Florent Vollant profite de la tournée de son album «Mishta Meshkanu» pour faire la promotion de «Nikamu Mamuitun – Chansons rassembleuses», projet d’un collectif de la relève qu’il a parrainé.

Les rencontres musicales rêvées de Florent Vollant

Les projets se suivent et ne se ressemblent pas pour Florent Vollant. L’artiste qui sera de passage dans la région dans le cadre de la tournée de son album «Mishta Meshkanu», sorti l’automne dernier, enchaîne les entrevues pour faire la promotion de «Nikamu Mamuitun – Chansons rassembleuses», projet d’un collectif de la relève qu’il a parrainé. Des rencontres musicales chantées en innue, atikamekw et en français.

Fruit de la rencontre de quatre artistes autochtones et quatre francophones, le projet a pu voir le jour parce qu’il a d’abord existé en rêve — les songes ayant une place particulière dans la culture autochtone. Quand Alan Côté, directeur général et artistique du Festival en chanson de Petite-Valée appelle Florent Vollant (Kashtin) en septembre 2016, pour lui dire qu’il était venu lui proposer, en rêve, de faire un projet autour des langues autochtones et de la langue française, il se doutait bien que Florent Vollant embarquerait. À un détail près...

« À l’origine, il m’a suggéré de réunir des amis. Mais j’ai dit non ! lance Florent Vollant, catégorique. Pour moi, il fallait faire de la place aux jeunes. 50 % de la population autochtone a moins de 30 ans. C’est une énergie, c’est une force. »

C’est ainsi qu’est née, en 2017, la résidence de création et d’échanges qui a donné naissance, le 13 septembre dernier, à l’album Nikamu Mamuitun. Des airs folk aux accents country dont la cohésion entre les artistes procure une ambiance spéciale à l’album, mais qui est surtout... réconfortante.

Chloé Lacasse, Marcie Michaud-Gagnon et Karen Pinette-Fontaine.

Si l’idée est intéressante et le résultat très satisfaisant, il fallait quand même faire cohabiter huit personnes aux horizons et aux influences différents. « La plupart des Québécois n’avaient pas entendu parler des Autochtones ou très peu. Ils ne savaient même pas ce qu’est un Attikamek. Contrairement aux Autochtones, qui sont influencés par les francophones depuis longtemps. Donc il y avait cette barrière qu’il fallait jeter à terre », explique celui qui roule sa bosse depuis 40 ans.

S’apprivoiser, se rassembler

Et pour franchir ces frontières culturelles, Matiu, Cédrick St-Onge, Karen Pinette Fontaine, Chloé Lacasse, Scott-Pien Picard, Marcie, Ivan Boivin-Flamand et Joëlle Saint-Pierre ont d’abord appris à s’apprivoiser. Il y a eu « quelques partys », ils ont visité des communautés autochtones, dont celle de Maliotenam, d’où est originaire Florent Vollant. Ils y ont découvert les us et coutumes, la médecine traditionnelle et ont pu échanger avec d’autres artistes. « À partir de là, la musique s’est faite. Ils se sont laissé aller. J’ai été témoin d’un rassemblement. Quand on parle de musique, on parle du langage du cœur. »

NIKAMU MAMUITUN — CHANSONS RASSEMBLEUSES, par des artistes variés.

Si la musique vient du cœur, reste que pour aboutir à 12 chansons en innu, atikamekw, français, il fallait maîtriser les langues et comprendre les réalités. « Il y avait une volonté et un niveau de création qui était là, se rappelle Florent Vollant. Et la langue innue se chante très bien. Il y en a qui ont appris l’innu pour pouvoir chanter. Marcie [finaliste des Francouvertes en 2013] par exemple, elle suit encore des cours innus. Et elle s’est promenée dans les communautés innues pendant l’été. »

Au fil de cet apprentissage, les jeunes artistes ont posé des mots sincères sur leur vision des communautés. Sans jamais être lourds, ils évoquent les préjugés tenaces envers les autochtones en usant d’ironie et de poésie. Comme Le blanc des yeux, qui déconstruit ces préjugés avec humour. Karen Pinette Fontaine, de Mani-Utenam, chante « J’connais pas la danse du soleil / Je porte pas de plumes de corneille / J’ai du wifi dans mon tipi / Je chasse ma viande à l’épicerie ». « C’est la vision de ces jeunes, qu’ils soient autochtones ou non. C’est leur réalité », explique Florent Vollant.

Nikamu Mamuitun, ce n’est pas juste Florent Vollant et 8 artistes de la relève : c’est aussi Marc Déry, qui les a épaulés. « Je le voyais très bien avec les jeunes. On ne s’est pas imposés, on n’a pas donné de directive, on a aidé. On les a laissés aller jusqu’à ce qu’ils se mettent à échanger. C’est devenu une belle communauté, un bel esprit. »

Florent Vollant

Fraternité et humanité

En cernant les forces et faiblesses de chacun, une fraternité s’est créée entre les membres du collectif. « C’est une belle expérience musicale, mais il y a une grande humanité qui vient avec ça. Tout le monde impliqué sur ce projet a appris, incluant les mentors, les réalisateurs [Réjean Bouchard et Kim Fontaine], les organisateurs et même ceux qui ont assisté aux spectacles. »

« Le groupe n’est pas né seulement parce qu’ils sont autochtones et francophones, mais parce qu’ils sont bons », souligne Florent Vollant.

Florent Vollant ne les connaissait pas tous. « J’ai fait des démarches quand même. Karen, je ne la connaissais pas, mais j’avais entendu son nom. Scott-Pien, j’avais déjà travaillé avec lui. Matiu, je le connaissais un peu, mais je ne le côtoyais pas. Ivan, le jeune Attikamek, je l’avais déjà croisé dans sa communauté à Manawan. Il m’avait impressionné. Je lui avais dit : “Toi, je te watche !” »

Si l’album vient de sortir, le collectif s’est déjà fait remarquer sur scène à la Fête nationale du Québec, à Montréal, à la 5e salle et au Festival Innu Nakamu de Maliotenam. Des discussions sont même en cours pour une tournée cet hiver à travers la province et à Ottawa. « On parle même de l’Europe, mais tout ça devrait être annoncé bientôt », conclut Florent Vollant.