L'humoriste Martin Petit et l'auteure Marie-Christine Lachance au Gala des Olivier, en mai 2015

Les humoristes créent leur festival

MONTRÉAL - De grands noms de l’humour ainsi que des artistes de la relève souhaitent créer un nouveau festival d’humour à Montréal, et comptent bien aller puiser dans l’équipe du Festival Juste pour rire pour piloter le projet.

Le Festival du rire de Montréal, créé à l’intitiative de l’humoriste Martin Petit, tiendra sa première édition à compter de 2018.

Les instigateurs du projet admettent que la création de ce nouveau festival d’humour est «une réponse directe au scandale qui a foudroyé récemment le Québec», alors que des personnalités, dont le président du groupe Juste pour rire Gilbert Rozon, ont été frappées par des allégations d’inconduite sexuelle.

En entrevue téléphonique, l’humoriste Réal Béland n’a pas caché que le groupe souhaitait s’entourer de gens d’expérience - notamment des employés ayant oeuvré au sein du Groupe Juste pour rire - pour monter le festival.

«Juste pour rire, il faut bien comprendre que c’était une personne, c’était Gilbert Rozon (...). Juste pour rire, c’est un nom pour moi qui ne peut plus exister pour les humoristes, parce que le nom n’est plus respectable. On n’a plus le goût d’aller vers Juste pour rire, mais tout le reste, à part les gens qui sont directement liés à Rozon, tout le reste pour moi, ne peut pas tomber. Au contraire, ce sont du monde qui ont du talent, qui sont en place et qu’on ne peut jamais laisser tomber», a-t-il lancé.

La fin du festival Juste pour rire?

Ce nouveau festival, auquel doivent participer de grands noms de l’humour comme Jean-Michel Anctil, François Bellefeuille, Lise Dion, Cathy Gauthier, Jean-Thomas Jobin, Anthony Kavanagh et Laurent Paquin, sonnera-t-il le glas du Festival Juste pour rire, prévu pour juillet 2018?

Pour Réal Béland, si les humoristes se sont regroupés pour créer un autre festival, c’est parce qu’ils ne veulent plus faire partie de Juste pour rire.

«Par contre, si cette compagnie-là voulait faire un festival, on ne peut pas l’en empêcher...», a-t-il ajouté.

François Brouard, un professeur titulaire de comptabilité et fiscalité de l’Université Carlton qui dirige un groupe de recherche sur l’industrie de l’humour, voit aussi la création du Festival du rire de Montréal comme une bien mauvaise nouvelle pour le Festival Juste pour rire et pour le Groupe Juste pour rire, qui est à vendre.

«En tout cas, si moi j’étais un acheteur, je me poserais des questions», a-t-il noté.

Selon le professeur, le Groupe Juste pour rire devra maintenant mettre l’accent sur ce qu’il a à offrir à l’extérieur du festival - par exemple l’ensemble de ses contrats, ses contacts ou des produits comme l’émission «Les gags» - s’il veut attirer des acheteurs.

Un festival plus éthique

Par communiqué, Martin Petit affirme que le regroupement des humoristes pour la création du nouveau festival «se fait autour de valeurs importantes, des valeurs de gestion éthique, de responsabilité sociale et d’équité salariale».

«Le respect des artisans, des artistes et du public est au coeur de la mission du Festival du rire de Montréal», indique-t-il.

«On s’est dit, entre nous autres, qu’on allait être le milieu le plus vigilant à partir d’aujourd’hui. Nous, les humoristes, on s’est tous regardés et on s’est dit: «Nous autres, les femmes, on va les défendre». Et aussi les hommes qui se font abuser, et pas juste sexuellement, confie Réal Béland. Il y a tellement eu de manipulations, et dans tous les domaines, mais là on va surveiller le nôtre.»

Pour l’humoriste, la clé, pour mettre fin aux comportements inacceptables, est de «se parler» et d’»ouvrir les yeux».

Le regroupement d’une cinquantaine d’humoristes désignera bientôt un conseil d’administration ainsi qu’une direction générale, dont la tâche sera de superviser la création du festival «en toute transparence».

Réal Béland souligne que plus de détails seront révélés dans les prochains jours, mais il assure que le groupe d’humoristes est «très soutenu».

Le Festival du rire de Montréal souligne d’ailleurs que les gouvernements du Québec et du Canada et «des partenaires financiers crédibles» ont déjà manifesté leur intérêt envers la démarche.

Les humoristes au coeur de l’initiative:

Adib Alkhalidey, Jean-Michel Anctil, Michel Barrette, Réal Béland, François Bellefeuille, Étienne Dano, Charles Deschamps, Lise Dion, Stéphane Fallu, José Gaudet, Cathy Gauthier, Simon Gouache, Les Grandes Crues (Ève Côté et Marie-Lyne Joncas), Patrick Groulx, Pierre Hébert, Jean-Thomas Jobin, Anthony Kavanagh, Julien Lacroix, Philippe Laprise, Sylvain Larocque, Les Denis Drolet, François Massicotte, Jean-François Mercier, Dominic Paquet, Laurent Paquin, Martin Petit, Pierre-Luc Pomerleau, Phil Roy, Mario Tessier, Silvi Tourigny, Rosalie Vaillancourt, Mike Ward.

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SILENCE AU COMEDIHA

Alors qu’elle s’est montrée intéressée il y a deux semaines à acheter le groupe Juste pour rire, l’organisation du festival ComediHa de Québec n’a pas commenté mardi la sortie d’une cinquantaine d’humoristes, qui ont officiellement pris leurs distances de l’agence montréalaise en créant leur propre rendez-vous humoristique, le Festival du rire de Montréal.

Notre demande d’entrevue avec le président et fondateur du ComediHa, Sylvain Parent-Bédard, a été déclinée, mardi. «Pour l’instant, nous n’avons aucun commentaire à faire», nous a écrit M. Parent-Bédard dans un courriel.

Aquisition

Dans la foulée de l’affaire Rozon, le ComediHa a confirmé le 23 octobre son intérêt à se porter acquéreur de la compagnie mont­réalaise. «Il est essentiel que les actifs de Juste pour rire demeurent au Québec. Dans cette optique, nous avons signifié à la direction du Groupe Juste pour rire notre intérêt d’en faire l’acquisition», pouvait-on lire dans un communiqué publié sur la page Facebook de l’agence de Québec. Celle-ci se disait également convaincue de la pertinence de sa démarche, «qui doit absolument être menée en concertation avec les humoristes, l’industrie et les différents acteurs tels les partenaires privés et publics».

Maintenant que certains des plus grands noms de l’humour ont choisi de créer leur propre événement en dehors de la structure de Juste pour rire, il a été impossible de savoir mardi si le ComediHa était toujours intéressé par la compagnie. Et alors que l’instigateur du projet, l’humoriste Martin Petit, confirme dans une vidéo de présentation que le nouveau rendez-vous fera appel à «ceux qui savent organiser des festivals», le ComediHa ne s’est pas avancé davantage sur la possibilité de voir son expertise mise à profit dans la métropole.  Geneviève Bouchard