L’animatrice Pénélope McQuade et l’auteur Alain Labonté étaient de passage à Sherbrooke jeudi pour discuter de leur livre Moi aussi j’aime les femmes (Stanké)

Dialogue sur les femmes [VIDÉO]

Pénélope McQuade estime qu’elle a été beaucoup plus « vocale » sur la condition féminine dans les dernières années. Voilà un certain temps qu’elle cherche à s’exprimer davantage et à réfléchir plus longuement sur ces enjeux qui lui tiennent à cœur. La coécriture de Moi aussi j’aime les femmes, projet pensé par Alain Labonté, représentait le média idéal. Son concept et sa forme ont amené les deux auteurs à s’ouvrir davantage, comme lorsqu’on se confie à un vieil ami.

« À travers les émissions et certaines tribunes, j’ai été beaucoup interviewée sur la condition des femmes. On est tous aujourd’hui beaucoup plus sensibilisés. Mon militantisme et mon féminisme se sont beaucoup plus exacerbés. J’avais envie de m’engager davantage dans cette voie-là, et ce livre est arrivé au bon moment. Justement pour faire le point sur ma réflexion et sur certaines préoccupations », soulève l’animatrice.

Les deux auteurs étaient de passage au Renaud-Bray du Carrefour de l’Estrie jeudi après-midi. En soirée, ils visitaient le restaurant OMG afin de rencontrer les lecteurs. L’ouvrage est en librairie depuis le 27 février.

Moi aussi j’aime les femmes regroupe les différents courriels que se sont échangés ces deux amis de longue date sur une période de neuf à dix mois. Cet échange est vite devenu un espace de réflexions où Alain Labonté prend son amie par surprise à de nombreuses reprises, avec des questions poignantes, qui forcent une remise en question.

Voyage intérieur

« Quand j’ai eu l’idée d’écrire ce livre, j’ai tout de suite pensé à Pénélope. Ça fait 20 ans qu’on se connaît et c’est une fille de son temps, allumée. Alors je me suis dit que ce serait le meilleur match pour moi. Je l’amène à réfléchir et vice-versa. C’est tout un voyage intérieur, avec quelqu’un que tu aimes », exprime Alain Labonté.

Il s’agit aussi d’une suite à Moi aussi j’aime les hommes, écrit avec Simon Boulerice. Les auteurs discutaient ensemble de leur état d’esprit par rapport aux avancées des droits LGBTQ au pays et réagissaient aux horreurs perpétrées ailleurs. Pour cette suite, Alain Labonté raconte que Pénélope et lui se sont assis ensemble une petite heure afin de cibler des sujets qu’ils jugeaient incontournables, avant de ne s’en reparler ensuite que par courriels. Ce sont ces messages que l’on retrouve dans les pages de l’ouvrage.

« Des thèmes comme la féminité, le leadership au féminin, la parité, la maternité, le vieillissement... Évidemment, le nombre de réflexions et de sujets a explosé. C’était très stimulant de relancer l’autre. Le principe de s’adresser à quelqu’un rendait notre réflexion très personnelle et très intime. L’actualité s’est imposée aussi. Pendant ces neuf, dix mois-là, on a pu réagir à chaud à ce qui se passait », explique l’animatrice.

Place aux dialogues

« C’était intéressant de réfléchir avec Alain, qui est un homme, poursuit Pénélope McQuade. Forcément, il a un point de vue, une réflexion, un questionnement complémentaire à celui qu’une fille peut avoir sur tous ces enjeux qui sont de plus en plus visibles. Ça nous a permis d’approfondir certaines de nos idées. La correspondance est plus ouverte sur l’autre, plus généreuse, alors qu’exposer simplement ses réflexions peut être un exercice un peu égocentrique et narcissique. Je n’ai vraiment pas la prétention d’être une spécialiste des enjeux de la condition féminine : je réfléchis simplement à voix haute. La réflexion à deux, ça nous amène à voir plus de facettes de la problématique. »

L’ouvrage permettait aussi à Pénélope McQuade de se laisser assez de temps pour répondre. Elle juge que trop de façons de s’exprimer sont unidirectionnelles et ne font pas de place au dialogue.

« On vit dans un monde où on est beaucoup appelés à dire son opinion. En entrevue et sur les réseaux sociaux, on a tendance à être un peu plus spectaculaire, et je remets en question que ce soit devenu un mode de communication. Je trouvais que cet ouvrage-là était une façon de nous déposer avec toutes les nuances qui s’imposent. Je pense d’ailleurs que l’heure est à la nuance pour comprendre les enjeux plus en profondeur, pour dialoguer. »

Pour Alain Labonté, ces deux livres sont une manière de faire une différence, de partager des réflexions qui, espère-t-il, pourront voyager et faire du chemin dans l’esprit des lecteurs.

« J’adore écrire. C’est une façon pour moi de revisiter des thèmes qui me tiennent à cœur, mais aussi de poser une pierre sur certains sujets. On n’est pas là pour donner des réponses : ce sont des réflexions et on souhaite en provoquer chez les autres, puis qu’on avance ensemble. C’est une goutte d’eau dans l’océan, mais je veux faire partie de cet océan. »

Depuis le début de sa tournée, il insiste d’ailleurs sur le fait qu’autant d’hommes que de femmes sont venus se procurer le livre. Alain Labonté songe d’ailleurs à un troisième livre, Moi aussi j’aime les vieux.