En Sardaigne, la photographe a croqué une douzaine de centenaires (ou presque centenaires) dans leur environnement de tous les jours.

L’œil sur des centenaires du monde

Ce n’est plus un secret. La photographe Arianne Clément porte les personnes âgées dans son cœur... et dans sa lentille. Après s’être attardée aux aînés du Québec, elle souhaite maintenant poser son regard sur les nonagénaires et les centenaires des « zones bleues » de la planète.

Ces cinq régions du monde sont reconnues pour leur nombre exceptionnel de centenaires. Il n’en fallait pas plus pour intriguer fortement la photographe d’Acton Vale. Elle a d’abord visité la région d’Ogliastria sur l’île italienne de Sardaigne, où les gens sont reconnus­ pour vivre très vieux. 

« Le sujet des zones bleues me trottait dans la tête. J’étais en Belgique l’été dernier pour mon exposition Cent ans, âge de beauté. Tant qu’à être en Europe, j’ai décidé de me rendre en Sardaigne. C’était un peu improvisé », dit-elle. 

Elle en est pourtant revenue avec une douzaine de témoignages d’aînés, photos et vidéos à l’appui. Et quelques grandes constatations. « Il n’y a pas de secret particulier pour leur longévité. Mais les Sardes sont très hédonistes. Ils boivent du vin rouge et de l’espresso tous les jours, ils mangent du fromage pecorino, des produits de la ferme, et demeurent actifs, même sexuellement, m’ont-ils dit ! »

Cette région, ajoute Arianne, est aussi reconnue pour son peuple de bergers, qui étaient plusieurs mois par année loin de leur maison, à marcher en douceur, mais sans forcer.

« Ce qui m’a frappée, c’est aussi de voir que les résidences pour personnes âgées n’existent pas là-bas. Les familles s’organisent pour que chaque membre ait une part de responsabilité face à la personne vieillissante. J’ai rencontré deux personnes qui n’avaient pas d’enfant, mais ils étaient pris en charge par leurs neveux et nièces, à tour de rôle. »

À son retour de la Sardaigne, son projet Vieillir : regards parallèles était né.

Autres zones bleues

Les quatre autres zones bleues — la ville de Nicoya au Costa Rica, la communauté des Adventistes du Septième Jour à Loma Linda en Californie, l’île grecque d’Icarie et l’archipel d’Okinawa au Japon — sont dans sa mire. 

Pour financer son séjour de quatre semaines à Nicoya, en février prochain, Arianne Clément­ a d’ailleurs lancé une campagne de sociofinancement sur la plateforme Kickstarter. Sur les 3000 $ qu’elle vise, elle avait amassé 1876 $ lundi. La date limite est le 7 janvier 2018.

« Je n’ai pas encore de contacts établis là-bas, mais je suis habituée d’aller vers les gens. Et je parle espagnol, ce qui devrait m’aider. Je suis déterminée à m’y rendre », lance-t-elle. 

Si tout va bien, elle aura complété le circuit des zones bleues en trois ans. En plus d’une série de portraits en noir et blanc, la photographe rapportera également dans ses valises des vidéos où ses sujets partageront leurs réflexions et leurs conseils aux plus jeunes.

« Je vais poser les mêmes questions à tout le monde sur la santé, le travail, la famille, la spiritualité, la longévité, l’amour et le bonheur. Ce n’est pas une enquête scientifique, c’est une démarche artistique­ et humaniste. »

Ultimement, Arianne Clément souhaite publier un beau livre de photos sur les aînés des zones bleues. Sans compter l’énorme potentiel d’exposition que recèle le sujet.

Bien entourée

Arianne Clément participe depuis l’été – et pour les trois prochaines années – à un programme de mentorat aux États-Unis auprès de l’éditeur du New York Times et d’un photojournaliste du National Geographic. Le projet Vieillir : regards parallèles est réalisé dans le cadre de ce mentorat. « On est 13 participants et on se rencontre une fois par année. Mais j’ai accès à mes mentors au besoin. Ils m’aident étape par étape. Ils ont été emballés par l’idée des aînés en zones bleues », se réjouit la photographe.