Danièle Vallée et son nouveau roman : «Juré, craché!»

« Juré, craché ! » : l'amour n'a pas d'âge pour Danièle Vallée

Camille a 7 ans. Romain, la mi-vingtaine. Elle est écolière, lui est vicaire de sa paroisse. Il peut lui offrir son affection fraternelle, mais pour Camille, c’est décidé, promis, cimenté : dans le roman «Juré, craché !», l’amour n’a pas d’âge, et un jour ou l’autre, même lointain, l’homme pour lequel elle en pince deviendra le sien.

Les curieux comme les habitués de l’auteure et conteuse d’Ottawa Danièle Vallée peuvent déjà découvrir sa neuvième publication, parue aux Éditions David le 6 février.

Les lecteurs de son dernier recueil de contes, Sous la jupe (2013), reconnaîtront l’une des nouvelles que la directrice artistique des Contes nomades a couchées sur papier en s’inspirant des toiles de la peintre Suzon Demers. Parmi les tableaux choisis, l’un montrait une jeune femme en robe à volants, la tête baissée et le visage caché derrière deux rideaux de cheveux roux, qui semblait vouloir demander pardon. À qui fait-elle ce mea culpa ? Et quel péché pourrait-elle bien vouloir avouer ?

Dans l’imagination de l’auteure, la toile s’est métamorphosée en amour fébrile, enfantin mais passionné, d’une enfant envers son curé dans les trois pages de La confession. Le même fil rouge s’étire et se décline en 240 pages dans Juré, craché !. « Je ne sais pas pourquoi, mais un jour, je me suis demandé ce qui pourrait se passer dans la tête d’une petite fille de sept ans qui tombe en amour avec un homme beaucoup plus vieux, expose Danièle Vallée entre deux gorgées de soda. Je me disais, “comment ça pourrait évoluer en restant beau ?” »

La réponse : en tissant les onze années de vie qui séparent l’enfance et l’âge adulte de Camille au fil de ses anecdotes — questionnements, joies, drames et maladresses adolescentes compris. Dans une époque où l’Église était encore omniprésente au Québec, la protagoniste profite de chaque séance au confessionnal pour s’inventer des péchés susceptibles de faire fondre l’abbé et s’invente des prétextes de plus en plus frondeurs pour obtenir de lui plus que des miettes. Ou, par la bande, pour tourmenter le pauvre bougre. Car lui aussi est entiché d’elle, mais les deux sont immensément fidèles ; Romain à son sacerdoce, et Camille à son serment. « Dieu réunit ceux qui s’aiment », comme le chantait la Môme ? Dans ce cas-ci, ce n’est pas si évident...

«La Confession»

Ce nouveau tableau, Danièle Vallée le peint avec un peu, beaucoup de son vécu. « Il y a beaucoup de réalité là-dedans. Ce n’est pas une autobiographie, ce n’est pas un récit de vie », mais la vérité dépasse souvent la fiction. « À part pour l’amour avec le prêtre », de préciser l’auteure. On voit la toute petite être sauvée d’une collision avec une voiture par son abbé (« j’avais honte! J’avais fait pipi et j’avais déchiré mes bas. Et toutes les femmes du quartier disaient que le prêtre était beau… »). Plus tard, l’adolescente repêche en cachette son poisson rouge de la poubelle dans laquelle sa mère l’avait cruellement condamné, un fait vécu, et le reloger dans le bénitier de l’église. Enfin, l’adulte en devenir, qui devra bientôt faire un choix de carrière, a une sainte frousse quand une voisine l’informe qu’elle a une « face de sœur ». C’était l’appel de Dieu, dont ses enseignantes, des religieuses, l’avaient avertie : sans réponse, point de salut. On raccroche.

« Je revenais de l’école et la dame m’a dit, “toi, viens ici. Je te regarde passer souvent, puis tu as une belle face de sœur”, raconte la conteuse. Catastrophe! On nous disait toujours à l’école que si on recevait l’appel de Dieu, il fallait répondre, sinon on allait être malheureuses toute notre vie. Là, j’avais mon appel, et je me disais que ça n’avait pas de bon sens, que personne ne devait savoir ça ! »

Dès la première page, Juré, Craché ! bouscule les codes moraux, mais prend soin de ne jamais vraiment les transgresser. « Je ne voulais pas que (la question de la pédophilie) sorte là-dedans. Parce que c’est un amour pur et chaste. »

L’invitation est lancée à tous pour le lancement de Juré, craché !, le 12 février à 17 h, à l’Institut canadien français. Danièle Vallée et Jean Cloutier, son partenaire de scène et de vie, feront une lecture théâtrale et musicale d’un résumé du livre.

+

POUR Y ALLER

Quand ? Mardi 12 février, 17h à 19h

Où ? Institut canadien-français d’Ottawa

Renseignements : editionsdavid.com