Bado, le caricaturiste du «Droit», lancera son recueil «Cette fois, Trump est allé trop loin !» le 20 novembre.

Bado présente «Cette fois, Trump est allé trop loin !»

« Ah, tu as mon livre avant que moi-même je l’aie vu ! »

Accoudé sur un classeur, Bado – Guy Badeaux, pour les intimes – a feuilleté avec un sourire son douzième recueil, Cette fois, Trump est allé trop loin !. L’ouvrage tout frais, imprimé en couleur, sentait encore l’encre et le papier neufs.

C’est connu, le caricaturiste dessine pour Le Droit depuis 37 ans. En préretraite depuis trois ans, il passe maintenant deux jours par semaine dans les bureaux de la rue Clarence, le temps d’esquisser deux versions, avec et sans couleurs, de ses croquis. Son œuvre lui a mérité deux fois le Prix d’excellence du Concours de dessin éditorial de l’Association des correspondants des Nations Unies (2009 et 2013) ainsi qu’une victoire et une nomination au Concours canadien de journalisme (1991 et 2017).

« Il est beau » s’est exclamé, une fois la quatrième de couverture retournée, l’auteur d’exactement 9421 caricatures pour Le Droit. « Un jour, je serai blasé… mais pas aujourd’hui. »

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Cette fois, affirme Bado avec son titre, Trump est allé trop loin ! Dans l’univers du caricaturiste, la « fois » en question est que le « génie » autoproclamé a poussé la note jusqu’à refaire le drapeau américain à son image : la partie étoilée du stars and stripes a pris la forme d’un T. « On n’arrête pas d’entendre, par exemple à CNN, que “Trump went too far”. C’est comme la grenouille dans l’eau chaude ; on s’y habitue… »

Du global au local

Sauf pour une section « intemporels », cette nouvelle compilation couvre ses meilleures caricatures publiées depuis son dernier recueil (Qui ça, bêtes et méchants ?, 2016) dans le quotidien franco-ontarien et les journaux de l’Association de la presse francophone – il y collabore depuis trois ans. Libre de choisir de ses sujets, sa plume a moqué, louangé ou écorché vif l’essentiel de l’actualité des deux dernières années. Le Brexit, # metoo, SLAV et Kanata, les nouvelles régionales ; tout y passe.

Dans les dossiers canadiens et québécois, Bado a dû apprivoiser de nouveaux visages, dont certains sont plus ou moins « caricaturables ». « La première fois que je dessine quelqu’un, c’est difficile », a-t-il admis. Pourquoi ? « Parce qu’il y a des gens qui sont moins beaux que d’autres ! » Les traits réguliers de Mélanie Joly lui ont donné du fil à retordre. Hors recueil, Bado a récemment jeté à la corbeille plusieurs brouillons du conseiller municipal Mathieu Fleury avant d’en publier une caricature qu’il confie ne pas aimer – le ratio de dessins dont l’artiste minutieux est satisfait, dit-il, est d’un ou deux sur cinq. « Mathieu Lacombe, lui, je ne sais pas pourquoi, je l’ai eu du premier coup… »

« Quand j’ai commencé au Droit, c’était le fun, il y avait Claude Ryan », mentionne-t-il sur sa tête de Turc préférée. Lorsque Claude Ryan était directeur du quotidien Le Devoir, poste qu’il a occupé jusqu’en 1978, il avait demandé au tout jeune dessinateur son tarif au dessin. « 75 $ », comme le rémunérait le Montreal Gazette, son employeur précédent, pour ses « character sketches » esquissés pour la section Business. Mais lorsqu’il a reçu son premier chèque, « Perrette et le pot au lait » est tombée des nues : on lui donnait 35 $, et encore, seulement lorsque les dessins étaient publiés. « Je ne l’ai pas ménagé. Il est devenu chef du Parti libéral, et ensuite… » a soufflé Bado, sourire en coin, en mimant l’action de couper une tête.

Cette fois, Trump est allé trop loin ! est paru en librairies le 14 novembre. Le lancement est prévu le 20 novembre à 18 h, au café-bar Le Troquet à Gatineau.

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LA CRISE DES MÉDIAS SELON LES CARICATURISTES

Le recueil Cette fois, Trump est allé trop loin ! présente deux dessins sur la crise qui secoue le monde des médias. Les caricaturistes ne sont pas épargnés ; Bado l’a vue frapper de plein fouet ses collègues anglophones. « Dans le monde de la caricature, ce qui arrive, c’est que tous les journaux mettent à pied leurs caricaturistes. Aux États-Unis, il y avait 10 fois plus de caricaturistes qu’au Canada. Là, c’est rendu le même nombre… »

Et encore. On ne compte plus un seul caricaturiste, sauf des pigistes, entre Hamilton et Edmonton.

Pour ces pigistes, une façon d’être publié est d’avoir recours à des banques telles Artizans et d’être rémunéré selon ses ventes. Logiquement, pour que les caricatures soient achetées par le plus de journaux possible, le sujet doit en être un qui touche le plus grand public possible. C’est l’une des raisons, a avancé Bado, derrière la quantité astronomique de caricatures de Trump aux États-Unis.

Pour sa part, Bado se concentre maintenant sur les enjeux locaux. « Mathieu Fleury, si moi je ne le dessine pas, personne ne va le faire. Même chose pour Jim Watson ; il n’y a plus de caricaturiste au Ottawa Citizen… »

Selon un rapport du Forum des politiques publiques, dans les dix dernières années, l’information locale écrite a chuté de 50 % au Canada en raison des fermetures de journaux et des réductions d’effectifs.