Marie-Ève Martel est journaliste à La Voix de l’Est. Elle publie cette semaine un essai en faveur de la sauvegarde des médias régionaux.

Le livre Extinction de voix: un cri du cœur pour l’information locale

Les médias régionaux sont le miroir et la loupe des communautés, et leur disparition a des conséquences profondes sur chacune d’elles. C’est ce cri du cœur que la journaliste de La Voix de l’Est, Marie-Ève Martel, lance dans son premier essai, Extinction de voix - Plaidoyer pour la sauvegarde de l’information régionale, qui paraît cette semaine.

Ceux qui la connaissent savent que la jeune femme ne fait rien à moitié. Intense, passionnée, idéaliste, elle a ressenti le besoin — l’urgence pourrait-on dire — d’écrire ce livre pendant qu’il est encore temps.

« Je veux brasser le cocotier. Il y a le feu et il ne faut pas attendre d’être devant un tas de cendres pour agir. Ce serait bien que les gens le réalisent avant qu’il ne soit trop tard », dit-elle. Au fil de la centaine de pages d’Extinction de voix, elle se fait donc éveilleuse de conscience. « Les gens vont être surpris de l’ampleur de la situation. »

Au sujet de l’avenir — et de l’étiolement — des médias en région, Marie-Ève Martel lève le drapeau rouge. « Chaque fois que cela se produit, c’est un pan de la démocratie locale qui s’effondre, ce sont des voix qui perdent une tribune, des projets dont on n’entendra plus parler. Ce sont des injustices qui ne seront plus dénoncées, des bons coups qui ne seront plus soulignés. »

Devant ce danger, elle cite notamment la présidente de la Fédération nationale des communications, Pascale St-Onge. « Si peu s’indignent des fermetures récentes des médias. Je me dois de rappeler qu’à chaque fois que l’un d’entre eux s’éteint, ce sont des histoires qui ne seront jamais racontées. »

À grand renfort de citations, de faits vécus, de statistiques et de références, l’auteure brosse en effet un portrait fouillé et hyper réaliste de ce que vivent les médias régionaux au Québec depuis quelques années.

Elle y vante les multiples raisons d’être des médias régionaux, fait le constat de cet « écosystème en mutation », recense les nombreuses transactions et fermetures qui ont touché les médias de proximité et tente d’expliquer comment et pourquoi le milieu est aujourd’hui dans un tel état de précarité.

Et elle le fait sans gant blanc ni censure. « Ça aurait été bête de le faire, alors que je dénonce moi-même la censure dans mon livre », admet-elle.

L’idée de départ

Un chapitre entier est consacré à la pression que peuvent subir les journalistes en région. L’étincelle de départ de cet ouvrage est d’ailleurs née d’une bisbille avec le maire de Granby, Pascal Bonin, rappelle Marie-Ève. Une expérience datant de 2013 — le maire lui avait alors demandé de quitter une rencontre citoyenne, pourtant publique — qu’elle relate dans son livre pour illustrer la relation parfois tendue qui existe entre les journalistes et les élus municipaux. « La transparence derrière des portes closes, à micros fermés ou à l’abri des caméras, ce n’est pas la démocratie », écrit-elle.

« J’idéalise beaucoup la profession et cet événement m’avait heurtée. Quand on étudie pour devenir journalistes, on ne nous parle pas des entraves à notre métier... Dans la communauté, cet incident avait fait jaser. Puis, d’autres journalistes ont commencé à se confier à moi sur ce qu’ils vivaient. Quand on prend la somme de tous les événements, on voit qu’il y a un vrai problème », laisse-t-elle entendre en entrevue.

Mais malgré le côté sombre de la médaille, la reporter suggère au final quelques pistes de solutions pour sauver l’industrie : des crédits d’impôt aux médias, une meilleure éducation des jeunes sur les médias, un contrôle plus serré des géants du web qui s’approprient les nouvelles sans payer un sou... Les possibilités sont là, selon elle, à condition que tous s’y intéressent.

« Le public doit percevoir les médias non pas comme des produits, mais comme un outil démocratique, social et économique, une richesse dont la valeur est inestimable », conclut-elle en interpellant tant les gouvernements, les patrons de presse et les journalistes que la population.

Fière

Il a fallu neuf mois de recherche et d’écriture, suivis de neuf mois de révision pour concrétiser ce livre, sous les auspices des Éditions Somme Toute. Maintenant qu’elle le tient dans ses mains, Marie-Ève Martel arrive difficilement à cacher sa fierté. « C’est cliché, mais j’ai toujours rêvé d’écrire un livre, avant même d’être journaliste. Depuis que je suis toute petite en fait. Je suis vraiment fière. Je peux maintenant cocher ça sur ma bucket list ! »

Elle peut aussi se dire qu’elle aura fait tout en son pouvoir pour sonner l’alarme.