Larry Tremblay vient de sortir Le deuxième mari, un roman qui aborde le thème de la domination d’un sexe sur l’autre. Il l’assimile à une fable, tout en y voyant un avertissement, eu égard aux droits remis en cause dans plusieurs régions du globe, y compris en Occident.

Larry Tremblay lance Le deuxième mari

C’est le monde à l’envers, se dit-on en parcourant le nouveau roman de Larry Tremblay, Le deuxième mari. Dans un pays qui n’est pas mentionné, mais où sévit la mousson, un jeune homme qui rêvait d’un mariage d’amour, tout en souhaitant s’instruire, apprend que ses parents l’ont uni à une femme qui aurait pu être sa mère. Il devient sa chose, l’objet d’une attention qui doit beaucoup à son physique avantageux, tandis que ses aspirations aboutissent sur une voie d’évitement.

La mécanique derrière cette histoire est familière. Seul le sexe des personnes en cause suscite l’étonnement et justement, telle était l’intention de l’écrivain originaire de Chicoutimi. Il a inventé un pays de toutes pièces, un lieu où les femmes ne sont sujettes à aucun interdit. Elles fument et boivent de l’alcool, tout en ayant droit de vie ou de mort sur les hommes qui, de leur point de vue, ont dérogé à la norme sociale qui les confine au rang de subalternes.

« Souvent, je réfléchis à des enjeux avant d’amorcer le travail d’écriture. J’ai créé ce roman afin d’éveiller les consciences, parce que les femmes doivent encore lutter pour l’égalité. Je trouve qu’on dort, alors que même en Occident, il est possible qu’on régresse là-dessus, comme sur les droits de la communauté homosexuelle. On doit se réveiller », a énoncé Larry Tremblay au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Il identifie son roman à une fable qui elle-même épouserait la forme d’un miroir, du fait de l’inversion des rôles suggérée par la situation dans laquelle est plongé Samuel, le personnage principal. Pour que l’ensemble soit cohérent, malgré le cadre social inhabituel, l’écrivain a dû produire plusieurs versions du texte. Des détails accrochaient, en effet. Le comportement de certains personnages n’était pas toujours « raccord », pour employer une expression propre aux cinéastes.

« Il s’agit d’un roman critique, mais je tenais à raconter une histoire qui ne soit pas plate, qu’on ait le goût de tourner les pages, note Larry Tremblay. Au préalable, cependant, j’ai fait parler Samuel sur une trentaine de pages parce que je suis un homme de théâtre. Je devais trouver sa voix et à partir de ça, j’ai élaboré une trame s’appuyant sur cette question : Pourquoi les hommes dominent les femmes ? »

Si le titre parle d’un deuxième mari, c’est que le premier est toujours uni à l’épouse de Samuel. Les deux hommes dorment dans la même pièce et ne sortent de la maison que pour effectuer des courses. La dame est jalouse, en effet, soucieuse de préserver ses prérogatives. Néanmoins, le portrait qu’en fait l’auteur laisse apparaître des nuances. « Je ne voulais pas qu’elle soit trop noire », reconnaît-il.

Publié chez Alto, Le deuxième mari amorce à peine sa carrière en librairie. Il est trop tôt pour voir s’il connaîtra autant de mutations que les romans précédents, en particulier L’orangeraie, devenu une pièce de théâtre et – possiblement – un long métrage. Pour l’heure, tout ce que souhaite l’auteur, c’est que ce livre soit distribué là où le message aura la plus grande résonnance. « Il aura beaucoup de sens dans les pays où les femmes sont dominées par les hommes », anticipe Larry Tremblay.