L’auteure gatinoise Marjolaine Beauchamp a été désignée «invitée d’honneur» de la journée d’ouverture du SLO.

La plume mûre de M.I.L.F.

Pour le grand public, le Salon du Livre de l’Outaouais (SLO) démarre ce jeudi 1er mars au Palais des congrès de Gatineau, où convergeront quelque 500 auteurs et maisons d’éditions.

L’occasion était toute désignée pour bavarder avec l’auteure gatinoise Marjolaine Beauchamp, que le Salon a désignée « invitée d’honneur » de sa journée d’ouverture.

Écrivaine de l’oralité, cracheuse d’une parole crue et impudique, aimant défier les conventions, Marjolaine Beauchamp est d’abord tombée dans le slam (ses Petites histoires pour pas dormir ont séduit Richard Desjardins, qui l’a invitée sur la tournée de L’existoire), avant de se consacrer à la poésie (deux recueils sont parus aux éditions de l’Écrou: Aux Plexus et Fourrer le feu) et au théâtre (Taram et M.I.L.F., mises en scène par Antoine Lafon-Simard).

Au SLO, au micro d’ICI Radio-Canada Première, Marjolaine Beauchamp défrichera ce jeudi Le terreau fertile de la création (Place Yves-Thériault, 19h30). Puis, à 21h30, on la retrouvera au Troquet, où, en compagnie de poètes – dont le président d’honneur du Salon, Simon Boulerice – et du musicien Francis Faubert, elle participera au tout premier «Cabaret de variétés littéraires». Une table ronde sur la «littérature orale» l’attend vendredi 2 mars (15h). on pourra aussi l’entendre le lendemain, à deux spectacles collectifs de poésie, dont un en soirée, au bistro Gainsbourg).

Autodidacte, Marjolaine Beauchamp a longtemps porté le fardeau du syndrome de l’imposteur. Ce, même si Aux Plexus est considéré comme un best-seller, au Québec (2000 exemplaires vendus). «La catharsis, ç’a été Fourrer le feu (en 2016). À partir de ce livre-là, j’ai senti en moi un vrai désir de professionnalisation». Et une «meilleure compréhension» des raisons qui se cachaient derrière le «tabou» l’empéchant d’accepter ce statut d’auteure soudain «catapulté» sur les épaules de la «slameuse low profile».

«À partir du moment où je me suis mis à prendre ça au sérieux, à travailler, à remplir les demandes de bourses, à trouver des alliés, bref, à m’assumer, j’ai arrêté de perdre mon temps avec ces remises en questions – même si je pense que c’était un stade nécessaire de la création. Et j’ai arrêté d’être dans le sabotage», poursuit-elle, la lèvre pincée au souvenir de ces fois où, en proie à de sévères crises d’anxiété, elle ne s’est pas présentée aux événements où elle était attendue. «Pas par mépris, mais parce que j’en étais incapable, j’étais désorientée.»

«Désormais, j’ai la chance de pouvoir travailler avec des gens que j’admire et qui me font tripper. Et j’ai le goût d’y croire...» En outre, «avec deux enfants [âgés de 5 et 10 ans], je me suis rendu compte du privilège que c’est, d’avoir du temps de création. Je ne peux plus perdre du temps à m’obstiner avec [mes insécurités].»

«Bien entourée»
Peut-être parce qu’elle «déteste les carcans» et qu’elle aime trop «les approximations, les nouveaux médiums et se mettre (artistiquement) en danger», Marjolaine Beauchamp ne travaille pas seule. «Je suis bien entourée, j’ai mon wolfpack » au Théâtre du Trillium.

Une loyauté à toute épreuve l’unit à ses collaborateurs – à commencer par Antoine Lafon-Simard, complice à «l’écriture de la courbe dramatique» et leur fidèle musicien Pierre Luc Clément. «Je m’allie avec des gens qui me stimulent. [...] J’essaie pas de faire ma bad ass, mais j’aime explorer.»

D’ailleurs, quand elle parle de M.I.L.F, pièce où se croisent trois images féminines évoquant sans fard leur sexualité post-maternité, Marjolaine Beauchamp parle au «on». «On ne voulait pas juste faire une simple ‘expérience de théâtre’. On a toutes des parcours de vie qui interfèrent avec notre création» dira-t-elle, créditant ainsi ses deux partenaires de jeu, Geneviève Dufour et Catherine Levasseur-Terrien, lesquelles, au fil de «conversations intenses», et en se «mettant en danger», ont «activement participé» à donner vie à ce «bundle de textes pas pacés».

Dans sa bouche, «on» inclut même «les mères du quartier» populaire où réside Marjolaine Beauchamp. Ses voisines l’ont largement inspirée. M.I.L.F semble relever d’une «écriture de l’intime», et pourtant: «Je me sentais avec une armée autour de moi», dit-elle.

Puissant et souvent déchirant («bah, moi j’y vois aussi de la légereté; la lumière est là, cachée dans les craques», dit-elle, sourire en coin), limite pornographique et «presque anthropologique», le texte de M.I.L.F vient tout juste de paraître – aux éditions Somme Toute. «Je suis très fière du rendu, de l’esthétique un peu punk, avec des dessins gribouillés un peu partout.» Elle est particulièrement ravie que le résultat s’apparente à des choses publiées par son «auteur favori» : le réalisateur américain Harmony Korine.