Livres

La boule de cristal de Viveca Sten

On pourrait presque croire que Viveca Sten avait une boule de cristal quand elle a écrit «Retour sur l’île» dans sa langue originale, en suédois, en 2013. On était encore loin du mouvement #moiaussi et la montée de l’extrême droite un peu partout dans le monde n’était encore qu’un bruit de fond. Et pourtant, en paraissant en 2018 ici, en français, le roman ne pourrait être plus d’actualité.

«Avant ce tome-là, je n’avais jamais écrit un livre avec un thème si politique», raconte Viveca Sten. L’auteure suédoise, de passage au Québec cette semaine dans le cadre d’une première tournée canadienne, s’exprime dans un très bon français, qu’elle a appris comme une troisième langue, lors d’une session d’études à Grenoble, endroit choisi… pour faire du ski! 

Dans Retour sur l’île, on suit le duo signature de Viveca Sten, l’inspecteur Thomas Andreasson et son amie juriste Nora Linde. Le premier devra s’occuper d’enquêter sur la mort suspecte de ­Jeanette Thiels, journaliste de guerre retrouvée gelée sur la plage de l’île de Sandhamn au lendemain de Noël. La seconde, en parallèle, se trouve empêtrée dans une transaction louche à la banque où elle travaille, et sera confrontée à des agissements douteux de la part de ses patrons. 

«L’histoire, c’est qu’en 2010, pour la première fois, un parti d’extrême droite a obtenu une place au parlement suédois. Ç’a été un très grand choc pour moi. Je ne pouvais pas croire que dans mon pays, la Suède, qui a accueilli beaucoup de réfugiés, dans ma Suède démocratique et égalitaire, que c’était vraiment possible», détaille-t-elle. 

De là l’impulsion d’en faire un des thèmes de ce livre, qui se passe, comme toujours, dans sa petite île fétiche de Sandhamn, aux confins de l’archipel de ­Stockholm. Les policiers découvrent en effet rapidement que Jeanette Thiels, journaliste aguerrie, avait monté un important dossier sur Suède Nouvelle, un parti (fictif) d’extrême droite. 

En parallèle, Viveca Sten a aussi développé le nouveau personnage d’Aram, membre de l’équipe du poste de Nacka. Arrivé d’Irak dans son enfance, il a été marqué par les stigmates de la guerre et de l’immigration. Un personnage inspiré par l’histoire d’une jeune femme originaire du Kurdistan que l’auteure a rencontrée. «J’ai réalisé que dans mes autres livres, tout le monde était tellement suédois. Il n’y avait que des personnages aux cheveux blonds et aux yeux bleus, le stéréotype suédois quoi! Et je me suis dit: ce n’est plus ça, la Suède! Il y a maintenant un million de Suédois sur 10 millions qui ne sont pas nés en Suède ou dont les parents ne sont pas nés en Suède. Je voulais avoir un nouveau personnage qui reflétait cela», explique l’auteure.

Arts et spectacles

Gatineau veut servir de modèle

La deuxième édition gatinoise de Ville lecture se déroulera du 28 avril au 6 mai, au rythme d’ateliers et d’initiatives musicales animés par des artistes d’ici ou d’ailleurs, de rencontres d’auteurs, de poèmes et de sentiers littéraires. Bref, Gatineau devrait vibrera au rythme des mots.

Le festival Ville lecture s’appuie sur des municipalités désireuses de servir de modèles, en tant que villes favorisant la lecture. « L’objectif est de mettre de l’avant le goût et l’intérêt de la lecture », a résumé jeudi le maire Maxime Pedneaud-Jobin, soucieux que la ville qu’il représente fasse figure de modèle, en tant que « société de lecteurs ».

Livre

La GRC perçevait le mouvement féministe sous le prisme «communiste»

Des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) étaient si occupés à chercher des communistes infiltrés dans le mouvement naissant de libération des femmes qu’ils ont pratiquement fait fi d’une révolution sociale légitime ayant transformé la vie de millions de personnes, affirme un nouvel ouvrage.

« Just Watch Us » s’attarde aux données empoussiérées sous la guerre froide du service de renseignement de la GRC pour décrire comment les espions de la police fédérale et leurs informateurs ont surveillé les rencontres, rassemblements et discours de femmes combattant pour l’égalité des sexes, l’équité salariale et l’accès à l’avortement.

Ce livre est le fruit d’années de recherches par Christabelle Sethna, professeure associée d’études féministes à l’Université d’Ottawa, et par Steve Hewitt, du département d’histoire à l’Université de Birmingham.

La branche du renseignement de la GRC a surveillé de près diverses personnes et plusieurs groupes dans pratiquement toutes les sphères de la société, amassant des centaines de milliers de dossiers secrets qui reflètent une préoccupation immense envers la subversion communiste.

Par conséquent, les agents de la GRC ont perçu les causes défendues par la nouvelle gauche alimentée par la jeunesse, incluant celles du mouvement des femmes, dans un « prisme » communiste, arguent les auteurs.

Il ne s’agissait pas d’une vendetta contre les femmes ou le féminisme qui a amené la GRC à une certaine obsession sur le phénomène, mais des « liens réels et imaginés » avec l’extrême-gauche, particulièrement les trotskistes qui gravitaient entre la gauche traditionnelle et la nouvelle en appui à diverses causes.

Mme Sethna et M. Hewitt ont parcouru des milliers de pages de dossiers du renseignement déclassifiés - dont plusieurs encore largement caviardées - pour examiner les intérêts de la GRC en ce qui a trait aux causes défendues par les femmes.

La police fédérale a ouvert un dossier général appelé « Women’s Liberation Groups - Canada », le 13 mai 1969.

Les agents de la GRC ont notamment fait une collecte imposante de notes, de brochures, de documents de prises de position et de procès-verbaux recueillis dans des événements à travers le pays. Ils ont suivi sans relâche une « caravane sur l’avortement » en 1970, un théâtre militant ayant fait état de Vancouver à Ottawa des problèmes d’accès aux services d’avortement légal.

Arts

Le livre qui fait corps avec son auteure

Pendant 16 mois, Catherine Voyer-Léger a écrit sur un seul et unique sujet : son corps. L’auteure a rédigé des textes au gré de ce qui l’interpellait, lesquels étaient diffusés par l’entremise d’un site web créé avec la complicité d’une amie. Elle qui rêvait que ce projet épouse la forme d’un livre a vu son voeu exaucé lorsque l’éditrice Mylène Bouchard, de La Peuplade, l’a entendue lire des extraits lors d’une visite au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Intitulé Prendre corps, l’ouvrage est disponible depuis la fin de mars.

« On n’a pas un corps. On est un corps », a énoncé Catherine Voyer-Léger au cours d’une entrevue téléphonique réalisée plus tôt cette semaine. C’est une manière de dire que notre enveloppe charnelle nous détermine, nous définit, que nous le voulions ou non. L’expérience menée quand elle était âgée de 35 ans a été colorée par ce corps qui lui plaît, qui lui procure du plaisir, qui lui fait mal, qui lui rappelle ceux de sa mère et sa grand-mère. Si bien qu’à petites touches, à la manière d’un tableau pointilliste, ses observations brossent un portrait dans lequel se reconnaît la principale intéressée.

« J’ai dû m’approprier mon corps dans sa complexité, l’idée de base consistant à écrire d’une manière qui ne serait pas linéaire. J’ai parfois traité de mes petits bobos et aussi d’autres choses, des facteurs extérieurs comme le verglas et les grandes chaleurs, par exemple, pour mentionner ce qu’ils me faisaient ressentir. Il est aussi question du deuil de la maternité biologique que j’ai fait à ce moment-là, puisque je venais de décider que je ne porterais pas un enfant », fait remarquer l’auteure.

Sa façon de gérer son corps, tant par le biais de l’alimentation que de l’activité physique et des traitements offerts par des spécialistes, nourrit également sa réflexion. Bientôt émerge une évidence, soit qu’il est impossible de trouver le point d’équilibre absolu en ces matières. Si on s’entraîne, c’est bon pour le cardio, mais des douleurs émergent. Si on ne fait rien, on ne souffre pas à brève échéance, mais à quel prix ? « Ce projet m’a aidée à comprendre que je devrais laisser plus de place à de légers inconforts », confie Catherine Voyer-Léger.

Livres

Hubert Reeves nous explique: Tome 1 La biodiversité, par Hubert Reeves ***1/2

Un sympathique vieillard à la barbe grisonnante contemple la voûte céleste, puis le héron qui prend son envol depuis le lac où se reflètent les étoiles. Et ce sont des étoiles, rappelle-t-il dès la première page, que proviennent les atomes qui façonnent tous les êtres vivants. Ce bonhomme rêveur n’est nul autre que l’astrophysicien d’origine québécoise Hubert Reeves – gentiment caricaturé par Daniel Casanave, dont le coup de crayon, vert et bleu, se fait écho à la sensibilité poétique et environnementaliste du scientifique.

En complicité avec Nelly Boutinot, Reeves signe le scénario de cette BD où il se met en scène entouré d’une bande de gamins partie en voyage scolaire, à la découverte de la biodiversité. Et les voilà dans la campagne française, à observer la richesse de la faune et de la flore. Puis, grâce aux détours de l’esprit scientifique, on fait escale narrative à New York ou dans la forêt amazonienne. Bactéries et fromage, eau et minéraux, fruits ordinaires et mammifères exotiques : les enfants explorent toute la richesse du vivant, au fil d’un récit qui passe sans crier gare de l’échelle microscopique aux considérations globalement terrestres.

Reeves en profite pour ouvrir quelques apartés historiques, racontant ici une histoire de pêche débutée dans l’archipel des Aléoutiennes, rappelant là l’origine péruvienne de la pomme de terre, avant de parler de migrations humaines.

Petite-Nation

Célébration littéraire

L’amour des mots et la littérature seront à nouveau célébrés au cœur de la Petite-Nation dans le cadre de la deuxième mouture du Festin de livres qui sera présentée au Complexe Whissell de Saint-André-Avellin, les 28 et 29 avril, sous le thème « Lire, toute une histoire ».

Entretiens avec des auteurs, ateliers, conférences, ventes de bouquins, activités pour les enfants, échange de livres usagés et espace dédié au patrimoine : malgré une programmation plus épurée afin d’éviter que « le public soit déchiré entre deux activités au même moment », comme ce fût rapporté par plusieurs visiteurs l’an dernier, la palette sera encore une fois bien garnie pour ce salon à l’échelle locale organisé par le Centre d’action culturelle de la MRC de Papineau et dont l’accès au site est entièrement gratuit.

Livres

Anne Goscinny se lance (enfin) dans la littérature jeunesse

PARIS — «Quand on est l’enfant de Mozart, on ne se lance pas dans l’opéra ou le requiem», se justifie Anne Goscinny, la fille du scénariste culte du 9e art René Goscinny, pour expliquer sa longue réticence à écrire des livres pour la jeunesse.

Il aura fallu que son amie la dessinatrice Catel (Olympe de Gouges, Joséphine Baker...) déploie des trésors de persuasion et qu’Anne se souvienne de précieux conseils de son père, à qui l’on doit notamment Astérix et le Petit Nicolas, pour se décider à publier Le monde de Lucrèce (Gallimard Jeunesse), un roman illustré pour enfants et pré-ados qui peut se lire comme un Petit Nicolas en version féminine.

Coup de foudre

Ce livre, le premier d’une série de trois, est d’abord une histoire d’amitié entre deux femmes.

«Avec Catel, on s’est rencontrées il y a quatre ans dans une soirée et ce fut un coup de foudre amical», se souvient Anne Goscinny, interrogée en compagnie de la dessinatrice par un journaliste de l’AFP.

«Coup de foudre» sans aucun doute quand on voit la complicité qui unit les deux femmes, mais marqué d’abord par une incompréhension réciproque.

Après leur première rencontre, Anne demande à Catel si elle pourrait réaliser un roman graphique consacré à son père. «Elle m’a répondu “Non, car je m’intéresse aux portraits de femmes et je ne me sens pas de faire un portrait d’homme”», raconte Anne Goscinny.

Quand la dessinatrice proposera à son tour à Anne d’écrire un livre jeunesse, la réponse de la romancière claque sans appel : «Jamais!» dit-elle.

Une vraie amitié résiste évidemment à ces différends. Les deux femmes, sensiblement du même âge, Anne Goscinny a 49 ans et Catel en a 53, continuent de se voir et de s’apprécier, allant jusqu’à partir en vacances ensemble.

«Au fil des années, on est devenues de plus en plus proches», résume Catel, qui a depuis entrepris l’écriture du Roman de Goscinny, un roman graphique en deux volumes, à paraître chez Grasset en 2019, qui racontera l’histoire de Goscinny vue à travers les yeux de sa fille.

Un cousin prétentieux

La question d’un livre jeunesse revient également sur le tapis. «Dans ses romans [Anne Goscinny en a écrit sept], elle raconte des histoires terribles, touchantes et émouvantes, mais je connais l’autre visage d’Anne, un clown burlesque capable de faire rire des tablées entières», souligne Catel.

Anne Goscinny hésite toujours, mais son armure se fendille.

«Mon père est mort lorsque j’avais neuf ans et je n’ai pas eu l’occasion d’apprendre beaucoup de lui. En revanche, une phrase de lui m’a beaucoup marquée : “Dans la vie, on a tous une chance et il nous appartient de ne pas la laisser passer”.»

«Cette phrase a résonné comme un mantra dans ma tête et je me suis dit “Si c’était ça, ma chance?”» poursuit la romancière.

Mais si Catel, en se lançant dans un roman graphique, «n’a rien appris, car c’est son métier de dessiner, ce n’est (en revanche) pas mon métier d’écrire pour les enfants, les pré-ados», se rend compte la romancière. «Écrire pour la jeunesse, c’est une école d’humilité. C’est d’une exigence folle.»

Le Monde de Lucrèce est l’histoire d’une adolescente entrant au collège. Dans le premier tome, on découvre sa famille (recomposée), ses amis, son cousin Nicolas, garçon un peu prétentieux, car il est le petit-fils d’un certain... Petit Nicolas.

Pour créer son héroïne, Anne Goscinny a beaucoup observé sa propre fille, Salomé, aujourd’hui âgée de 15 ans. Catel reconnaît également l’avoir prise pour modèle. «J’ai dessiné la fille d’Anne, mais ça se passe dans ma maison», s’amuse-t-elle.

«Choisir le nom de Lucrèce allait de soi», dit la romancière en confiant un secret de famille. «Mon mari voulait que notre fille s’appelle Lucrèce. Je lui ai dit non, mais j’ai ajouté... un jour je t’en ferai une.»

Le premier volume du Monde de Lucrèce a été tiré à 15 000 exemplaires et les premiers retours des libraires sont plutôt encourageants.

«Si on résume, c’est une merveilleuse aventure qui nous arrive à toutes les deux», se réjouit Anne Goscinny.

Arts

Alexandre Jardin: l’écrivain libre

TROIS-RIVIÈRES — Sans doute se trouve-t-il des écrivains que le succès a éloigné de ceux qui les font vivre: les lecteurs. Pas Alexandre Jardin. Parfaitement conscient que le Salon du livre de Trois-Rivières n’a pas l’ampleur de ceux de Montréal ou de Québec qu’il connaît pour les avoir fréquentés, il n’en traversera pas moins l’Atlantique dans le seul but de venir assumer son rôle de président d’honneur du salon trifluvien. Et discuter avec ses lecteurs, bien sûr.

«C’est bizarre mais je ne connais pas Trois-Rivières alors que je connais pourtant bien le Québec, avouait-il au téléphone depuis un café parisien achalandé à en juger par le bruit environnant. Quand on m’a proposé d’assister à votre Salon du livre, j’ai donc accepté tout de suite: c’est une très belle occasion de présenter mon dernier livre mais surtout de découvrir une nouvelle ville. L’autre raison, c’est qu’ayant beaucoup lu sur le Québec, j’ai fantasmé sur Trois-Rivières. C’est un berceau du lien qui nous unit aux Québécois. Trois-Rivières est une capitale du français en Amérique du Nord et un des premiers endroits sur le continent où des liens se sont tissés entre la population locale et les Français.»

N’empêche, un écrivain de sa stature semble destiné à de plus prestigieux événements internationaux. «Je préfère, et de loin, ce format à celui du Salon du livre de Paris, par exemple, plaide-t-il avec conviction. Je suis allé au dernier et j’y suis resté 25 minutes, strictement par obligation. Je n’y ai eu aucun plaisir. Il ne se passe rien dans les gros salons. On ne peut avoir aucune conversation intime avec les lecteurs. C’est simplement commercial. Chez vous, je pourrai avoir un vrai contact avec les gens, des rencontres réelles. J’ai hâte.»

Écouter

«Mon principal intérêt à aller dans les salons du livre, c’est l’écoute. C’est un endroit où on peut s’écouter les uns les autres. Pour moi, c’est vrai avec le public mais ça l’est aussi avec les autres auteurs. Rien n’est plus passionnant que d’écouter d’autres auteurs parler de ce qui les inspire, de comment ils travaillent, etc. Or, ce n’est dans ce genre d’événements qu’on peut le faire. Même au sein des maisons d’édition, les auteurs ont peu de contacts entre eux.»

Un troisième motif vient en tête de l’écrivain pour justifier son intérêt pour le salon trifluvien. Un motif peut-être plus primordial que les autres: ce qu’il appelle le miracle des Québécois. 

Le miracle? « Oui, oui, tout à fait! Les Québécois se livrent beaucoup plus que les Français, explique-t-il. Même qu’il n’y a aucun rapport entre les deux publics à mes yeux. Les gens ont chez vous plus accès à leur vérité intime. C’est extraordinaire d’être rapidement en contact avec la vérité de quelqu’un. En décembre dernier, j’étais à Québec pour des séances de signature suite à la parution de mon dernier roman et ce que les gens m’y ont dit m’a sidéré.»

Spécifions que le livre, Ma mère avait raison, porte sur la maman de l’écrivain, une femme scandaleuse, foncièrement libre, parfaitement indifférente aux conventions. Le genre de femme à habiter dans la même maison que son mari et ses trois amants.

«Je me souviens d’une dame, relate Alexandre Jardin, au bout d’une file d’attente à Québec, une femme que je ne connaissais pas qui m’a dit qu’à la suite de la lecture du bouquin, elle avait décidé d’avouer à son chum ce qu’elle ne lui avait encore jamais dit: que ce qu’elle aime pendant la relation sexuelle, c’est qu’on la gifle sur tout le corps! Le livre lui avait donné ce courage. Il y a même un homme qui m’a demandé de dédicacer le livre à sa femme décédée. Évidemment, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a répondu que si elle revenait à la vie, il voudrait qu’elle lise mon roman. Il était dans sa vérité intime sans aucune forme de gêne.»

«Et ce qui est bien chez vous, c’est que ce n’est pas générationnel, je pense que c’est culturel. On le constate aussi bien chez les jeunes que les plus vieux. C’est ce à quoi je m’attends à Trois-Rivières.»

Enseigner

Le président d’honneur du Salon du livre de Trois-Rivières 2018 sera très présent lors de l’événement. En plus de se prêter à bon nombre d’entretiens, de faire la lecture à un groupe de tout petits, il offrira une classe de maître. Qu’a-t-il à révéler à des écrivains? «Un exemple de ce que je vais leur dire, c’est de toujours être très clairs quant au sujet dont il traite à travers leur intrigue. Souvent, les livres sont dévorés par leur propre intrigue. Ce qui compte, c’est le sujet et le lien avec le moi profond de l’écrivain.»

«Prenez Cyrano, illustre-t-il. Si on dit que c’est une pièce sur un homme avec un grand nez, on reste dans l’intrigue. Le sujet, c’est notre beauté cachée, un sujet immense et universel. Il faut que l’écrivain aille beaucoup plus loin en lui-même pour révéler son point de vue particulier sur le sujet choisi. Si je prends mon dernier roman qui apparaît comme un livre sur ma mère, en fait, c’est un roman sur la possibilité d’être radicalement soi-même.»

Livres

Les héritiers de Harper Lee veulent bloquer une adaptation de son roman

NEW YORK — Les héritiers de la romancière américaine Harper Lee ont saisi la justice pour bloquer une adaptation théâtrale, qu’ils jugent trop libre, de son roman phare «Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur» par le scénariste à succès Aaron Sorkin («Le réseau social», «Le jeu de Molly»).

Le producteur Scott Rudin s’était entendu en 2015 avec Harper Lee, décédée en février 2016 à 89 ans, pour adapter à Broadway l’un des plus célèbres ouvrages de la littérature américaine.

Publié en 1960, le livre a été vendu à plus de 40 millions d’exemplaires, traduit en plus de 40 langues et s’écoule encore à environ un million de copies par an, selon le document de l’assignation déposée mardi devant un tribunal fédéral de l’Alabama et consulté jeudi par l’AFP.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur a déjà été adapté au cinéma en 1962, avec trois Oscars à la clef, mais aussi au théâtre, par Christopher Sergel, en 1970.

Inquiétés par des interviews d’Aaron Sorkin, chargé d’écrire le scénario de cette nouvelle adaptation, les héritiers de la romancière ont fait part de leurs inquiétudes au producteur.

Après avoir consulté une première version de la pièce, ils ont notamment exprimé leur préoccupation quant à ce qu’ils considéraient comme une réécriture du personnage principal Atticus Finch.

Lauréat d’un Oscar pour Le réseau social (2011), Aaron Sorkin a également reçu plusieurs Golden Globes et Emmy Awards, notamment pour son travail sur le script du film de Danny Boyle Steve Jobs (2015) ainsi que sur la série télévisée À la Maison Blanche.

M. Rudin a tenté de rassurer les héritiers, selon le document de l’assignation, assurant que la production n’entendait procéder à aucun «changement majeur».

Mais à la lecture mi-février d’une nouvelle mouture, l’avocate des héritiers, Tonja Carter, a estimé que rien n’avait été fait pour rectifier le tir, au contraire, selon les documents de justice.

Après de nouveaux échanges tendus, l’avocat de Rudinplay, la société de Scott Rudin, a indiqué aux héritiers que la production avait le dernier mot sur la pièce et que leur avis n’était que consultatif.

Les héritiers demandent désormais à la justice de les rétablir dans ce qu’ils considèrent comme leurs prérogatives et de leur donner le contrôle de la version finale de la pièce.

Livres

Le livre jeunesse, c’est du sport

Au Salon du livre (SLO), où il est venu signer l’un ou l’autre des quelque 170 livres jeunesse qu’il a signés au fil de sa carrière de 30 ans, le récipiendaire du prix Le Droit dans la catégorie jeunesse, Paul Roux, musardera entre les kiosques de Bayard, Vent d’Ouest et Bouton d’Or Acadie, les trois éditeurs avec lesquels il multiplie les projets depuis quelques années.

Les mauvaises langues argueront que les romans jeunesse sont souvent moins volumineux que leurs homologues destinés aux adultes... Quoi qu’il en soit, on ne connaît guère d’auteur plus prolifique que Paul Roux. Depuis janvier 2017, le Gatinois a publié 15 titres à compte d’auteur et/ou d’illustrateur.