Faire découvrir aux nouvelles générations la réalité des pensionnats

À l’heure de la Réconciliation entre le Canada et ses Premières Nations, la littérature jeunesse délie aussi sa parole afin d’évoquer le délicat sujet des pensionnats autochtones – dans des mots simples, mais sans équivoque, même si ces récits hésitent rarement à recourir à des ellipses, afin d’épargner la sensiblité des jeunes lecteurs.

Dans le plus récent titre des éditions Scholastic, Je ne suis pas un numéro, l’auteure Kathy Kacer et l’illustratrice Gillian Newland ont épaulé l’Ojibway Jenny Kay, adaptant pour les enfants les souvenirs de sa grand-mère Irene Couchie que Mme Kay avait consignés. Il s’agit d’un témoignage. Aussi, le style importe-t-il moins que l’authenticité, que vient renforcer le réalisme des dessins. Les auteures rendent compte des conditions d’internement, les privations. Elles abordent certains sévices et humiliations choquantes, à travers des exemples aussi sobres qu’édifiants  (telle cette scène de douche, où l’on attend du savon qu’il lave «le brun» des pensionnaires). 

Le livre est complété par trois pages de texte à vocation documentaire, photos des protagonistes réels à l’appui, ce qui ancre le témoignage de l’aïeule dans une irréfutable réalité.

Sur le même thème, Scholastic a publié cette année le roman jeunesse Les mots qu’il me reste, signé Ruby Slipperjack, qui s’inspire de son expérience dans un pensionnat pour donner la parole à une enfant, dans le nord de l’Ontario, en 1966. L’ouvrage est paru dans la collection «Cher journal», dans laquelle les narrateurs consignent leurs écrits dans un journal intime... une forme particulièrement adaptée au sujet. 

 L’éditeur a tout récemment fait paraître le livre illustré Les mots volés, de Mélanie Florence et Gabrielle Grimard.

Les auteures donnent voix à une très jeune fillette qui découvrira avec stupeur que son grand-père ne maîtrise plus la langue de ses ancêtres; elle cherchera à découvrir comment les mots ont bien pu s’envoler. Plus elliptique, ce récit candide demeure une bonne initiation à la réalité des pensionnats autochtones, évoquée à travers l’acculturation des Premiers Peuples qui en a découlé.

Dans Les bas du pensionnat (Scholastic), Cristy Jordan-Fenton et Margaret Pokiak-Fenton racontent la confrontation entre Margaret, une petite Inuite pleine de caractère, et «Corbeau», la religieuse pas particulièrement sympathique qui veille à son éducation.

Ce récit un brin poétique a des airs de conte philosophique. C’est en effet Margaret qui a demandé à son père de la laisser partir à l’école des Blancs, au loin. Et si le papa a cédé à ses supplications, il a pris le temps de la mettre en garde sur le fait que, à l’image de l’eau qui polit les roches, un enseignement obtus peut finir par lisser les jeunes esprits et cerveaux.