L’auteure dunhamienne Anne-Marie Desbiens

La femme de personne: reine de sa destinée

Anne-Marie Desbiens s’est illustrée, l’an dernier, avec la parution de son premier roman d’époque, La jeune fille du rang, vendu à plus de 6000 exemplaires. Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour retrouver sa plume, cette fois sous le titre de La femme de personne. Sans être une suite au premier, ce nouvel ouvrage met cette fois en lumière Thérèse, la fougueuse cousine de Françoise, son héroïne de La jeune fille du rang.

« Ce roman est en effet dérivé d’un personnage secondaire de mon premier livre. Les deux peuvent se lire indépendamment, mais c’est le même univers, laisse entendre l’écrivaine. Mon éditrice m’a suggéré de reprendre le personnage de Thérèse pour en faire ma nouvelle héroïne. On l’aime tellement. Elle a deux ans de plus que Françoise, elle est très ambitieuse, elle a 35 ans, elle adore travailler, même si elle est mariée avec un enfant. Sa devise pourrait être “la fin justifie les moyens” ».

Alors que sa première histoire débutait en 1948, La femme de personne se situe en 1964. Les deux cousines demeurent d’ailleurs au coeur de ce nouveau récit, liées par le respect et la solidarité, malgré leurs dissemblances.

« Je me rends compte que Françoise et Thérèse sont deux femmes qui veulent prendre leurs destinées en mains, chacune à leur époque, quitte à bousculer l’ordre établi. Mais elles en paient le prix. »

Anne-Marie Desbiens rappelle que La jeune fille du rang était inspiré des premières années de jeunesse de sa mère. « Elle était extrêmement douée, mais elle a dû renoncer à ses études parce qu’elle était une femme. Elle s’est mariée, elle a eu des enfants, elle a été heureuse. Mais même à ce jour, c’est encore un petit regret pour elle. Quand elle m’a raconté cette histoire, j’ai trouvé cela tellement injuste. Je suis partie de mon indignation, mais le reste du livre était romancé. »

On pourrait dire la même chose de La femme de personne dans lequel sa Thérèse avant-gardiste, forte et « imparfaite » constitue un merveilleux prétexte pour aborder des thèmes féminins et féministes. « Ce roman s’attache vraiment à la place des femmes dans le milieu du travail », affirme Mme Desbiens. À l’instinct maternel aussi, qui ne va pas toujours de soi. « Ce n’est pas donné à toutes les femmes. C’est une pression supplémentaire qu’on met sur elles... »

Son message est d’ailleurs limpide. « Devenir qui l’on est ne devrait pas être une lutte. On ne devrait pas avoir à payer le prix pour être soi-même. On devrait être encouragés au lieu de se battre. »

Retour aux sources

Formée à l’École nationale de théâtre, Anne-Marie Desbiens a longtemps été comédienne. Elle a aussi beaucoup écrit pour les autres. Ces dernières années, son écriture est devenue plus personnelle.

Après des années à vivre en ville, elle a également eu l’impression d’avoir fait le tour du jardin. Mue par son instinct, elle est tout naturellement revenue s’établir dans sa région natale. « Je suis née et j’ai grandi à Cowansville. Je suis maintenant à Dunham depuis l’été... et pour toujours ! Mon cycle urbain est terminé », dit-elle.

Inspirée, Mme Desbiens caresse pas moins de trois projets littéraires. Elle a notamment très envie de boucler son cycle actuel en racontant le destin de Christine, la fille de Thérèse. « Je suis en réflexion... Je vais faire les trois projets, mais je dois choisir dans quel ordre ! »

Elle souhaite écrire un roman contemporain qui se déroulera dans le quartier montréalais Villeray, où elle a habité durant des années. Elle songe aussi à pondre une oeuvre sur l’envers du décor au théâtre, qu’elle a longtemps fréquenté. Du travail en perspective !

Son secret, confie-t-elle, est d’écrire au moins deux heures tous les jours. « En gagnant ma vie comme rédactrice, on dirait que la discipline et l’acte d’écriture sont toujours frais. Je n’ai pas à m’y remettre chaque fois. Ça doit aider. »

Pour La femme de personne, Anne-Marie Desbiens avait les grandes lignes de l’histoire en tête, mais pas les détails. « Un livre, ça s’écrit en s’écrivant ! J’ai eu des surprises en chemin. Écrire m’amène à des places formidables ! »

La femme de personne est disponible en format papier et numérique.