L’implication citoyenne en superproduction

CHRONIQUE / Sur la scène du Centre Canadian Tire s’avance Ban Ki-moon, juste à l’endroit où se produisait un mois plus tôt Roger Waters. L’entrée de l’ancien secrétaire général des Nations Unies est tout aussi spectaculaire : projections monumentales, lumières multidirectionnelles et musique endiablée. Devant un parterre à l’écoute studieuse, il expliquera l’importance de l’implication communautaire et son impact à plus grande échelle, insistera sur les actions à mener contre le changement climatique et responsabilisera son audience en moins de 10 minutes.

Ban Ki-moon faisait ainsi partie, mercredi, des invités de la Journée UNIS Ottawa (WE Day, en anglais), autour d’une conférence sur le mode TED, grand raout annuel des jeunes impliqués « pour changer le monde ». Présentée comme « la meilleure salle de classe au monde », la Journée UNIS ne s’achetait pas, elle se méritait.

Les jeunes invités — principalement issus d’écoles secondaires — avaient été triés sur le volet pour sécher les cours en toute légitimité. Et afin de faire partie des 16 000 spectateurs sélectionnés, il fallait s’être illustré par une bonne action, du bénévolat ou des campagnes caritatives...

Sophie Duchesneau, finissante de l’École secondaire de l’Île, a été recrutée par l’organisation pour répondre aux questions des journalistes. Elle affiche un CV bien garni : entre autres initiatives, une vente de pâtisseries finançant une campagne de développement international en Sierra Leone, ou encore une récolte de denrées non périssables dans un autre projet. « Nous avons reçu 32 billets dans notre école, pas assez pour inviter tous ceux qui voulaient venir. Les élèves les plus âgés ont eu priorité».

Emmenés en bus, par leurs professeurs ou leurs familles, les 16 000 chanceux ont troqué leurs cours habituels pour une superproduction digne des meilleurs shows évangéliques. Au programme : l’auteur-compositeur-interprète Shawn Hook, le jeune activiste Louis Herbaux, la famille de Gord Downie, Brett Kissel ou encore Eugene Melnyk, propriétaire des Sénateurs encore en vie grâce à une greffe de foie. Chaque conférencier est introduit par une courte vidéo qui comporte invariablement un récit extraordinaire : lourdes épreuves surmontées, destinées remarquables, optimisme communicatif...

Sous un tonnerre d’applaudissements, la rameuse olympique Silken Laumann raconte comment un accident de bateau à 10 semaines des Jeux n’a pas eu raison de ses rêves sportifs. Des intervenants d’horizons variés se relaient seuls en scène pour des prestations n’excédant pas 10 minutes, top chrono. Les conseils de développement personnel fusent : « parce que vous le méritez », « think big », « croyez en vous »... Un DJ se charge de faire mousser l’ambiance.

Les frères Kielburger, architectes de l’événement, ont eu la bonne idée d’adapter le concept des conférences TED aux jeunes et à leur implication communautaire.

En conférence de presse, Craig Kielburger a tout d’un Mark Zuckerberg : l’aisance, la précocité (il a 36 ans), les manches retroussées de l’entrepreneur prêt à mouiller son t-shirt pour la bonne cause. La gestuelle est calculée, le discours bien rodé. Il pose une main sur l’épaule de Rick Hansen, athlète paralympique avec qui il lance un partenariat pour promouvoir l’accessibilité au Canada. Quand il vous quitte, c’est avec le sourire désarmant de ceux qui savent que l’avenir leur appartient. Hollywood a inventé le feel good movie. La journée UNIS a inventé la « feel good leçon. »