«Sous mon arbre» de Jo Witek et Christine Roussey / «Arbres» de Wojciech Grajkowski et Piotr Socha / «Caché dans la forêt» de Sébastien Pelon

L’arbre, de la graine au papier

Profitons de la Semaine nationale de l’arbre et des forêts, qui se déroule cette année du 23 au 29 septembre, pour découvrir quelques livres jeunesse – mignons ou plus instructifs, mais récemment parus – portant sur cette thématique forestière.

Jo Witek et Christine Roussey

Sous mon arbre

30 pages, De la Martinière

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Cette petite fille a pour « grand, grand copain » un arbre centenaire, avec qui elle a développé une amitié à la fois « sportive » (la balançoire, les sessions de cache-cache, la collation prise sous son feuillage, etc.) et poétique. De page en page (illustrées de façon très métaphorique par Christine Roussey), la fillette dresse la liste émerveillée de tout ce qu’est l’arbre à ses yeux, et de tout ce qu’il peut faire. Une liste quasi-épicurienne, guidée par la tendresse et l’émotion de la poésie – loin de toute approche scientifique, donc. Le portrait de cet ami « gigantesque et très sage » témoignera que, pour immobile qu’il est, le feuillu sait aussi siffler, danser ou applaudir, pour peu que le vent ou les oiseaux soient de la partie. L’ami deviendra nid douillet, cabane, parasol protecteur, partenaire de jeux et de rires, etc, ou compagnon à soigner-réchauffer – l’hiver, lorsqu’il « tremble comme une brindille ». En conclusion, la petite frimousse réalisera qu’elle est comme l’arbre : elle « pousse »... tout en veillant à garder l’équilibre. Simple, mais très réussi.  

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Sébastien Pelon

Caché dans la forêt

24 pages, Amaterra 

**½

Pour les très jeunes lecteurs, Caché dans la forêt encourage une observation attentive, incitant à débusquer les petits animaux que l’on peut croiser dans les bois. Une page sur deux est pleine de « trous », découpée de façon à épouser les formes d’un feuillage, les contours d’un bosquet d’herbes et de fougères, ou encore le relief de l’écorce d’un tronc. Ces trous « révèlent » discrètement la page suivante, et permettent de deviner l’oiseau, l’écureuil, le faon ou les bibittes qui s’y cachent. On partage alors une ou deux infos (de base) sur la flore ou la faune rencontrée là. On aime les conseils de prudence aux lecteur, qui doit « avancer » le plus prudemment possible, sans faire de bruit (à l’heure du dodo, c’est idéal !).

De cette poignée d’animaux, certain (le hérisson) sont trop exotiques pour peupler nos forêts canadiennes, ou portent un nom « inhabituel » (le pivert). Le lecteur corrigera de lui-même. Et l’idée demeure bonne, même si l’effet de surprise ne survit pas à une deuxième lecture.

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Wojciech Grajkowski et Piotr Socha

Arbres

72 pages, De La Martinière

****½

Beaucoup plus scientifique, informativement dense mais royalement illustré, Arbres, signé par Piotr Socha et Wojciech Grajkowski (tandem polonais d’auteurs à qui l’on doit dans les mêmes veines le titre Abeilles, traduit et plébiscité un peu partout dans le monde), est un ravissement pour les yeux.  

Bien qu’elles se veulent encyclopédiques (Grajkowski est détenteur d’un doctorat en biologie), les connaissances transmises ici demeurent accessibles – et souriantes. Le texte est cantonné à une colonne de texte par page, pour laisser toute la place aux somptueuses illustrations de Piotr Socha, pas moins documentaires. Le livre est découpé en grandes pages thématiques permettant au lecteur de comprendre l’arbre depuis ses racines jusqu’à son feuillage, et de découvrant au passage les animaux qui s’y camouflent ou ceux qui les grignotent. 

Si le contenu est essentiellement botanique, les auteurs n’hésitent pas à élargir l’horizon, en abordant le mécanisme des saisons, en ouvrant un aparté sur la vie de bûcheron et sur le bois comme matériau (masques ; instruments de musique ; la page sur les monuments est de toute beauté).

On aborde parfois le sujet sous un angle géographique (en répertoriant des espèces endémiques) ou plus historique (les arbres préhistoriques ; les cernes du tronc permettant de déterminer son âge). Surtout, on multiplie les digressions pertinentes, que ce soit en traitant des créatures arboriformes venues des contes et légendes (depuis le Chêne de Dodone des Grecs anciens aux Ents de Tolkien en passant par l’arbre cannibale de Madagascar), des arbres et forêts sacrés, ou du principe de l’arbre généalogique.

(((Si ce livre n’est pas en mesure de semer dans les jeunes esprits une petite graine d’amour et de sensibilité « environnementale » pour les arbres, on ne voit pas bien ce qui y pourrait y parvenir...)))