L’auteure Chrystine Brouillet cultive une deuxième passion pour la gastronomie.

La gourmandise littéraire de «Chambre 1002»

Une base de gourmandise qui célèbre de la vie, une pincée de suspens, le tout ficelé avec des liens amicaux profonds : la recette de «Chambre 1002» est empreinte d’une douceur qui se marie avec une pointe d’amertume. Chrystine Brouillet sort de la noirceur des romans policiers dans un ouvrage lumineux qui garde des liens de parenté avec le polar.

Les adeptes du travail de Chrystine Brouillet la connaissent surtout pour ses romans policiers et pour la détective Maud Graham, personnage au cœur d’une série de 17 tomes. Paru le 19 septembre, Chambre 1002 s’inscrit dans un cycle : « à chaque six ou sept ans, je me mets en danger » en publiant ni du roman noir, ni un nouvel épisode des aventures de la détective, blague l’auteure téméraire.

Le terrible danger de ce dernier roman : s’écarter de l’intrigue policière pour se centrer sur le thème de l’amitié. L’idée cuisinait la romancière prolifique depuis vingt ans. Son nouveau livre est une expression de sa gratitude envers les amis qui bonifient sa vie, et avec qui les relations s’affinent avec le temps, « comme des grands crus ».

« On peut vivre sans avoir un amoureux, mais sans amis, ça me paraît absolument impossible. On a besoin de réconfort, on a besoin d’être accepté, on a besoin de partager, on a besoin de se poser des questions. Je ne peux pas imaginer ma vie sans amis. J’ai beaucoup d’imagination, mais pas pour ça ! » lance l’auteure.

Le scénario lui est venu lors de passages à l’hôpital pendant lesquels elle observait des visiteurs faire écouter de la musique à un proche malade ou dans le coma. Si c’était elle qu’on devait réveiller, ce serait par les odeurs, a songé celle qui cultive une deuxième passion pour la gastronomie.

Chambre 1002 raconte le drame d’Hélène Holcomb, une chef montréalaise reconnue internationalement. Hélène doit se rendre à New York pour y recevoir un prix. Sur le chemin du retour, un brutal accident de voiture la plonge dans le coma. Pendant que les policiers tentent de trouver le coupable, les amies de la chef usent de leurs talents culinaires pour éveiller son odorat. Les « muses d’Hélène » apportent à la patiente de la chambre 1002 du curry d’agneau, des baklavas, un clafoutis aux poires...

Elles et les autres personnages font une vingtaine de plats dont les recettes sont parsemées à travers les pages du roman, au fur et à mesure qu’ils sont concoctés. « J’aurais pu mettre les recettes à la fin, mais je trouvais que c’était mieux que les gens qui aiment faire la cuisine et qui lisent aient une information de plus sur ce qu’Hélène va pouvoir respirer, sur ce que les personnages vont pouvoir déguster à l’hôpital, précise la romancière. Moi, quand je lis une recette, je suis capable de l’imaginer et de la sentir, donc c’était important pour moi que les recettes soient là. »

Les recettes ont été glanées ici et là, dans un placard où elles avaient été oubliées, chez des amis à Paris ou dans un restaurant. Et elles ont toutes été testées. Une fois, deux fois, parfois même trois. « J’ai certainement pris deux ou trois kilos en faisant le livre ! » ricane-t-elle. Les recettes sont le fruit de ses expérimentations, comme celle des pâtes aux escargots et aux morilles de la page 335. Le plat découvert en Champagne avait dû être refait quelques fois avant d’en trouver le secret — les morilles doivent dormir dans la crème et les escargots dans le vin blanc. Un parallèle à faire entre l’auteure et la chef du roman ? « Non, mais j’aimerais avoir le talent d’Hélène ! s’exclame-t-elle. Je ne suis pas une chef ; je suis une autodidacte qui se débrouille. Mais Hélène a son passé secret. Je trouvais ça important, parce que souvent les gens ont des choses qui reviennent les hanter des années plus tard. On voit qu’Hélène a fait du chemin dans sa vie, même s’il y a des choses qui ne sont pas réglées. »

Pour l’instant, Chrystine Brouillet est déjà de retour derrière ses fourneaux littéraires. Son prochain roman mettra en scène des adolescents un peu inconscients, qui sortiront du silence la détective Maud Graham.