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Livres

Le Prix du Gouverneur général pour «Le droit du plus fort»

« Justice pour tous, surtout pour ceux qui peuvent se la payer. » C’est en quelque sorte le message qu’envoie l’auteure Anne-Marie Voisard dans son récent essai «Le droit du plus fort», qui critique un système judiciaire plus adapté à Goliath qu'à David.

Chaque rentrée judiciaire automnale est marquée par des discours de la magistrature et du Barreau à propos de la nécessaire amélioration de l’accès à la justice. « Effort louable », dit l’auteure Anne-Marie Voisard, doctorante en études sociologiques et politiques à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Mais David, le citoyen ordinaire, est bien vulnérable lorsqu’il entre dans l’enceinte d’un palais de justice où l’attend de pied ferme le géant Goliath.

Prix du GG

Pour son livre, Mme Voisard a remporté cette année l’un des Prix littéraires du Gouverneur général. 

L’auteure est donc invitée à Rideau Hall, à Ottawa, jeudi 12 décembre, à la cérémonie organisée en l’honneur des lauréats. Le public est par ailleurs invité à rencontrer les gagnant(e)s francophones lors d’une séance de lectures publiques et dédicaces tenue jeudi à midi au Conseil des arts du Canada (150, rue Elgin; Salle Massey-Lévesque), à Ottawa.

Mme Voisard était responsable des affaires juridiques d’Écosociété de 2008 à 2013, pendant l’affaire Noir Canada (un essai du même éditeur sur les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique). 

Elle a été témoin de nombreuses tentatives de géants économiques de réduire au silence les auteurs de Noir Canada. Les tribunaux ont été l’un des principaux théâtres de cette rude histoire.

Le titre du récent ouvrage Le droit du plus fort donne le ton à ce qu’observe, encore aujourd’hui, Anne-Marie Voisard. 

« La thèse cherche à illustrer comment le droit peut servir à des projets antidémocratiques, à quel point la justice peut être investie par la grande entreprise. »

Livres

José Claer fait son «coming-out artistique»

Il aura fallu trois recueils de poésie, quatre romans et une rencontre marquante pour que le poète José Claer délie sa langue et libère sa plume. «Mordre jusqu’au sang dans le rouge à lèvres» est son recueil le plus cru, le plus « trash », où le poète transgenre use du joual pour s’assumer pleinement.

« C’est mon coming-out artistique. C’est une coupure avec ce que je faisais avant et ça saigne. Il y a une coupure avec le sujet et avec le style, j’écrivais en français de France. Je n’ai jamais été aussi frontal : j’appelle un chat, un chat et une chatte une chatte », lance José Claer, poète trans de 56 ans originaire de Mont-Laurier.

Livres

Polytechnique: un livre de Josée Boileau pour tenter de mieux comprendre

MONTRÉAL — Son livre sur la tuerie de Polytechnique, « Ce jour-là - Parce qu’elles étaient des femmes », la journaliste et auteure Josée Boileau l’a écrit pour qu’il y ait un repère, un outil pour tenter de mieux comprendre.

Tous admettent maintenant que le meurtre de 14 femmes, en cette journée du 6 décembre 1989, est un acte antiféministe, a-t-elle affirmé, au cours du lancement de son ouvrage, vendredi à l’école Polytechnique de l’Université de Montréal.

Livres

Le 41e Salon du livre de l'Outaouais, un événement chaleureux et rassembleur

En plein cœur de l’hiver, le Salon du livre de l’Outaouais se veut un événement chaleureux et rassembleur qui suscite des rencontres, notamment celle, pour le moins originale, des lettres et de la lutte. Et pour sa 41e édition, le SLO questionne les lecteurs : De quel livre tu te chauffes ?

« Après Ose le SLO [le thème de l’année dernière], on voulait continuer d’interpeller les gens. Et on a créé un slogan qui pose une question pour les mobiliser et qu’ils viennent nous montrer de quel bois il se chauffe, de quelle essence ils sont faits ainsi que celles des auteurs, a expliqué mardi la nouvelle présidente du SLO, Mélanie Rivest, à l’occasion du dévoilement du thème de l’événement. On a joué sur le territoire et sur le désir de mobiliser les gens avec ce qui les allume le plus. »

Avec ce désir d’assumer la saison froide à laquelle il se tient, du 27 février au 1er mars, le SLO convie également les amateurs de littérature, les dévoreurs de livres, les amoureux des lettres à venir se « réchauffer ». « C’est le propre du salon, souligne Mélanie Rivest. On y rencontre des gens chaleureux et on se réchauffe l’âme à travers les livres qu’on découvre et les animations. »

Livres

Bousculer le statu quo au village d'Astérix

Reprendre sur ses épaules une série aussi culte que l’est Astérix – 380 millions d’exemplaires vendus à travers le monde en 60 ans – c’est être confronté à un cadre assez serré. Pourtant, même si les codes et la charte graphique de l’univers imposé au fil du temps par Uderzo et Goscinny, un espace de liberté existe.

Ce constat, c’est le dessinateur Didier Conrad qui le pose en personne. Il vient de faire paraître La fille de Vercingétorix, 38e album des aventures d’Astérix, et quatrième opus qu’il signe – épaulé du scénariste Jean-Yves Ferri – depuis que les éditions Hachette leur ont confié les renes de la série, en 2013.

Livres

Michel Viau: de petits récits dans la Grande Histoire

Pour sa 16e édition, qui se tient à la Maison du citoyen samedi et dimanche, le Rendez-Vous de la BD de Gatineau (RVBDG) a décidé de mettre en vitrine les scénaristes du Neuvième art, plutôt que ses dessinateurs.

Dans cette optique, quoi de plus logique, pour le RVBDG, que d’accueillir Michel Viau, fin connaisseur de la BD québécoise, et régulièrement cité en tant qu’historien ou directeur de collection.

Livres

La disparition discrète du Salon du Livre dans l'Est ontarien

Depuis trois ans, le Salon du livre dans l’Est ontarien a complètement disparu. Au désespoir de certains, il n’y a aucun signe que l’événement annuel reprenne souffle.

À partir de 2010, l’Est de l’Ontario a eu droit à un salon littéraire annuel. D’abord connu en tant que Festival du livre, l’événement s’est réinventé en Salon du livre sous la direction de Marc Scott en 2012.

« En 2016, après cinq années de dur labeur, j’ai annoncé que j’allais passer le flambeau », explique M. Scott. « Plusieurs personnes se sont dites intéressées de prendre l’organisme en mains, mais ça est resté lettre morte. »

Un manque de bénévoles

Le Salon du livre dans l’Est ontarien n’avait aucun employé rémunéré. Selon M. Scott, il n’aurait jamais fait demande pour ce genre de financement. Tout était organisé par des bénévoles.

« Lors des trois ou quatre jours de l’événement, il n’y avait pas de problème à recruter des bénévoles », note l’auteur. « Il y avait plusieurs membres de la communauté et des jeunes du secondaire. Mais c’est le reste de l’année que ça posait problème. »

Même si la Salon se tenait en octobre, la planification commençait dès janvier. Lorsqu’on tient en compte les rapports à remplir après l’événement, il y a du travail à faire 12 mois par année.

« Pendant longtemps, nous étions deux à l’organiser », se souvient-il. « Je travaillais avec Rachel Boucher, la directrice de la bibliothèque de Casselman. »

Toutefois, lorsque Mme Boucher s’est retirée du projet, M. Scott a dû assumer l’ensemble du travail d’organisation.

« C’est un événement qui était tenu à bout de bras par des bénévoles qui ont fait un travail exemplaire avec les moyens qu’ils avaient », se rappelle le directeur général de l’Association des auteures et auteur de l’Ontario français (AAOF), Yves Turbide. « Mais, à un certain moment, il faut passer la main à autres gens. Manifestement, il n’y en avait pas d’autres qui étaient intéressés à prendre la relève. »

L’AAOF a brièvement considéré de prendre la balle au bond, note-t-il, mais le conseil d’administration a jugé que ce n’était pas dans son mandat.

« C’était impossible de se lancer dans un projet comme ça avec notre budget », affirme M. Turbide. « On aurait pu mettre en contact les forces vives sur le terrain pour créer une nouvelle équipe de bénévoles, mais on n’aurait jamais pu prendre le projet à notre charge. »

Un travail taxant

Pour tenter de bien couvrir le grand territoire des Comtés unis de Prescott et Russell, le Salon se tenait dans une nouvelle ville est-ontarienne chaque année.

« Le Salon s’est tenu à Hawkesbury, à Embrun, à Rockland, à Casselman », raconte le directeur. « On essayait de tourner dans les différents villages de la région parce qu’il semble que les gens se déplacent moins maintenant. Avec l’internet, les gens peuvent rester à la maison et acheter tout ce qu’ils veulent. »

Pour lire l'article intégral de Didier Pilon, visitez le site web d'#ONFR

Livres

La fin d’une exception à la Loi sur le droit d’auteur réclamée

Le milieu littéraire se mobilise à l’occasion du Salon du livre de Montréal pour réclamer la révision d’une exception à la Loi canadienne sur le droit d’auteur qui le prive de certaines redevances.

La Société québécoise de gestion collective des droits de reproduction, mieux connue sous le nom de Copibec, signale qu’il en va d’une rémunération juste pour les auteurs et leurs maisons d’édition, dont certains revenus provenant du domaine de l’éducation ont dégringolé.

L’organisme sans but lucratif pointe du doigt une modification apportée il y a sept ans à l’«exception d’utilisation équitable», que les établissements d’enseignement postsecondaire interprètent de sorte à se permettre d’utiliser des œuvres sans autorisation et sans en payer les créateurs.

«Il s’agit par exemple de la reprise d’un chapitre de livre, d’un extrait de revue ou d’un article qui est remis aux étudiants, soit sous forme de photocopie, sur des supports numériques, qui est étudié sur un tableau interactif, mis dans des recueils de textes», illustre la directrice générale de Copibec, Frédérique Couette.

Depuis 2012, la redevance annuelle versée par les universités du Québec a été amputée de près de la moitié. Dans le cas des collèges, Copibec rapporte une chute de 20 %. Et la tendance à la baisse serait encore plus marquée ailleurs au Canada.

La romancière et nouvelliste Geneviève Blouin souligne que ces paiements, bien que modestes, font pourtant toute la différence pour les auteurs qui doivent souvent multiplier les petits contrats, livrer des conférences et animer des ateliers d’écriture pour gagner leur vie.

Selon les chiffres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois, les auteurs tirent un revenu médian de moins de 3000 $ grâce à leurs droits chaque année.

«Ça me fait plaisir de voir mon matériel utilisé dans une école. C’est super! Mais il faut que je reçoive au moins les droits de photocopie parce que sinon, ce qui va arriver, c’est qu’un jour je ne pourrai tout simplement plus écrire», prévient Geneviève Blouin.

«Le petit chèque qui rentre de Copibec, ce n’est pas avec ça que je vais vivre toute l’année, mais cette semaine, c’est ça qui paie mon épicerie», expose-t-elle.

Précision demandée

Copibec en appelle donc à une révision de la loi pour un meilleur encadrement de ses diverses exceptions.

«Ce qu’on demande, c’est qu’à partir du moment où il y a une licence de gestion collective qui peut être obtenue à un coût raisonnable et dans un délai raisonnable, cette licence prenne le pas sur l’exception d’utilisation équitable», précise Frédérique Couette.

La société de gestion collective demande également à ce que la compensation prévue en cas de violation du droit d’auteur soit bonifiée afin de dissuader les établissements de tester les limites de la loi.

Mme Couette ne craint pas que ce resserrement limite l’accessibilité des textes, bien au contraire.

«Le fait de rémunérer les auteurs encourage la création, plaide-t-elle. C’est peut-être plus la culture de la gratuité à mon sens qui risque d’empiéter sur l’accessibilité, plus que le fait de payer raisonnablement les droits d’auteur — comme cela se doit, comme pour toute personne qui travaille!»

Plusieurs dizaines d’auteurs ont affiché leur soutien à la cause dans le cadre du Salon du livre de Montréal, dont Biz, Sylvie Payette, Simon Boulerice, Fanny Britt et Webster, entre autres.

Livres

Explique-moi le monde!

Que ce soit dans les médias où à l’école, les enfants sont confrontés quotidiennement à des drames mondiaux qui affectent notamment des enfants de leur âge. Pour leur expliquer ces enjeux de société, sans pour autant les choquer, voici des suggestions de lecture jeunesse qui les aideront à démystifier ces réalités.

Enfants du monde

Livres

Ian Williams remporte le prix Giller pour «Reproduction»

TORONTO — Le romancier Ian Williams a rendu hommage à un grand nom de la littérature canadienne alors qu’il acceptait le prix Giller de la Banque Scotia — et sa bourse de 100 000 $.

Ian Williams a étouffé ses larmes en montant sur la scène pour recevoir l’honneur qui lui a été décerné pour son premier roman, Reproduction.

«J’ai des notes ici pour les personnes que je dois remercier, mais peut-être que je commencerai avec mon cœur», a déclaré Ian Williams à la foule. «Margaret Atwood, là-bas, [a écrit] le premier livre que j’ai acheté avec mon propre argent dans une librairie de Brampton.»

Dans une entrevue après la cérémonie, Ian Williams a expliqué que cette marque d’amour envers Margaret Atwood lui permettait de la remercier de lui avoir permis de passer les étés de son enfance plongé dans sa poésie.

«Comment pouvez-vous dire à une écrivaine que vous avez l’impression de la connaître, qu’elle est comme votre mère littéraire et qu’elle a toujours été là pour vous, pendant tout ce temps?» a lancé le nouveau lauréat à La Presse canadienne.

«Je suis sûr que beaucoup de gens ressentent exactement la même chose pour elle, et elle nous donne également ce sentiment de fierté. Elle en a tellement fait pour ce pays.»

Reproduction, publié par Random House Canada, retrace les liens qui unissent les membres d’une famille transculturelle dans la ville natale de Ian Williams, Brampton, en Ontario.

À partir de là, l’auteur raconte un récit tellement enchevêtré qu’il s’oppose aux conventions romanesques.

Les membres du jury ont félicité Ian Williams pour «un remarquable décorticage des liens et des événements imprévisibles qui unissent des gens d’ethnicités, de classes sociales, de genres et de lieux de résidence différents».

Ian Williams a battu les autres finalistes David Bezmozgis, Michael Crummey, Alix Ohlin, Steven Price et Megan Gail Coles.

Le prix Giller permet de remettre chaque année 100 000 $ à l’auteur du meilleur roman ou recueil de nouvelles canadien publié en anglais, et 10 000 $ à chacun des finalistes.  

Livres

Isabelle Amonou écrit au meurtre

L’auteure française de roman noir, Isabelle Amonou a investi depuis le 4 novembre, la Maison Fairview. Celle à qui l’on doit huit romans, dont «Morts fines à Morlaix», a été choisie parmi une vingtaine d’auteurs français pour participer à la première édition de la Résidence Fantastique. Une résidence de création littéraire autour de l’univers du polar. Discussion autour du polar.

Le Droit : Comment occupez-vous votre résidence de création à la Maison Fairview ?

Livres

Jouer à «Clue» avec des auteurs en chair et en os

Patrick Sénécal et une poignée de plumes spécialisées en littérature policière investiront la Maison Fairview dans le cadre de la première Nuit du Polar pour y camper quelques personnages inspirés du jeu de société «Clue».

Boudoir, salle de bain, cuisine, etc. : la Maison Fairview sera découpée en espaces emblématiques du jeu Clue. Autant de possibles « lieux du crime » que les visiteurs pourront arpenter ce samedi dès 21 h.

Arts

La vie, le non-développement personnel et Jérémy Demay

Après La liste et La suite, Jérémy Demay récidive et publie son troisième livre, La vie, un livre sur le « non-développement personnel ».

Habituellement connu pour ses spectacles d’humour, Jérémy Demay est pourtant en voie de se tailler une place sur le marché du livre québécois. Avec La vie, l’auteur propose une nouvelle façon de voir la vie axée sur l’acceptation de soi plutôt que l’amélioration continue, une formule qui revient souvent dans les livres traitant de développement personnel. L’œuvre est une retranscription d’une conversation de cinq heures entre Jérémy Demay et Franck Lopvet, auteur et conférencier qui anime des ateliers de développement personnel. M. Demay et lui se sont rencontrés lors de l’un de ces séminaires.

Livres

Isabelle Grégoire et l’appel du Nord

Abordant à la fois des enjeux féministes, environnementaux et sociaux, Fille de fer est avant tout un récit haletant, qui se lit comme un thriller, où le Nord sert de trame de fond à une histoire aux confins du territoire sauvage, entrelacée d’amour, de littérature, de blancheur et de folie, conviant Le Survenant et Moby Dick.

Journaliste de métier – elle écrit depuis plus de 20 ans dans L’actualité —, Isabelle Grégoire l’avoue : elle s’est fait prendre au jeu de la fiction. Après un premier roman très bien accueilli, Sault-au-Galant, publié en 2014, elle replonge avec Fille de fer dans les eaux vives de la création.

De la même manière que Sault-au-Galant lui avait permis d’explorer de façon plus intime et romancée la question de la cohabitation entre réfugiés et population locale — en s’inspirant d’un reportage dans un village de Beauce qui avait accueilli des immigrants colombiens —, c’est à partir de reportages que la journaliste a effectués sur la Côte-Nord et dans le Nord québécois, plus particulièrement à Schefferville, qu’est née l’idée de Fille de fer.

Son personnage principal, Marie, ancienne camionneuse devenue chef de train minier, qui tente de faire sa place dans un milieu incroyablement machiste, lui a d’ailleurs été inspiré, en partie, par sa rencontre avec Kim Gélinas, qui était devenue, en 2011, la première femme à conduire un train minier seule sur la Côte-Nord.

Fascinée par ce coin de pays reculé et méconnu des Québécois, avec déjà une idée d’histoire en tête, Mme Grégoire y est retournée, en 2015, afin d’embarquer sur le train de passagers Tshiuetin, qui relie Sept-Îles à Schefferville, et a passé quelques jours dans la ville minière où cohabitent non sans certaines frictions Blancs, Innus et Naskapis.

«C’est après avoir rencontré Kim que j’ai eu envie d’écrire une histoire, raconte Isabelle Grégoire. Je n’ai pas pu monter à bord du train minier, pour des raisons de sécurité, mais j’ai pu aller dans le Tshiuetin, voir les paysages, la cabine du train,parler avec des gens. J’ai aussi fait énormément de recherches et interviewé plusieurs chauffeurs de train, car je n’y connaissais rien!»

Une «déformation professionnelle» qui lui permet d’assurer la crédibilité de son histoire et d’éviter les erreurs techniques. Mais elle a pu ensuite se permettre de prendre quelques libertés en passant du côté de la fiction, ce qui n’est pas sans lui déplaire.

«J’ai toujours voulu écrire de la fiction, mais je ne voulais pas raconter ma vie, plutôt me plonger dans quelque chose de très loin de moi. J’aime vraiment ça… J’ai déjà commencé à en faire un autre!»

Quête nomade, territoire sauvage

Métisse ayant de la difficulté à trouver un port d’attache — sa mère, issue des Premières Nations, a quitté la famille quand elle était encore jeune, alors que sa relation avec son père, Français établi à Schefferville qui possède de nombreux commerces, reste assez froide —, Marie a quitté une vie trop rangée en Californie pour retourner dans sa Côte-Nord natale.

Férue de solitude et de grands espaces, elle aime le sentiment de liberté que lui procure son métier qu’elle adore, même si ses collègues masculins lui font la vie dure, la harcèlent et la traitent de «sorcière».

Sillonner le territoire sauvage est pour elle une façon de poursuivre sa quête d’elle-même, alors qu’elle porte une identité trouble. 

«Toujours ce besoin d’aller voir ailleurs si j’y suis. Au bout du monde et au bout du Québec. Car mon sang est imprégné de la géographie du territoire, de lacs tranquilles en rivières impétueuses. […] “Partir, pour un nomade, ce n’est jamais fuir, c’est plutôt rester en quête.” Ces mots de Jean Désy, je les ai tatoués sur le cœur», songe son personnage au début du roman.

Un soir, son train déraille alors que dehors, le blanc hivernal s’étend à perte de vue. Blessée, elle est recueillie par un mystérieux ermite dans son manoir caché dans la forêt, aux murs débordant d’œuvres littéraires. Elle développera avec ce dernier une relation ambiguë où s’entremêlent fascination, sentiment amoureux, échanges littéraires et doutes. Qui est vraiment ce géant séduisant, aux cheveux roux flamboyant, qui lui fait penser au Survenant et qui semble obsédé par Moby Dick et la quête vengeresse de son personnage?

À travers ce récit qui distille au fil des pages un suspense de plus en plus prenant, et où l’héroïne revisite ses souvenirs à la faveur des événements étranges et effrayants qui surviennent, l’autrice aborde plusieurs questions : la difficulté pour les femmes de faire leur place dans un milieu traditionnellement masculin — elle n’a rien inventé à ce sujet, assure-t-elle —, mais aussi tous les enjeux autour des Premières Nations, les tensions sociales que provoque l’installation d’une compagnie minière dans une région éloignée, à la fois pourvoyeuse d’emplois et destructrice de l’environnement.

Au Salon du livre de Montréal, Isabelle Grégoire participera d’ailleurs à une table ronde en compagnie d’autres romancières sous le thème «L’appel du Nord en littérature». 

De fait, on remarque de plus en plus de fictions québécoises qui s’ancrent dans notre territoire sauvage et éloigné, encore massivement méconnu des gens du Sud. En le visitant, l’écrivaine a d’ailleurs eu l’impression de mettre les pieds en territoire exotique et étranger.

«Le Nord est à la fois attirant et effrayant. La solitude des grands espaces blancs, le froid glacial, les bêtes sauvages… C’est aussi beau que dangereux. C’est un monde qui a ses propres lois, qui nous échappent à nous, gens du Sud. On y rencontre des personnages hors du commun, qui nous en apprennent pas mal sur notre condition humaine», conclut l’écrivaine.

Fille de fer, Isabelle Grégoire, Québec Amérique, 236 pages.

Livres

Dany Laferrière: «Je commence à devenir écrivain»

En personne comme dans ses livres, les idées de Dany Laferrière semblent parfois se succéder de façon disparate et, pourtant, tout coule de source. Dans Vers d’autres rives, à paraître le 12 novembre, l’écrivain reprend la même approche formelle que pour Autoportrait de Paris avec chat : récits fragmentés, écriture manuscrite, dessins naïfs et colorés.

La matière, elle, est tout autre, alors qu’on vogue sur les rivages de Petit-Goâve et de Miami. Le Soleil a rencontré l’écrivain en septembre, lors de son passage à Québec pour les Journées de la culture. Voici, à son image, une entrevue en fragments, à lire dans l’ordre ou dans le désordre.

› «C’est le chemin qui compte»

Dans son nouveau carnet illustré, Dany Laferrière s’est libéré plus que jamais d’une quelconque précision archivistique sur ses souvenirs. «Je ne sais même pas quel jour on est, quel mois à peine», lance-t-il, amusé. «Et ce, de moins en moins. Parfois, je me frappe la tête pour savoir dans quelle ville je suis. Bon, pas au Québec, à Montréal, parce que c’est ma ville, mon pays, ou encore à Port-au-Prince, et même à Paris maintenant aussi. Mais à part ça, que je sois à Moscou, à Pékin ou à Shanghai, ça devient secondaire. Ce sont les gens qui m’importent. Beaucoup plus que les paysages, ce sont les gens. Je me souviens des émotions et des sensations», explique l’écrivain.

Dans son écriture, cela se traduit par une propension à «effacer le cadre pour ne garder que l’émotion». «Dans ce sens-là, je commence à devenir écrivain, je pense», poursuit-il, presque étonné lui-même. «Ça ne veut pas dire que je vais écrire beaucoup d’autres livres. Être écrivain, ce n’est pas forcément écrire des livres, c’est vraiment le chemin qui nous amène à ressentir. C’est le chemin qui compte.»

› Parler de ses filles

Dans Vers d’autres rives, Dany Laferrière parle de la décennie où il a vécu à Miami. «J’ai quitté Port-au-Prince en 1976 et je quitte Montréal en 1990 pour Miami. Pourquoi? J’avais écrit un premier roman qui avait du succès et j’avais peur de devenir un écrivain célèbre avant d’être un écrivain», écrit-il dans son bouquin. «J’ai parlé de Miami, mais ce qui est nouveau, c’est que j’ai parlé de ma famille. J’ai parlé de ma femme et de mes filles, et c’est rare, parce que j’ai refusé pendant longtemps de parler d’elles», précise Dany Laferrière en entrevue. Oui, il a souvent parlé de sa mère, de sa grand-mère, de ses tantes, de «sa mythologie», en quelque sorte. Parler de son cocon familial lui est apparu inévitable, soudainement. «Miami pour moi, c’était un endroit où j’écrivais. J’ai écrit 12 livres en 10 ans là-bas. Je ne connais pas Miami vraiment. Je connais les paysages et leurs visages [à ma femme et à mes filles]». 

Livres

Kim Thúy et Rogé: éloge à l’amour de l’autre

Quand deux artistes émérites se rencontrent, ça donne souvent naissance à une épiphanie. C’est ce qui s’est passé entre la célèbre écrivaine Kim Thúy et le talentueux illustrateur Rogé. «Le poisson et l’oiseau», paru aux Éditions de La Bagnole, est le premier album illustré qu’ils cosignent. Un album empreint de liberté qui illumine la différence. Un album volontairement épuré pour laisser le champ libre aux émotions.

« L’idée est née en 2015 alors que Rogé vivait aux Îles-de-la-Madeleine. J’étais allée dans son atelier et ç’a été un coup de foudre pour son travail », se souvient la pétillante auteure Kim Thúy. À cette époque, l’illustrateur planchait sur le roman graphique Le grand père et la lune, qui lui a valu le Prix du Gouverneur général en 2016, et Le bruit des cailloux.

Arts et spectacles

L’endroit et l’envers du décor de La vraie nature

Il n’aura fallu que deux saisons pour que La vraie nature fasse son nid dans les dimanches soirs des Québécois. Le rendez-vous aurait-il été aussi intime et enveloppant, n’eût été le fameux chalet de Lac-Brome ? On a un peu l’impression que le refuge au bord de la rivière est devenu un personnage en soi. Au point de lui consacrer un livre.

Mais réglons l’affaire une fois pour toutes. Le chalet dans lequel Jean-Philippe Dion chouchoute ses invités n’est pas le sien. C’est d’ailleurs la précision que l’animateur apporte dès les premières lignes du bouquin La vraie nature - Le livre du chalet qui a été lancé mercredi soir à Montréal.

Actualités

Le bédéiste Delaf participe à un hommage à Astérix [VIDÉO]

L’artiste sherbrookois Marc Delafontaine, alias Delaf, est l’un des deux bédéistes québécois à participer à l’album hommage Générations Astérix. En tout, une soixantaine de créateurs ont signé chacun une page dans la brique dessinée qui sera lancée au Québec lundi prochain pour marquer le 60e anniversaire du futé héros à moustache.

« C’est un honneur et un grand plaisir de mettre ma griffe à ce projet. J’avais l’impression d’être un petit gars à qui on donnait la permission de s’amuser avec les personnages de BD qui ont marqué ses premières années. J’ai eu plusieurs coups de cœur littéraires dans le monde de la BD, mais les créateurs qui m’ont le plus marqué, ce sont Uderzo et Goscinny, pour Astérix, ainsi que Franquin, pour Gaston Lagaffe », explique celui qui signe depuis 15 ans la populaire série Les Nombrils avec Maryse Dubuc.

La proposition artistique enracinée à l’univers d’Astérix est arrivée via Facebook. Marc Delafontaine avait reçu une invitation d’un Européen avec lequel il avait quelques amis en commun. « J’ai tardé à répondre. Jusqu’à ce que je réalise que c’était le directeur général des éditions Albert René. »

La demande d’amitié était tout juste acceptée que le Sherbrookois recevait déjà un message privé de son nouvel ami Facebook.

« Il écrivait adorer Les Nombrils et me proposait de participer à l’album hommage à Astérix. »

Une si belle invitation ne se refusait pas.

« Je n’avais vraiment pas le temps, mais évidemment, j’ai dit oui. »

Le bédéiste avait carte blanche pour créer sa planche. L’éditeur a émis un seul souhait : que ce soit Les Nombrils qui rendent hommage à Astérix. 

« Je me demandais comment j’allais réussir ça. Le plus grand défi, c’était le scénario. De prime abord, je ne voyais pas comment marier les deux univers. Puis, j’ai eu le flash de camper les ancêtres de Jenny et Vicky dans le village gaulois. »

Livres

Le romancier Sylvain Prudhomme remporte le Femina avec «Par les routes»

PARIS — Le cru 2019 des grands prix littéraires du monde francophone continue d’être dévoilé cette semaine en France avec la remise mardi du Femina à Sylvain Prudhomme pour «Par les routes», roman aux accents mélancoliques sur l’art de l’abandon.

Le jury exclusivement féminin a également décerné le Femina étranger à l’Espagnol Manuel Vilas pour Ordesa, et un prix spécial pour l’ensemble de son œuvre à l’autrice irlandaise Edna O’Brien.

«C’est un livre où j’ai essayé de parler du désir de liberté qu’on a un peu tous», a déclaré l’écrivain français Sylvain Prudhomme, 40 ans, à la remise de son prix à Paris, dans un salon du très chic Cercle de l’union interallié, près de l’Élysée.

«Mon livre, a-t-il reconnu, est aussi sur la liberté qu’on laisse à ceux qu’on aime.»

L’écrivain français, qui signe là son huitième roman, succède à Philippe Lançon couronné l’an dernier pour Le lambeau, récit autobiographique sur une reconstruction, physique et psychique, après la tuerie dans les locaux de l’hebdomadaire Charlie Hebdo en janvier 2015 à Paris.

Par les routes met en scène un homme d’une quarantaine d’années jamais autrement nommé que «l’auto-stoppeur». En couple avec une traductrice nommée Marie, père d’un petit garçon, l’auto-stoppeur ne peut s’empêcher de partir régulièrement, pouce levé, au hasard sur les routes de France.

L’histoire est racontée par Sacha, un ancien ami de l’auto-stoppeur. Écrivain, Sacha est venu s’installer dans une petite ville du sud-est sans savoir qu’il y retrouverait l’ancien compagnon de jeunesse avec qui, vingt ans auparavant, il avait sillonné la France en auto-stop.

L’un s’est assagi, l’autre, doux et aimant, a toujours pourtant ce besoin paradoxal de bouger, d’aller voir d’autres ailleurs même si, le plus souvent, ce sont des aires d’autoroutes. «C’était comme s’il avait toujours besoin que sa trajectoire en frôle d’autres», écrit joliment Sylvain Prudhomme en parlant de son auto-stoppeur.

Au fil des absences de plus en plus longues et fréquentes de l’auto-stoppeur, Sacha se rapproche de Marie et de leur fils Agustin.

Mais le livre du romancier, publié chez L’Arbalète/Gallimard, n’est pas un vaudeville. Ce qu’offre Sylvain Prudhomme, qui a figuré dans les sélections du prix Renaudot, de l’Interallié et du Grand prix du roman de l’Académie française, est une splendide ode à la liberté. Il existe une multitude d’existences possibles, rappelle l’écrivain.

Un air de Leonard Cohen

Le livre (304 pages) est délicat, sans emphase. La tonalité du roman oscille entre Lodoli (l’écrivain italien que traduit Marie et dont elle dit : «Toujours la même chose. La vie qui passe. Le temps qui s’en va. C’est tout simple, il n’y a jamais rien de spectaculaire») et Leonard Cohen qu’on entend fredonner Famous Blue Raincoat, où il est question d’une fille que l’on est deux à aimer et où l’un des garçons dit à l’autre : «Je suis heureux que tu te sois trouvé sur ma route».

Camille Laurens, présidente cette année du jury du Femina, a salué en Par les routes un livre «très contemporain qui dit quelque chose de très fort sur l’amour et l’amitié et en même temps sur cette jeunesse qui ne veut pas s’en aller».

Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour Giono, furioso (Stock). Une mention spéciale en tant que «lanceur d’alerte» a distingué La fabrique du crétin digital : les dangers des écrans pour nos enfants (Seuil) de Michel Desmurget.

La saison 2019 des prix littéraires du monde francophone, semaine la plus attendue et la plus redoutée des éditeurs, s’est ouverte par le plus prestigieux d’entre eux, le Goncourt, décerné lundi au discret écrivain français Jean-Paul Dubois pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier).

Le prix Renaudot a été remis lundi à Sylvain Tesson pour La panthèse des neiges (Gallimard).

Reste encore à décerner le Médicis qui fera connaître son choix vendredi pour ce prix réputé couronner des œuvres aux qualités littéraires affirmées et remis l’an dernier au subversif Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

Arts

Le succès improbable d’Anne Cathrine Bomann

Depuis que La Peuplade a publié le roman Agathe, dont elle détient les droits pour le marché francophone, les commentaires affluent. Critiques, libraires et simples lecteurs apprécient l’écriture ciselée, l’humour discret, autant que le côté « feel good » de l’histoire, dénuée toutefois de mièvrerie. Maintenant distribué dans 24 pays, toutes langues confondues, le livre écrit par la Danoise Anne Cathrine Bomann connaît un succès qui détonne, par rapport à ses débuts plus que modestes.

« L’écriture s’est étalée sur quatre ans parce que j’ai pris des pauses et que je travaille à temps plein comme psychologue. Ensuite, j’ai contacté les principaux éditeurs et tous ont dit non, ce qui m’a amenée à collaborer avec le genre de maisons où il faut partager une partie des frais d’édition. Agathe est sorti en 2017 et 500 copies ont été vendues au Danemark », a relaté l’écrivaine, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Livres

Margaret Atwood est faite membre de l’Ordre britannique des compagnons

WINDSOR, Royaume-Uni — L’écrivaine canadienne Margaret Atwood a été faite membre de l’Ordre britannique des compagnons d’honneur, par la reine Elizabeth II, pour «services rendus à la littérature».

L’auteure du roman dystopique «La Servante écarlate» et de sa suite, «Les Testaments», qui vient de paraître, a serré la main de la souveraine, vendredi, en acceptant la distinction lors d’une cérémonie au château de Windsor. Vêtue d’une robe sombre, d’un foulard multicolore et d’un chapeau rouge à larges bords, l’écrivaine de 79 ans a déclaré aux médias britanniques qu’elle s’était sentie «un peu émue» en présence de la souveraine.

«Quand vous voyez la reine, à son âge, avec cet emploi du temps, c’est une inspiration pour tout le monde», a soutenu l’écrivaine canadienne.

Plus tôt ce mois-ci, Margaret Atwood avait remporté le prestigieux prix littéraire «Booker» pour «Les Testaments», conjointement - fait rare - avec l’auteure britannique Bernardine Evaristo pour «Girl, Woman, Other». L’adaptation de «La Servante écarlate» à la télévision fait un malheur présentement un peu partout dans le monde.

Créé par le roi George V en 1917, l’Ordre des compagnons d’honneur est une récompense spéciale destinée à ceux qui ont apporté une contribution majeure aux arts, à la science, à la médecine ou au gouvernement. L’ordre ne peut compter que 65 membres à la fois - surtout des Britanniques, mais un nombre restreint de lauréats peuvent provenir d’autres pays du Commonwealth.

L’Ordre comprend notamment les actrices Maggie Smith et Judy Dench, l’ex-premier ministre britannique John Major, l’archevêque sud-africain et militant des droits de la personne Desmond Tutu, l’écrivaine J.K. Rowling, le musicien Paul McCartney et l’ancien chef d’état-major canadien de la défense John de Chastelain, qui a joué un rôle majeur dans le processus de paix en Irlande du Nord il y a 25 ans.

Livres

Raconte-moi une histoire!

Les livres occupent une place particulière dans la vie et le cœur d’un enfant. Et à l’heure du dodo, nombreux sont les parents qui se font demander de lire une histoire avant de partir pour le pays des rêves. D’ailleurs, souvent ladite histoire a tellement été lue qu’il est impossible de changer un seul mot au cours de la lecture, au risque de se faire reprendre. Pour varier les plaisirs dans la bibliothèque des moins de 10 ans, voici une suggestion d’albums jeunesse parus cet automne qui nous ont tapé dans l’œil.

> Objet perdu

Cécile Gariépy

Éditions La Pastèque

Dès 1 an

Mais où sont passés la pantoufle, la chaussette, le crayon ou encore la brosse à dents ? Dans cet album cartonné adapté aux petites mains – pas toujours délicates –, les tout-petits doivent ouvrir grand leurs yeux pour retrouver les objets du quotidien perdus par les personnages. L’illustratrice Cécile Gariépy invite dans ce deuxième ouvrage aux formes ludiques et imprimé en quadrichromie, à un jeu de cherche et trouve plutôt drôle.

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Arts et spectacles

Rendez-vous de la BD de Gatineau: changement de scénario

Pour sa 16e édition, qui se tiendra samedi 30 novembre et dimanche 1er décembre à la Maison du citoyen, le Rendez-vous de la BD de Gatineau (RVBDG) a changé sa formule : plutôt que d’inviter des dessinateurs, l’événement braquera ses projecteurs sur... des scénaristes, pour l’essentiel.

Car on oublie trop souvent que si « un bon scénario peut ‘sauver’ un mauvais dessin », l’inverse est beaucoup moins vrai, a soutenu jeudi le président du RVBDG, Sylvain Lemay, en conférence de presse.

Livres

Une jeune auteure de Saint-André-Avellin traduite en ouzbek

Après avoir vu son œuvre «Insoumise» être traduite et commercialisée en Russie au printemps dernier, l’Avellinoise d’origine, Mathilde Saint-Jean, franchira une fois de plus les frontières de l’Asie centrale grâce à sa plume, puisque son récit sera aussi adapté d’ici quelques semaines pour le public de l’ancienne république soviétique de l’Ouzbékistan.

La maison Bookland Press, qui se spécialise notamment dans la traduction d’oeuvres littéraires canadiennes à travers le globe, s’est entendue avec Guy Saint-Jean Éditeur – la maison d’édition qui publie les livres de Mathilde Saint-Jean – et la boîte Asian Book House afin de transposer en ouzbek, dès novembre, Insoumise : Au-delà du mur, premier volet de la trilogie de la jeune romancière parue en 2015. Il s’agira d’une première traduction d’une oeuvre francophone canadienne en langue ouzbek, clame haut et fort le trio d’éditeurs, dans un communiqué de presse signé conjointement. Les deux autres tomes devraient suivre un peu plus tard.

Arts et spectacles

La femme de personne: reine de sa destinée

Anne-Marie Desbiens s’est illustrée, l’an dernier, avec la parution de son premier roman d’époque, La jeune fille du rang, vendu à plus de 6000 exemplaires. Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour retrouver sa plume, cette fois sous le titre de La femme de personne. Sans être une suite au premier, ce nouvel ouvrage met cette fois en lumière Thérèse, la fougueuse cousine de Françoise, son héroïne de La jeune fille du rang.

« Ce roman est en effet dérivé d’un personnage secondaire de mon premier livre. Les deux peuvent se lire indépendamment, mais c’est le même univers, laisse entendre l’écrivaine. Mon éditrice m’a suggéré de reprendre le personnage de Thérèse pour en faire ma nouvelle héroïne. On l’aime tellement. Elle a deux ans de plus que Françoise, elle est très ambitieuse, elle a 35 ans, elle adore travailler, même si elle est mariée avec un enfant. Sa devise pourrait être “la fin justifie les moyens” ».

Arts

Astérix vous présente Adrénaline, la fille de Vercingétorix

PARIS — Adrénaline, une adolescente rebelle aux faux airs de Greta Thunberg, sera la vedette du prochain album d’Astérix, «La fille de Vercingétorix», qui sort le 24 octobre.

«Pourquoi Adrénaline ? Ça a sûrement un rapport avec son caractère», explique en souriant Jean-Yves Ferri le scénariste du 38e album de la série créée il y a 60 ans par René Goscinny et Albert Uderzo, au cours d’une conférence de presse au siège d’Hachette Livre près de Paris.

Adrénaline, la fille de Vercingétorix, porte une longue natte rousse. Sur la couverture de l’album, elle a le visage fermé, les bras croisés dans un air de défi devant un Obélix à l’air surpris. Devant elle, Astérix tend son bras pour tenter de calmer l’adolescente rebelle.

Une ressemblance avec la jeune égérie suédoise de la lutte contre le réchauffement climatique Greta Thunberg ? «Purement fortuite», assurent en choeur Jean-Yves Ferri et le dessinateur Didier Conrad qui explique s’être inspiré de sa fille pour créer ce personnage.

À l’exception de Zaza (dans l’album «Le cadeau de César»), il n’y avait pas eu d’adolescentes dans Astérix. «Après 37 titres, il est toujours préférable de choisir des sujets et des types de personnages peu abordés par les créateurs de la série si l’on veut trouver des idées nouvelles et apporter une certaine fraîcheur», indique M. Ferri.

L’action du nouvel album se situe quelques années après la défaite d’Alésia. Un réseau secret d’Arvernes regroupés au sein du Farc («Front Arverne de Résistanche checrète»!) continuent la lutte contre les Romains. Ces «résistants» veillent sur la fille du chef et son «torque», un collier honorifique qu’elle a reçu en héritage de son illustre père. Deux envoyés du Farc, Monolitix et Ipocalorix (qui ressemblent à De Gaulle et Churchill!), viennent mettre Adrénaline à l’abri dans le village d’Astérix et Obélix... Mais un personnage envoyé par César est prêt à tout pour s’en prendre à elle.

Imprimé à 5 millions d’exemplaires (dont 2 millions en France), l’album sera publié simultanément en 15 langues dans une trentaine de pays le 24 octobre, a précisé Céleste Surugue, directeur général des éditions Albert-René (Hachette Livre, groupe Lagardère).

Depuis sa création, les albums d’Astérix se sont écoulés à 380 millions d’exemplaires en 111 langues.

Livres

Quand les hommes s’en mêlent

La Danvilloise d’origine Amélie Dubois a ressorti sa plume pour écrire la suite des aventures des trois héroïnes de sa série « Ce qui se passe à... ». Après Québec, le Mexique et Cuba, l’auteure a donc visité la Sin City pour ce quatrième tome. Les immanquables souvenirs à demi oubliés à cause des coquetels et les fameuses machines à sous sont assurément au menu.

Vicky, Caroline et Katia s’envolent donc pour le Nevada, accompagnées pour une première fois de leurs conjoints respectifs. Les trois enseignantes visiteront les nombreuses attractions que l’endroit propose. Après un séjour harmonieux, les couples se séparent la veille de leur départ pour le Québec, afin de célébrer l’enterrement de vie de célibataire de l’un des couples. Mais alors que les filles rentrent en catimini au petit matin, elles découvrent leurs conjoints dans une scène qui présage l’infidélité. Bien que toutes trois ne soient pas des saintes de leur côté, l’un des clans devra céder et révéler la vérité. Tout au long de l’œuvre, plusieurs retours dans le temps dévoilent ce qui s’est réellement produit.

Arts et spectacles

Séjour en Crise-istan pour Véronique Grenier

Véronique Grenier a un « fantasme » de parc. Un endroit où il serait possible de se retirer chaque fois qu’une crise nous frappe, quelle que soit sa nature (amoureuse, professionnelle, affective, existentielle...). Un lieu exempt de la frénésie du quotidien, permettant de se concentrer entièrement sur la source de perturbation, afin de la résoudre… ou simplement la vivre pleinement au lieu de tenter de l’éviter.

Son nouveau livre Carnet de parc, l’écrivaine le décrit donc comme une quest poétique. Pas une quête comme la quête du héros dans un roman, le schéma actanciel, l’axe du désir, adjuvants, opposants, etc. Une quest comme dans un jeu vidéo, avec un personnage principal placé dans un monde particulier et qui, pour parvenir à en sortir, doit réussir un certain nombre de tableaux, niveaux, épreuves...

« J’ai quand même beaucoup joué aux jeux vidéos moi-même. En ce moment, c’est plutôt avec mon fils. Sans dire que Fortnite est la source d’inspiration du livre, c’est lorsque j’étais en train de faire une partie avec mon garçon que j’ai eu un flash : "Mon Dieu! c’est exactement ce que je suis en train d’écrire, en format poésie!" »

Cette analogie se détecte notamment dans la structure de ce bouquin de 100 pages, découpé en courts chapitres, lesquels peuvent être perçus comme des « tableaux », chacun abordant un ou des aspects particuliers d’une crise personnelle. C’est là où s’exprime toute la poésie de l’autrice, avec force images, symboles et allégories. 

Mais, encore une fois comme un jeu vidéo qui passe par des introductions identiques ou semblables à chaque tableau, tous les chapitres s’amorcent de la même façon : avec un extrait de journal intime et un court paragraphe (toujours le même) décrivant le parc. Sauf qu’à chaque section, le paragraphe répété est amputé de la dernière phrase, se rétrécissant jusqu’à n’en compter qu’une seule.

« C’est une forme qui s’est imposée de soi-même. Le paragraphe répétitif m’apparaissait comme super nécessaire au début pour comprendre clairement où l’on est. La répétition fait ressortir l’aspect circulaire et clos du lieu, et de le raccourcir ajoute l’idée d’une spirale, où des choses sont en train de s’ébrécher. Ensuite sont arrivés les Cher journal. J’aimais l’effet créé (je lis beaucoup à voix haute quand j’écris) et la coupure qu’ils apportaient avec le récit. Tout ça permet des pauses, de ne pas rester dans une densité continue. »

Condensé d’émotions

Parce qu’une fois que l’on plonge dans les méandres de ce fameux parc, on y plonge pour de vrai. Véronique Grenier y a condensé tous les éventuels doutes, dilemmes, fausses pistes, désirs d’échappatoire, pressions internes et externes, désorientations, désabusements, douleurs, colères et tristesses d’une crise personnelle. Avec l’idée d’accepter et de vivre ce moment pour ce qu’il est, d’aller jusqu’au bout, plutôt que juste « attendre que ça passe ».

« Surtout que c’est un lieu qu’on visite généralement plus d’une fois dans une vie, lors d’un deuil, une rupture, une perte d’emploi… À la différence que, dans un livre, on peut recourir à l’absurde, effacer ses souvenirs, refaire sa mémoire, essayer la vie des autres… »

Et s’apercevoir qu’il est impossible d’échapper à toutes les pressions, celles qu’on s’impose soi-même comme celles venant des autres. Le parc est d’ailleurs habité par un personnage baptisé On, qui semble vouloir autant aider qu’éprouver l’héroïne.

« C’est une sorte de guide de camp de vacances un peu sadique qui est là pour faire passer des épreuves, emmener les gens au bout d’eux-mêmes, voire au-delà. Parce qu’on ne se le cachera pas : souvent, on sait ce qu’on doit faire ou changer pour résoudre une crise. Mais on préfère faire le tour de la chose, souffrir deux ou trois fois de plus avant d’arriver au bout. »

Regard chirurgical

L’état de crise, Véronique Grenier connaît bien. Celle qui parle ouvertement de son anxiété et de sa bipolarité, qui tient même à prendre la parole justement pour déboulonner tous les mythes, a visité cette contrée sans doute plus souvent qu’elle l’aurait souhaité.

« J’ai beaucoup appris à gérer différents états, à vivre et à travailler pour ne pas être dominée par ça, à en tirer des choses, à en ressortir de moins en moins troublée. C’est probablement pour ça que j’ai un regard presque chirurgical aujourd’hui », commente l’enseignante de philosophie au Cégep de Sherbrooke, qui n’a pas la prétention d’avoir couché en poésie une analyse psychologique et universelle du processus de résolution de crise.

« Mais, du point de vue de mon expérience humaine, ça ressemble pas mal à ce que je vois autour de moi : on se revisite, on essaie de faire la part des choses entre nos émotions, nos vouloirs, nos aspirations, on identifie ce qui nous tire par en arrière. Oui, il y a probablement des gens pour qui le processus est moins long ou moins douloureux, mais je pense qu’ils sont l’exception... et on a de quoi les envier! » dit-elle en riant.

Le pouce pour le loup

Les philosophes avertis détecteront quelques références, la plus explicite étant le moment où Thomas Hobbes lève le pouce en l’air lorsque plusieurs individus trouvent le bonheur, se l’arrachent et finissent par le tuer.

Ceux qui savent que Hobbes est l’auteur du célèbre aphorisme L’homme est un loup pour l’homme saisiront rapidement. « Il y a quelques blagues de philo comme ça, des clins d’œil un peu partout dans le livre. Je suis le genre de professeure qui lasse ses étudiants à force de jokes qu’elle est la seule à rire », raconte Véronique Grenier, moqueuse d’elle-même. « Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à faire toutes ces références, qui n’entravent pas la lecture chez ceux qui n’ont pas ces clefs », précise-t-elle.

Le récit comporte quand même sa part de critiques, comme ces gens qui s’appuient sur des phrases toutes faites, du type coach de vie, ou qui débarquent avec des solutions prétendument universelles. 

« Et qui souvent essaient de nous les vendre, qui capitalisent sur notre vulnérabilité, qui invalident le ressenti. Sans taper sur les personnes que ça aide, c’est quelque chose qui me fâche beaucoup. Je comprends la recherche de consolation. Tout le monde espère que ce soit rapide, que la douleur disparaisse grâce à une belle citation, mais 2500 ans d’histoire de philo nous disent que non. Parce que les êtres humains sont complexes. Je préfère les personnes qui nous répondent que ça va faire mal, mais qu’elles seront là pour nous aider. Nos meilleurs amis sont souvent ceux qui nous traînent dans la lucidité. » 

Arts et spectacles

Dessine-moi un canon, de Marie-Paule Villeneuve : Potton au temps de Gerald Bull

Le journalisme a longtemps occupé une grande place dans la vie de la romancière Marie-Paule Villeneuve. Faut-il alors se surprendre que son nouveau roman, intitulé Dessine-moi un canon, soit le fruit d’un mariage plutôt rare entre l’écriture journalistique et une littérature plus classique?

Avec Dessine-moi un canon, Marie-Paule Villeneuve propose au lecteur d’aller à la rencontre de Gerald Bull, un Canadien d’origine qui a longtemps œuvré dans le domaine de l’armement et dont l’assassinat en Belgique, en 1990, a été imputé par certains au Mossad, les services secrets israéliens.

La romancière connaissait le nom de Gerald Bull quand elle s’est installée, il y a neuf ans, dans le secteur de Potton, où l’homme d’affaires et inventeur a vécu pendant une partie de sa vie. Mais elle confie que l’histoire de ce personnage controversé l’a carrément « obsédée » dans les années qui ont suivi son arrivée.

« J’ai vu le potentiel de l’histoire et je me suis dit que j’allais écrire mon dernier gros livre appuyé sur de la recherche. Il y avait une omerta qui existait localement autour du personnage, mais, en même temps, je constatais un intérêt pour le sujet. J’avais le goût de creuser ça », indique Marie-Paule Villeneuve, qui a notamment travaillé à la Presse canadienne à une autre époque.

Avant de pondre l’ultime version de son nouveau roman, Marie-Paule Villeneuve en a rédigé quelques-unes qui ont finalement été rejetées. Elle avoue d’ailleurs qu’il n’a pas été simple de trouver le bon angle.

« Mon livre parle de Bull, mais celui-ci n’est pas au centre de l’histoire. Je voulais comprendre le personnage et j’admets que je ne l’ai pas parfaitement saisi malgré mes sept années de recherches. »

Marie-Paule Villeneuve a choisi de créer deux personnages vivant dans une vieille église, un peu comme elle l’a elle-même fait quand elle s’est établie à Potton. Les deux enquêtent ensemble sur la vie de ce « génie de la balistique ».

« J’ai entre autres mis la main sur le rapport de la mort de Bull grâce à une université en Belgique. Les gens vont apprendre des choses qui ne sont jamais sorties publiquement. »

Dessine-moi un canon aborde une série d’autres épisodes marquants de la vie du spécialiste en armement. Sa condamnation à la prison aux États-Unis pour vente d’armes illégales, ses liens avec l’homme d’affaires et activiste islamiste Saad Gabr ainsi que son projet de canon surdimensionné au bénéfice de l’Irak constituent autant d’éléments fouillés par la romancière-journaliste.

Folklore local

À Potton, le passé de l’homme d’affaires est relativement bien connu, puisqu’il a exploité une usine qui produisait des pièces d’armement dans ce secteur dans les années 1960 et 1970. L’entreprise a déjà employé jusqu’à 300 personnes.

L’usine en question se trouvait carrément à cheval sur la frontière entre le Canada et les États-Unis, avec une partie des travailleurs provenant du Québec, et le reste, des États-Unis. Il s’agissait d’un projet hors du commun à l’époque et tout laisse croire que jamais une telle idée ne pourrait à nouveau se matérialiser 40 ans plus tard.

« Les travailleurs devaient signer une entente de confidentialité quand ils étaient embauchés. C’était très secret comme milieu. Même aujourd’hui, des gens ont encore peur de parler de ce qui se faisait sur place et plusieurs trouvaient que j’étais un peu trop curieuse avec mes questions », affirme Marie-Paule Villeneuve, qui publie cette fois à compte d’auteur.

« Il fait encore jaser »

Maire de Potton, Jacques Marcoux raconte que Gerald Bull, son ancienne usine ainsi que le domaine que la famille possède toujours localement continuent à « faire jaser » les gens de la municipalité, principalement les ex-employés de l’entreprise, qui avait été baptisée Space. « Il y a aussi des touristes qui, parfois, s’arrêtent au bureau d’information touristique local et qui demandent où tout ça se passait », dit-il.

M. Marcoux révèle que l’histoire de l’ingénieur pourrait un jour être racontée à l’intérieur de la grange ronde existant au cœur de Mansonville, le village le plus important du canton de Potton. Ce vieux bâtiment agricole a été rénové à grands frais et on souhaite qu’il accueille des expositions dans le futur.

« Je pense que le nouveau livre de Marie-Paule Villeneuve va susciter un intérêt accru pour l’histoire de ce cet homme au passé un peu flou. Si, en plus, on a une exposition, je crois que ça peut être bénéfique pour le milieu. »

Vous voulez y aller?

Lancement de Dessine-moi un canon de Marie-Paule Villeneuve

Dimanche 13 octobre, 11 h

Maison bleue du Domaine Howard, Sherbrooke

13 octobre à 11 h

Vendredi 18 octobre, 16 h

Centre L’Élan, Magog

Réservations : 514 346-5683