How is now de Laurie Young et Johannes Malfatti.

Les variations Laurie Young

CRITIQUE / Il est 20h05. Laurie Young, interprète et chorégraphe venue de Berlin, pousse discrètement la porte du studio de la Cour des arts. Elle entre à pas de loup dans une salle qu’elle connaît bien, suivie de son musicien, Johannes Malfatti, déjà affairé à installer le seul élément de décor : une batterie. Ainsi débute How is now, pièce expérimentale pour une danseuse et une batterie, aussi minimaliste que riche conceptuellement : le spectacle met en scène sa propre temporalité et nous fait éprouver l’élasticité de sa construction pendant près d’une heure.

Présentée par le CNA en collaboration avec le Centre de danse contemporaine d’Ottawa (CDC), la soirée d’ouverture de la série Face à Face, mercredi soir, ramenait Laurie Young dans sa ville natale où elle a travaillé pour le Groupe Dance Lab avant de cofonder la compagnie Sasha Waltz & Guests.

Au micro, l’expatriée témoigne de sa connaissance particulière du lieu et des souvenirs qui y sont rattachés. Visiblement émue de ce retour, les traits tirés par le décalage horaire encore frais, elle laisse brièvement la parole à son batteur puis s’élance : « everybody is confortable ? ».

La question est loin d’être anodine puisque chaque spectateur a reçu une paire de bouchons d’oreille avant la représentation. Comme un contrat tacite, une mise en garde suivie de l’attente inéluctable du moment insupportable annoncé. Encore un jeu avec notre perception du temps.

Dès les cinq premières minutes, le concept se dévoile assez vite : l’interprète et le musicien rejouent en boucle une scène initiale à laquelle ils apportent de subtiles variations. La séquence est ponctuée de durées diverses tirées du quotidien (pour se brosser les cheveux, passer l’aspirateur, etc.). Aurait-elle transposé le Jour de la marmotte à la danse contemporaine ? Mais la répétition subit de telles modifications que, loin de nous ennuyer, elle éveille en nous la curiosité de découvrir ses réinventions.

Sur le plateau, Laurie Young mixe le mouvement comme le ferait un DJ de ses échantillons de musique : avec accélérations, décélérations, retours en arrière, silences et variations d’amplitude. Les images fortes ne manquent pas, qu’elle condense avec rapidité tous les gestes d’une journée ou qu’elle décompose par saccades un corps qui marche. Sous nos yeux, le temps devient alors une matière malléable pétrie par le corps et l’espace.

Est-ce la batterie où l’énergie nerveuse de la danseuse qui mène la danse ? Entre les deux, les rapports de force ne cessent d’alterner. Les séquences se succèdent par ruptures nettes – noirs, silences, changements de rythmes.

Au cours de cette démonstration parfois (trop ?) didactique de la relativité du présent, restera une image surprenante de Laurie Young, les cheveux lâchés, capable de danser avec dextérité jusqu’au bout des doigts de pieds ! Ina-temps-du...

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POUR Y ALLER

Les 26 et 28 octobre

Cour des arts

Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787