Simon Boulerice se sent bien au Salon du livre de l’Outaouais. «J’aime son énergie, je le trouve pétillant», lance-t-il.

Le livre, cet «objet précieux»

Qu’est-ce que ça mange en hiver, un président d’honneur ? Ça « incarne un visage. Je personnifie un Salon. Je ne deviens pas tout à fait une mascotte, mais j’humanise quelque chose qui serait un peu intangible, sinon », lance le président d’honneur de la 39e édition du Salon du livre de l’Outaouais, Simon Boulerice, positivement « heureux » de pouvoir se promener dans les allées du Palais des congrès, en se rendant disponible aux rencontres et aux jasettes avec les visiteurs.

« Gatineau, c’est un Salon où je vais chaque année depuis six ou sept ans. Je m’y sens bien. J’aime son énergie, je le trouve pétillant. Je trouve que les lecteurs sont “avides”, intrigués, qu’ils posent des questions. Dès les premières années, quand je ne vendais pas beaucoup, les gens s’arrêtaient quand même à mon stand, me demandaient ce que je faisais. Cette curiosité, je la trouve saine, poursuit-il. C’est pas comme un marché, où on fait juste passer. Non, on a des livres devant soi, de la culture, et quand il n’y a personne [au kiosque d’un auteur], les gens s’arrêtent [pour le plaisir de jaser]. J’aime cette intimité qui s’y crée avec le lecteur ou le futur lecteur », retrace le poète, dramaturge, romancier, danseur et auteur chouchou des jeunes lecteurs.

« C’est un grand honneur qu’on me fait. Je me sens encore assez jeune, donc d’avoir cette opportunité à mon âge, ça me fait vraiment plaisir », poursuit l’auteur, qui publiait mercredi 28 février un nouveau titre jeunesse, La Maison sonore (illustré par Arassay Hilario Reyes), paru chez Québec Amérique.

Voir. Entendre Dire.

Comment la thématique du SLO, Voir. Entendre Dire., résonne-t-elle aux yeux du créateur ?

« C’est la base d’une communauté. Vivre ensemble, c’est écouter les autres, ouvrir les yeux pour observer autour de soi. Pour, éventuellement, “dire”. On s’informe. On assimile. On absorbe. Pour moi, un créateur est une éponge, qui absorbe tant par les yeux que par les oreilles. Et qui peut, une fois chargé à bloc, “s’essorer”, restituer tout ce qu’il a accumulé – après l’avoir réorganisé pour se faire sa propre opinion. S’informer, c’est aiguiser ton regard sur le monde. C’est ma posture d’écrivain : être tournée vers les autres, tout en étant très personnel. Ça part tout le temps de moi. Moi qui écoute et moi qui regarde le monde, avant moi qui “prend parole”. Je trouve que dès fois on “prend parole” sans avoir observé ou écouté. [rires] »

Revitalisation de l’industrie

Comment l’industrie littéraire au Québec, ou en Amérique du Nord, évolue-t-elle ?

« On est un petit marché [mais] il y une diversité de genres, notamment avec les livres pour adolescents. Je vois un plus grand déploiement que lorsque j’étais jeune [lecteur. À l’époque], les romans, c’était beaucoup des traductions. [...] Moi, je n’écris pas particulièrement de la littérature “genrée”, mais j’applaudis le fait qu’il y ait au Québec une proposition diversifiée, tant dans les genres que dans les [lieux] explorés. Les récits ne se passent pas juste à Montréal, mais dans toutes les régions. »

« Il y a une démocratisation de l’écriture. Les livres se sont magnifiés. Beaucoup des maisons d’éditions qui sont ouvertes depuis une dizaine d’années font des livres magnifiques. Je pense à Alto, et à Le Quartanier et à Marchand de feuilles, où chaque livre fabriqué est unique. »

Cette approche lui semble typique de la culture de l’Amérique du Nord, où l’on aime jongler avec les formats, les jaquettes et les couvertures en relief. « En France, leurs livres pour enfants sont très beaux, mais leurs collections [qui s’adressent] aux adultes sont très “strictes” – je pense à Gallimard, à Mercure de France, à P.O.L., où tout est toujours identique. J’apprécie davantage [...] notre diversité », dit-il en citant Leméac et les romans graphiques de La Pastèque. « On est à la jonction des États-Unis et de la France. On fait des objets précieux. » Ce dont se réjouit Simon Boulerice, qui estime que « le livre est un objet d’art », et que ces jeunes éditeurs québécois ont « revitalisé » l’industrie.

Vous y voyez donc un marché florissant ?

« Pas nécessairement, car je vois aussi beaucoup de librairies qui ferment. Mais dans mon coin, le quartier de Saint-Henri, la librairie de Verdun a agrandi et ouvert un deuxième local. Je suis conscient qu’il s’en ferme beaucoup plus [qu’il ne s’en ouvre], et ça me déçoit et me met en peine, bien sûr, mais j’ai un tempérament assez optimiste, alors je vois aussi les bons coups. Je refuse de dire dire qu’on recule constamment. »

Bibliophiles branchés

Sa suggestion pour améliorer le commerce littéraire ? « Être branché ». Profiter de la force des médias sociaux. Et multiplier les événements littéraires, pour mieux célébrer le livre au quotidien.

Les lecteurs ne sont pas dans la rue, à flâner devant la vitrine d’un libraire, en attendant qu’un titre ou une jaquette colorée réussisse à attirer leur œil : « les lecteurs sont sur Facebook et Instagram. Beaucoup de jeunes rentrent directement en contact avec moi [via ces canaux]. Je vois de plus en plus de lancements de livre qui se font sur Facebook live. Je pense qu’il faut être de son époque, qu’il faut, le plus possible, être connecté. Je suis très à l’affût des librairies, mais je découvre de plus en plus de choses via les médias sociaux. »

Les librairies et les bibliothèques « rentrent de plus en plus dans ce tournant-là », postant des clips et des photos de leurs animations littéraires et de leurs événements thématiques, « et je crois que c’est nécessaire ».

Savoir publiciser efficacement ces happenings sur la Toile, les faire rayonner en utilisant la force des réseaux sociaux, voilà selon lui un « atout » indispensable.

« Une séance de lecture dans une libraire, j’adore ! C’est winner ! Chaque fois qu’on invite un auteur – pas nécessairement pour vendre son livre, mais simplement pour le présenter, ou pour participer à un événement thématique – il y a un rayonnement, du monde qui se déplace, surtout dans les librairies de quartier. Et du monde de tous les âges. [...] C’est toujours très galvanisant de voir à quel point la littérature peut être rassembleuse. »

Au yeux de Simon Boulerice, il est donc temps de multiplier les activités littéraires « séduisantes et décomplexantes », plus à même de « désacraliser le livre et l’image des librairies, qui est encore un peu froide ». « Et il faut que les librairies trouvent le culot » de proposer des vitrines plus amusantes et plus colorées, que de simples étals de best-sellers tristounets, dit-il.