«Presque toutes les images des personnages et des objets ont été tirées du livre ; on les a isolées et réutilisées», témoigne la bédéiste Iris Boudreau, qui a scénarisé la websérie <em>La liste des choses qui existent</em>, coréalisée par sa complice Cathon.

Iris Boudreau joue à «vrai ou faux» ?

Les bédéistes Cathon et Iris ont adapté pour la « génération écrans » leur drôle de Liste des choses qui existent, BD parue en 2013, puis déclinée en deux tomes aujourd’hui réunis en intégrale, qu’elles avaient signée à quatre mains.

La première saison de leur websérie éponyme se décline en 13 épisodes de 2 minutes. Elle est accessible — gratuitement — sur le site Internet de Télé Québec, via sa plate-forme jeunesse Squat (squat.telequebec.tv) et sur celui de l’Office national du film (ONF.ca), partenaires à la production et à la diffusion.

Il s’agit d’ailleurs presque d’un retour aux sources, car La liste des choses qui existent était un blogue (à doubles entrées) avant même d’être une BD, rappellera Iris en cours d’entrevue.

Cette Liste 2.0 — un inventaire toujours aussi hétéroclite : ça va du cellulaire au micro-ondes en passant par le maillot de bain, la canne à pêche, le timbre et les frites — permet aux auteures de mettre en scène de façon colorée l’étendue de leurs connaissances encyclopédiques.

Et, surtout, de leur humour. Car si le grand public apprendra certainement une chose ou deux au détour de chaque épisode, Cathon (Catherine Lamontagne-Drolet) et Iris (Boudreau) sont loin de chercher à égaler la célèbre Encyclopédie de D’alembert et Diderot.

Iris Boudreau
Catherine Lamontagne-Drolet, alias Cathon

Disons que, pour chaque thème, l’approche didactique glisse rapidement dans un humour « décalé, souvent irrévérencieux », voire complètement « absurde, parfois », s’esclaffe Iris. La Gatinoise — elle a quitté l’Outaouais pour Montréal, une fois son diplôme de l’ÉMI en poche — porte aussi le chapeau de scénariste.

« C’est un humour pas toujours très délicat », et le personnage d’Iris, notamment, « est un peu dégueu », du genre à collectionner les rognures d’ongles d’orteils, précise la bédéiste originaire de Hull. Mais « c’est une série très ludique », pensée pour plaire au public d’adolescents et de préadolescents qui arpente les pages de Squat, et conçue pour faire réfléchir.

Info ou intox ?

Iris et Cathon, qui se sont rencontrées en travaillant sur leur Liste collaborative, sont vite devenues « inséparables » dans la vraie vie. Les deux dessinatrices « BFF » se mettent en scène tandis qu’elles présentent ces objets anodins qui les font s’interroger... et rire, tout en cogitant.

À l’heure de la prolifération des fausses nouvelles, les deux auteures sont conscientes des dangers à mêler le vrai et le faux, comme elles le font dans leur Liste. C’est pourquoi chaque épisode se clôt par la phrase : « ne croyez pas tout c’qu’on vous dit ».

Cet avertissement amical, « c’est le genre d’affaires qui devaient être ajoutées, parce qu’on s’adressait à des jeunes, et qu’ils ne doivent surtout pas prendre tout ça pour du cash. C’est pour ça que dans le générique, on voit Iris en train de manipuler la manette [d’une machine dont l’aiguille oscille] entre le vrai et le faux. Il fallait que ce soit flagrant ! » Car même certains adultes, parfois, se faisaient avoir, a-t-elle constaté.

« À l’heure des fake news, il faut se méfier... et on espère que cette série, même si notre but premier c’est de faire rire, incitera les jeunes à développer leur esprit critique et à vérifier les informations en les googlant sur Internet », ajoute-t-elle.

« J’aurais moins de scrupules à envoyer de fausses infos à des adultes. Débrouillez-vous ! Et tant pis si vous gobez tout ce qu’on dit. Les gens ont accès à tout plein d’informations et ils se posent de moins en moins de questions, on dirait. » Ce sont les comédiennes Émilie Bibeau (Cathon) et Debbie Lynch-White (Iris) qui prêtent leur voix aux deux « BFF ». Elles font également les voix des nombreux personnages secondaires qui apparaissent ponctuellement. « On avait fait les voix pour la démo, mais on n’a rien gardé : c’était trop mauvais ! » avoue Iris Boudreau. « Debbie et Émilie ont un talent incroyable. Elles ont vraiment amené la série ailleurs. »

« Les deux personnages ont nos noms et notre physique, mais ce ne sont pas les vraies Iris et Caton », ils sont essentiellement là pour remplir leur fonction humoristique : « Cathon est du genre première de classe, elle veut toujours avoir raison et elle est assez fleur bleue. Iris, elle, est un peu plus rock’n roll, elle aime les trucs dégueu et rit aux blagues de pets. Moi, en vrai, je n’ai pas de collection d’ongles d’orteil », s’amuse la « vraie » Iris.

Toutes deux sont « curieuses et intelligentes » — et, « comme deux vraies amies, elles sont capables de se tomber sur les nerfs », alors que les deux auteures en chair et en os sont toujours sur la même longueur d’onde : « On ne s’est jamais obstinées, ni sur la BD, ni pendant qu’on faisait la série. On est pas mal d’accord sur tout. On avait la même idée de ce que devait être le projet », tant dans le look visuel que dans le ton.

« Pareil pour Francis, qui a l’air d’être la troisième roue du chariot, mais qui avait la même vision et le même humour que nous. » La série est coréalisée par l’animateur de l’ONF Francis Papillon. Celui-ci a respecté en tout point la palette chromatique très ciblée — noir, blanc et orange — de la BD originale.

« On a aussi créé beaucoup de contenu nouveau, [dont] l’habillage sonore. Il fallait que les deux personnages soient plus marqués que dans la BD. Il fallait plus de constance, aussi : ajouter des éléments qui reviennent d’un épisode à l’autre », afin de bien marquer l’aspect sériel.