«Chambre 1002»: les liens sacrés de la table

CRITIQUE / «Chambre 1002» se compare à un roman d’été qui aurait paru en retard. Ce nouveau livre de Chrystine Brouillet offre un récit ensoleillé et gourmand, qui plaira surtout aux lectrices et aux amateurs de cuisine.

J’ai presque envié la chef montréalaise Hélène lorsqu’elle était dans le coma. Presque. Pas pour son état végétatif ; pour les amitiés profondes qui se mobilisent autour de cet événement et qui sont le thème central du livre. Hélène est entourée de ses « muses », des copines avec qui elle se confie, sur qui elle s’appuie, et dont les univers différents se mêlent. L’une est spécialiste des parfums et habite Paris, l’autre est spécialiste des vins, une troisième est comédienne et s’ouvre au marché des cœurs… Toutes ont des mondes et des vécus que Chrystine Brouillet peint avec soin en leur laissant chacune leurs parts d’ombre. C’est l’une des richesses du livre : avec les histoires des personnages centraux et secondaires qui se développent et finissent tôt ou tard par se joindre, il en résulte une fresque humaine en clair-obscur détaillé.

Ces amitiés, comme les liens qui seront forgés avec le personnel de l’hôpital, sont unies par les liens sacrés de la table. Le thème de la nourriture est presque omniprésent ; dans le travail d’Hélène, mais aussi dans les souvenirs d’un tel ou l’imagination d’une autre, rares sont les pages où il n’y a pas une référence à un plat. Le livre donne envie de cuisiner, et joie ! les quelque vingt recettes, comme celles du clafoutis aux poires, des pétoncles au beurre de marron, des baklavas et d’autres plaisirs gustatifs, ont été saupoudrées entre les pages.

Pendant que les amies essaient de ramener Hélène dans le monde des vivants, les policiers tentent de résoudre le mystère de son accident. Qui a donc embouti le cabriolet de la dame apparemment sans ennemis ? La question se trouve en quatrième de couverture. Et la réponse est… à la page 70. Curieusement, l’auteure prolifique connue pour ses polars offre ici une intrigue inversée. On sait dès l’accident qui est le coupable. La surprise de découvrir l’identité du « méchant » à la fin de l’histoire a été remplacée par la frustration de voir les policiers galérer dans leur enquête au fil des pages. L’effet n’est franchement pas désagréable, mais il pourrait décevoir ceux qui s’attendent à une intrigue explosive.

Chambre 1002 reste tout de même le cousin du roman policier. Plusieurs autres intrigues agissent comme d’autres moteurs du récit. Hélène sortira-t-elle du coma ? Qu’adviendra-t-il des relations nées pendant son séjour à l’hôpital ? On découvre rapidement que la chef a des secrets qui titillent la curiosité, tout comme le font les intrigues personnelles des personnages secondaires. Au final, Chambre 1002 est comme le gâteau forêt-neige qu’Hélène reçoit à l’hôpital. Doux sans être trop sucré ni mièvre, moelleux sans être mou. Une lecture réconfortante, qui se déguste comme un clafoutis aux pommes d’automne.