé, garantit une tension constante. Bien construit, le récit débouche sur plus d’interrogations que de réponses, tout en laissant le lecteur sur un gros cliffhanger. Bref, il remplit parfaitement son rôle : on a hâte de découvrir la suite de ce thriller haletant.

***

À LIRE AUSSI :

Lectures d'été

L’espion de trop

2 - L’espion de trop  ****

Frédéric Antoine; VoRo

Glénat, 56 pages

Autre histoire inspirée de faits réels, L’espion de trop « plonge » en novembre 1942, à bord d’un sous-marin allemand qui accostera au Québec dans la Baie-des-Chaleurs, pour y débarquer le lieutenant Von Janowski, en mission de sabotage, secrète démarre d’autant plus mal qu’à Berlin, les services de renseignement sont à couteaux tirés avec le bureau d’espionnage de la branche SS, qui s’est arrangé pour nuire à la mission. Cette histoire d’espionnage aux airs de cavale qui, à force d’amateurisme, vire presque à la farce, est sidérante.

En fin d’ouvrage, six pages documentaires permettent de demêler la réalité de la fiction en ce qui concerne la « Bataille du Saint-Laurent », la présence de U-boots allemands le long des côtes gaspésiennes, et l’authentique méfiance/paranoïa des Gaspésiens, à juste titre soupçonneux, et d’en apprendre davantage sur « Bobbi » le nom de code de l’espion Janowski. Un détail de l’Histoire à la fois anecdotique et fascinant.

Les auteurs, Frédéric Antoine (El Spectro ; Jimmy Tornado ; Biodôme) au scénario et VoRo (La mare au Diable, prix BédéLys 2001), qui fait preuve ici d’un trait de crayon on ne peut plus maîtrisé. reconstituent avec une fidèlement les lieux, les uniformes, les véhicules, les faits. On croyait leur récit largement fictionnel... on s’aperçoit qu’il est beaucoup plus collé sur la réalité historique qu’on ne l’imaginait...

***

3 - L’affaire Delorme  ***1/2

Grégoire Mabit; Michel Viau

Glénat, 154 page

Le vétéran de la BD québécoise Michel Viau (Safarir) a délaissé l’humour pour se consacrer à une page d’histoire, en retraçant en détails un meurtre sordide qui a marqué le Québec en 1922, et passé à la postérité sous le nom de « l’affaire delorme ».

Si le fait-divers a défrayé les manchettes, c’est que l’accusé — le frère de la victime — n’est nul autre qu’un prêtre... chose inouïe, et absolument inadmissible, pour le Québec ultra-clérical de l’époque.

Viau, qui a scrupuleusement épluché les procès-verbaux et les coupures de presse de l’époque (parfois même reproduits en photo, au fil de la lecture), reconstitue l’enquête et le procès de l’abbé Adélard Delorme avec la méticulosité et la rigueur d’un historien, en évitant toute réinterprétation des faits. C’en est passionnant, du point de vue du document historique, et du portrait de la société montréalaise qui en ressort ; le personnage de femme journaliste, plutôt en avance sur son temps, permet par exemple de bien saisir l’état « rétrograde » des mœurs. Du point de vue narratif, ça fonctionne aussi, mais c’est moins convainquant. Un zeste de liberté fictionnelle aurait sans doute aidé à étoffer certains personnages, et aurait permis de vernir les dialogues et la narration, qui restent très terre-à-terre.

La loi ou la foi? Laquelle des deux prévaudra ? Les éléments policiers et judicaires sont fort heureusement assez éloquents pour articuler d’eux-même le scénario. Mais le récit séduit véritablement lorsqu’il aborde les enjeux sociaux, politiques et moraux qui teintent (ou sont teintés par) « l’affaire ». Ou quand il esquisse les rivalités ou antagonismes qui animent certains protagonistes (l’enquêteur est d’origine syrienne, ce qui n’a pas l’heur de plaire à tous).

Grégoire Mabit a opté pour le noir et blanc. La personnalité de son trait ne semble pas encore complètement affirmée, mais il est déjà prometteur.

Le facteur de l’espace — les pilleurs à moteur

***

4 - Le facteur de l’espace — les pilleurs à moteur  ***

Guillaume Perreault

La Pastèque, 152 pages

Dans ce tome 2 des aventures de Bob le postier galactique, le bédéiste gatinois Guillaume Perreault (Cumulus) envoie son antihéros dans une nouvelle mission postale, cette fois sur la planète Baïbaï. Une toute petite lettre de rien du tout : mission pas trop compliquée, pour « l’employé du mois », qui se donne des airs de vétéran. Pas compliquée... sur papier, du moins.

Mais Bob, qui n’a jamais distribué le courrier autrement qu’en solo, doit cette fois se faire accompagner d’une jeune recrue, Marcelle, qu’il devra former. Son défi n’est donc plus de partir braver l’inconnu, mais d’apprendre à travailler en équipe.

En chemin, le duo croisera un auto-stoppeur aussi sympathique que cornichon, qui aimerait bien un coup de pouce (nouveau défi : apprendre à être serviable) et tombera nez à nez avec les « pilleurs de l’espace », une redoutables bande de motards criminalisés qui veulent lui dérober sa lettre (nouveau défi : rester en vie).

Au fil de sa mésaventure, Bob découvrira que les amis, c’est parfois pratique. Et que l’esprit d’équipe, c’est bien utile. Un récit sans autre prétention, aussi saugrenu que plaisant.

Guillaume Perreault renoue avec le ton (comico-poético-naïf) et l’univers graphique (imaginatif et coloré) qui ont fait le succès du premier tome — lequel a été traduit en six langues ; un projet pour adapter à la télévision l’univers du Facteur de l’espace est d’ailleurs en cours de production. Guillaume Perreault travaille aussi sur une version jeu vidéo (pour appareils mobiles) de cet univers.