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Kim Thúy, présidente d'honneur du Salon du livre de l'Outaouais
Kim Thúy, présidente d'honneur du Salon du livre de l'Outaouais

Kim Thúy: Aimons, aimez, aime !

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Kim Thúy se réjouit de revenir au Salon du livre de l’Outaouais, dont elle assure pour une deuxième fois la présidence d’honneur et qu’elle chérit, voire qu’elle Èm d’amour tendre, pour reprendre le titre de son plus récent roman.

À l’heure des pouces bleus et des liens virtuels... entrevue « J’aime » avec l’auteure de Èm, dont le titre fait référence à l’un des personnages dont le nom n’a pas été choisi au hasard, mais pour son homonymie avec la forme impérative du verbe « aimer », qui contraste avec certaines atrocités dépeintes dans le roman. 

Une injonction, donc, explique Kim Thúy : « Aime ! », « aimons ! » et « aimons-nous ! » – en mode réflexif ou « les uns les autres »...

Aime le SLO

De tous les salons littéraires que Kim Thúy a fréquentés depuis la parution de Ru en 2009, le Salon du livre de l’Outaouais est « celui qui ose le plus ». 

« Quand j’ai proposé de ‘sortir le salon du salon’, pour aller voir des gens qui n’avaient pas nécessairement les moyens de venir, comme les personnes âgées, c’était le premier salon qui a accepté de nous permettre d’aller à leur rencontre là où ils vivent, dans les résidences », se souvient-elle. 

« C’est un salon ouvert aux idées : on essaie des choses, c’est magique. J’adore ça ! »


« C’est un salon ouvert aux idées : on essaie des choses, c’est magique. J’adore ça. »
Kim Thúy, présidente d'honneur du Salon du livre de l'Outaouais

Aime les gens

Cette année, elle  a encore voulu « essayer d’abuser de [s]on titre de présidente » en proposant de « recevoir les gens dans ma chambre d’hôtel ». Les circonstances pandémiques ont eu raison de cette proposition, et l’édition 2021 du SLO est complètement virtuelle, mais l’idée témoigne du réel plaisir qu’à Kim Thúy à non seulement échanger avec le monde, mais aussi à entretenir une connivence et une proximité avec les gens. 

Cet amour pour « l’autre » transparaît également dans sa série télévisée La table de Kim, dont ICI ARTV a entamé en février la diffusion d’une seconde deuxième saison. 

Reste que Kim Thúy s’accommode très bien de la virtualisation des échanges. Le jour de notre entrevue, elle s’est adressée à quelque 1000 personnes, via deux événements distincts.

« J’y crois au virtuel. Oui, tu peux lire seul à la maison, mais l’avantage d’un salon, c’est quoi ? C’est de se réunir pour discuter d’un livre qu’on a lu, parler d’un personnage qu’on a aimé ou aimé détester, c’est le plaisir de discuter [avec un inconnu] comme si c’était un ami. La lecture est un plaisir [à partager] et le SLO va nous permettre de le faire, de se retrouver », malgré la distanciation imposée. 

Kim Thúy, présidente d’honneur du Salon du livre de l’Outaouais.

Aime envers et contre toi-même

Mais pourquoi « l’amour, toujours », quand l’indifférence est si facile ? « Parce qu’il ne nous reste que ça. C’est l’arme de résistance que nous avons en nous. On croit toujours qu’aimer c’est facile, que c’est le premier sentiment qu’on a, mais en fait non ! » Les humains semblent plus « attirés par l’horreur que par le beau » dit-elle en notant que les unes des journaux, en se faisant surtout le relais de catastrophes, ne font que répondre à cette curiosité.

Aimer n’est pas si naturel, c’est apprendre à voir avec les yeux du cœur : « C’est un entraînement », dit-elle. « J’aime l’impératif du mot ‘aime’ » qui exprime le vœu de « dépasser le premier réflexe pour aller vers le geste d’aimer », dit l’auteure, en mentionnant un violent accès de colère assez récent... qu’elle a su réprimer, et pu étouffer en envoyant des fleurs à la personne qui avait tenu des propos blessants.  

En passant devant une scène d’accident, tout le monde ralentit dans l’espoir d’apercevoir quelque détail morbide, illustre-t-elle. Alors optimiste, Kim Thúy ? « Non ! L’humain est terrible ! » Mais l’auteure continue de partage l’espoir que « sur les 100 automobilistes qui passent devant la voiture accidentée, il y a «une personne qui a remarqué cette jolie tache jaune, la petite touffe de fleurs sauvages», qui a su voir le petit espace de beauté, caché dans le coin de tableau où régnait la laideur

Le dernier roman de Kim Thúy, <em>Em</em>

Aime en tout temps

«Peu importe ce qu’on fait, l’intention première devrait être guidée par l’amour : «aimer l’autre, aimer soi, aimer point». Quand on fait les choses par amour, «le résultat obtenu est toujours très différent». 

Même en cuisine, ajoute-t-elle : deux plats identiques, concoctés avec les mêmes ingrédients, l’un fait avec amour, l’autre dans un geste motivé par un sentiment de rivalité jalouse, ne «goûteront jamais pareil», confie l’ex-restauratrice.

«En mangeant, on ne ressentira pas le petit ‘plus’» qu’apporte ce mystérieux et invisible ingrédient.

Kim Thúy au SLO

Mercredi 24 février 

- 19 h à 20 h : animation Zoom avec les abonné.e.s de la Bibliothèque de Gatineau.

Samedi 27 février

- 13 h : Entretien d’honneur (animé par Clotilde Seille)

- 17 h 15 : «Livres comme l’air» : cérémonie de solidarité pour les écrivain.es emprisonné.e.s et lecture de lettres (en collaboration avec Amnistie internationale). 

Dimanche 28 février 

- 16 h 15 : Cabaret des variétés littéraires, en compagnie de Dalie Giroux et Rodney Saint-Éloi et Natasha Kanapé Fontaine. (Enregistrement d’une balado animée par Julien Morissette.)