L’auteur Philippe Simard sera en séance de dédicace au Salon du livre de l’Outaouais samedi de 17 h à 18 h après avoir participé à la table ronde à 16 h.

«L’humanité est une famille»

Crise des migrants, obscurantisme, guerre de religion, enfants-soldats, etc. Ce sont autant de thèmes qui font les manchettes et qu’a choisi d’aborder Philippe Simard dans Le Petit Abram, son premier roman paru aux éditions L’Interligne – pour lequel il vient de remporter le prix littéraire Le Droit, dans la catégorie «fiction».

Sur fond d’histoire d’amour, le professeur de cégep originaire de Gatineau nous plonge dans l’univers d’Abram, éperdument épris de la belle Zaema, mais que la tradition leur interdit un mariage d’amour. Bien décidé à l’épouser, il est prêt à quitter son village pour rejoindre l’Europe dans l’espoir d’une vie meilleure. Un premier roman qui glisse le lecteur dans la peau d’un adolescent prêt à tout pour suivre ses rêves. Discussion avec Philippe Simard sur les sujets qui ont façonné son œuvre.

Le Droit : Pourquoi avoir choisi d’aborder des sujets d’actualité qui se passe dans le monde ?

Philippe Simard : J’ai commencé à écrire ce livre en 2011, à l’époque où on voyait les premiers migrants traverser [la mer Méditerranée] et les naufrages. C’est là que j’ai commencé à m’y intéresser. Je donnais un cours de communication au cégep où on suivait ce dossier, on se questionnait sur leurs motivations, leurs conditions sociales, économiques. Je me demandais ce qui pouvait pousser les gens, surtout les jeunes, à partir.

L.D. : Les personnages portent des prénoms associés à l’Afrique ou au Moyen-Orient. Pourtant, dans votre livre, vous avez gardé un flou sur le lieu géographique.

P.S. : Il fallait que ça reste géographiquement et culturellement flou pour que la portée soit plus universelle. Je ne voulais pas qu’on associe cette situation à une religion. Je fais une critique de la religion, mais ce n’est ni de l’Islam, du Judaïsme ou du Christianisme en particulier. C’est davantage l’obscurantisme, qui mène au conflit et au mouvement de population, qui m’intéressait. Ce sont des noms autant chrétiens, que juifs, que musulmans. Ils sont sacrés pour toutes les religions du livre.

L. D. : Vous évoquez la guerre et les combattants de Dieu. Il y a une sorte d’allusion aux groupes terroristes qui sévissent.

P.S. : C’est sûr qu’en 2018, on peut faire ce lien entre l’Islam et le terrorisme, mais je ne voulais pas qu’on le fasse. Ça serait faux de dire que le terrorisme est seulement islamiste. En ce moment, dans certaines régions du monde plutôt musulmanes, il y a une situation qui porte au terrorisme, mais ça pourrait changer. C’est aussi pour ça que le nom des personnages porte à confusion.

L.D. : Vous parlez aussi des enfants-soldats...

P.S. : Dans l’actualité, on voit bien que l’enrôlement se fait très jeune. Et, plus l’endoctrinement se fait jeune, plus les soldats sont déterminés. C’est ça que je voulais mettre en scène. Le fait qu’on recrute les jeunes avant qu’ils aient eu le temps de faire d’autres choix. Ça me permettait de montrer qu’[Abram] est à la croisée des chemins, alors qu’il songe à son avenir, il y a le discours séduisant de son oncle qui veut l’amener vers la mort.

L.D. : Avec votre livre, souhaitiez-vous réconcilier les peuples ?

P.S. : C’est un sentiment de fraternité qui a guidé l’écriture de ce texte. Au-delà des différences ethniques, religieuses et culturelles, ce sont des gens qui vivent des tragédies. On a souvent tendance à percevoir [les migrants] comme des étrangers qui sont venus chez nous. Mais on oublie qu’idéalement ils seraient restés chez eux. Souvent, il y a des frontières qui font qu’on préfère voir les gens différemment de nous. Mais l’humanité est une famille. C’est un texte qui oblige le lecteur à arriver à ce qu’il y a de plus simple, c’est-à-dire à ce qui nous ressemble chez l’autre.

L.D. : Pourquoi avoir écrit ce roman comme un journal intime ?

P.S. : Je ne voulais pas avoir à préciser toutes sortes de choses sur le plan historique et culturel. Lorsque c’est le personnage qui parle, ça devient illogique et invraisemblable qu’il explique où il est. Ça me permettait de me concentrer sur l’essentiel c’est-à-dire l’expérience intime du personnage. On peut ainsi plus facilement s’identifier à lui. Je voulais que le lecteur sympathise et se mette dans la peau du personnage.

L.D. : Dans votre livre, il est avant tout question de l’amour qu’Abram, 14 ans, voue à la belle Zaema.

P.S. : À la base, c’est un roman d’amour. Le geste de partir du personnage, est un geste d’amour. Il refuse l’idée qu’il va laisser celle qu’il aime en épouser un autre sans réagir. Il se dit : « je vais au moins essayer quelque chose ». Comme la plupart des migrants, il se sent obligé de tout essayer. Parce que [sinon] il va vivre le restant de sa vie avec cette idée qu’il n’a rien fait pour être heureux.