Il existe un monde de différence entre le Paul Sarrasin d’aujourd’hui et celui qui animait des émissions à Musique Plus.

Les nombreuses vies de Paul Sarrasin

Il y a plusieurs vies dans une vie, une formule qui sied particulièrement à Paul Sarrasin. Depuis qu’il a quitté le Saguenay, à l’âge de 23 ans, cet homme a dû se réinventer à maintes occasions, un parcours qui a fait ressortir sa résilience, en même temps qu’une capacité d’adaptation hors de l’ordinaire. Il y a eu des virages brusques, des périodes de désarroi, mais aujourd’hui, c’est un homme serein, en paix avec lui-même, qui partage son temps entre le doublage et les arts visuels.

Ce qui est particulier chez lui, c’est que le Québec au complet sait de quelle manière s’est amorcée sa carrière multiforme. Il a été l’un des visages de Musique Plus pendant sept ans, animant, entre autres, les émissions Solid Rock, Le combat des clips et Le décompte Coca-Cola. Cette aventure, amorcée en 1987, à laquelle se sont maillées des entrevues mémorables avec des artistes, comme le chanteur du groupe Kiss, Gene Simmons, fut à la fois exaltante et confrontante.

« J’ai vécu le meilleur de Musique Plus : les voyages, les rencontres avec des vedettes d’ici et d’ailleurs, l’animation en studio. C’était avant l’émergence d’Internet. Ça n’arrêtait pas, mais la fin est venue abruptement quand la station a effectué un virage marqué par l’embauche de Véronique Cloutier et de Philippe Fehmiu. J’ai alors traversé une crise d’identité », a relaté Paul Sarrasin, au cours d’une entrevue téléphonique. Doublage professionnel

Lui qui était arrivé à Montréal en affichant une naïveté rafraîchissante a perdu ses repères du jour au lendemain. « Tous mes liens, mes contacts, étaient liés à mon travail à la station. J’étais mélangé et pour faire ce deuil, j’ai eu besoin de cinq ou six ans », révèle l’ancien animateur. Confronté à la nécessité d’identifier de nouvelles balises, de se reconstruire sur des bases plus durables, il s’est intéressé au bouddhisme et à la méditation. C’est ainsi que peu à peu, l’homme a retrouvé des couleurs.

Au plan professionnel aussi, les choses se sont replacées grâce à la pratique du doublage. Cette activité représente plus qu’un gagne-pain, à ses yeux. Prendre le chemin du studio afin de plancher sur différents projets, dont 13 films mettant en vedette l’acteur Tom Hardy, le fascine. « Je suis passionné par le travail de la voix », confirme Paul Sarrasin.

Une autre voie s’est dessinée à son insu, ou presque, à l’aube de la cinquantaine. « J’avais entrepris de fabriquer des autels bouddhistes et quand mon père a vu le dernier, il m’a dit qu’il s’agissait d’une oeuvre d’art. J’ai foncé dans cette direction. Je me suis mis à créer des bas-reliefs, des structures imposantes et dont la profondeur peut atteindre deux pieds », mentionne-t-il.

Le père en question, Roger Sarrasin, est une figure connue dans la région. Historien de l’art, il profite de sa retraite de l’enseignement pour créer de jolis mobiles inspirés par ceux de l’Américain Calder. « Par le biais de mon travail en art, je rejoins mon père », constate Paul Sarrasin, qui aura le plaisir de présenter ses oeuvres pour la première fois en public, du 26 septembre au 28 novembre, au Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière.

35 oeuvres

L’exposition intitulée Dialogue avec la matière comprendra tous ses bas-reliefs, soit 35 au total. Le nombre semble limité, au vu d’une pratique amorcée il y a six ans. Il faut savoir que chacun nécessite de 75 à 120 heures de travail. « Je commence par monter une structure en bois dans laquelle je peux intégrer de la broche et de la glaise. Une fois qu’elle est prête, j’applique la peinture. Quant aux thèmes, ils sont variés : New York, le cerveau, la communauté LGBTQ2 », raconte le Saguenéen.

Sa présence au Centre national d’exposition épouse une autre dimension, puisqu’il assume le rôle de porte-parole des manifestations entourant le 40e anniversaire de fondation de cette institution. Qu’on ait songé à lui, le fils prodigue, a constitué un cadeau inespéré. En même temps, c’est une manière élégante de refermer la boucle ouverte il y a plus de 30 ans. « Je suis très ému par tout ce qui m’arrive en lien avec le CNE », résume Paul Sarrasin.

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DES POÈMES INÉDITS DE CLAUDE PÉLOQUIN ÉCRITS POUR LUI

Cette oeuvre, baptisée Onde de paix, fera partie de l’exposition Dialogue avec la matière que Paul Sarrasin présentera l’automne prochain, au Centre national d’exposition de Jonquière.

Survenu en novembre, le décès de Claude Péloquin a permis aux nostalgiques de se remémorer ses collaborations avec Yann Perreau et Robert Charlebois, qui lui doit la chanson Lindberg. Ce que peu de gens savent, c’est qu’une autre personne a failli enregistrer des textes rédigés par le poète. Il s’agit de Paul Sarrasin, qui l’a connu à l’époque où il était animateur à Musique Plus.

« C’était vers 1990. Je l’avais rencontré par l’entremise d’amis communs. Il m’avait écrit des choses fantastiques, d’une grande force. Je souhaitais sortir un album, sauf qu’il n’y avait pas d’équipe autour de moi. Je n’étais pas assez solide pour mener ce projet à terme », a-t-il confié au Progrès. Un disque portant son nom est bien sorti en 1993, mais pas celui que le Saguenéen appelait de ses voeux.

Sa carrière de chanteur est morte aussi vite qu’elle avait commencé, et l’une des conséquences fut que les offrandes de Péloquin n’ont jamais abouti dans l’espace public. « J’aurais aimé poursuivre cette collaboration, mais je crois qu’il était un peu fâché contre moi. Nous nous sommes peu vus par la suite, indique Paul Sarrasin. Claude Péloquin était un homme de conviction. C’est ce que j’admirais chez lui. »

Le décès de son ancien partenaire, à l’âge de 76 ans, a rappelé a quel point cet homme avait marqué son époque. Il y a eu les chansons, mais aussi une oeuvre poétique d’une grande richesse, de même que cette phrase célèbre, à jamais gravée sur un mur du Grand Théâtre de Québec, à même une sculpture monumentale réalisée par Jordi Bonet : « Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves ! C’est assez ! »

Au moment de dresser le bilan de ce fabuleux parcours, il sera intéressant de découvrir des inédits comme ceux que détient Paul Sarrasin. Projette-t-il de les diffuser ? « Je ne sais pas, mais une chose est sûre, c’est de la grande poésie », répond-il.