L’humoriste sudburois Stef Paquette

Les chroniques d’un conteur à tout faire

Il n’y aura pas matière à rire avec Stef Paquette au premier des Contes nomades. Après 15 ans à écumer les scènes avec sa guitare, les compliments sur son humour spectaculaire fusaient de toutes parts… mais ceux sur sa voix, son habileté d’instrumentiste ou sur ses chansons, non. « J’étais tanné d’entendre ça. Donc j’ai dit : “d’la marde, je vais faire de l’humour et je vais montrer aux gens que je ne suis pas drôle !” »

Ce colosse, cette « masse d’homme » à grosse barbe que Le Droit a rencontré à Ottawa en marge de Contact Ontarois, c’est Stef Paquette, artiste à tout faire. Trois cents livres, 45 ans, rire de Stentor et regard espiègle ; l’improvisateur devenu musicien, puis animateur, comédien et humoriste fait partie de l’espèce des bêtes de scène. Au fil d’une vie, le Sudburois avait accumulé sous la calotte autant d’anecdotes que de tournées, de chansons et de jours sur Terre additionnés. La guitare au cou et des morceaux inédits plein la caisse de résonance, le showman racontera ces tranches de vie une seule fois, le 24 janvier au Centre national des arts, afin de clouer le bec, une bonne fois pour toutes (et de façon évidemment ironique), à ceux qu’il fait rire. « Puis ça me tentait de sacrer sur scène ! confesse le tonitruant conteur. En musique, tu ne peux pas faire ça. Là, je vais shooter des jurons ici et là. Ça va être thérapeutique ! »

Quiconque connaît les chansons de Stef Paquette sait qu’il défend fièrement l’usage du français en Ontario. Pourtant, comme l’apprendront les spectateurs, lorsqu’il était enfant, le fils d’une enseignante et d’un mineur – « un combo classique dans le nord de l’Ontario » – a choisi de faire sienne la langue de Molière en raison de... la météo. « C’était en 1986, un 21 février. Je parlais français, mais pas très bien. Ma mère disait tout le temps : “Tu parles français dans ma maison ou tu joues dehors.” Mais os... qu’il fait frette à Sudbury en février, tu comprends ! raconte-t-il. Et donc quand tu es dehors avec ton ami Jaymie, tu fais : “I think we should speak French Jaymie, parce que j’ai comme, f** frette!” »

« C’est là que la lumière a allumé dans ma tête : j’allais être franco-ontarien. »

Années 90. Après avoir été expulsé du programme de musique à l’université en première année (« peux-tu le croire ? »), le jeune Stef s’est tourné vers les sciences politiques, qui ne l’ont pas accroché plus qu’il ne le faut. Tant pis ; c’en était fini de la scolarité, l’ancien espoir du hockey allait enfin vivre son rêve de devenir artiste. Sauf que...

Stef Paquette

« Mon père, ça l’a détruit. » Ayant lui-même reçu peu d’éducation – un manque qu’il s’est fait reprocher toute sa vie –, son père tenait mordicus à voir ses enfants s’instruire et réussir. « Chaque fois que j’allais en tournée, mon père demandait : “Ça paye-tu ?” C’était ça, sa ligne. Pas “c’était-tu le fun ?”, non. Tellement que mon père a arrêté d’aller au Tim Hortons. C’est là que les p’tits vieux se rencontrent et jasent. Tellement qu’il ne savait pas quoi dire si on lui demandait : “Il fait quoi ton fils ?”... »

Aujourd’hui, au plan personnel, le nouveau grand-père est fier d’avoir formé une famille exogame digne d’une carte postale du Canada. Lui, Blanc et francophone, sa femme, une Ojibwé anglophone, et leurs trois enfants aux noms autochtone, anglophone et francophone – Shania, Tyler et Ambroise, que les bouches sudburoises déforment trop souvent en « Amber Rose » (« on dirait une chanteuse country ! »). Mais ce métissage, si photogénique soit-il, n’est pas toujours idyllique. Il y a quelques années, lorsqu’« Amber Rose » était enfant, toute la tribu s’est rendue à Marineland. Pendant le spectacle d’animaux, au milieu des gradins combles, la petite tout excitée d’admirer sa créature préférée tenait à ce que son père la voit aussi. « Et elle se met à gueuler, mais gueuler... “Phoque, dad ! Dad, phoque ! Phoque, dad !” »

Le hic ? Marineland étant en Ontario et à un saut de dauphin de la frontière américaine, la très grande majorité des visiteurs sont anglophones.

« Le malaise total. »

Aujourd’hui, « je trouve ça drôle que j’aie réussi à gagner ma vie avec l’art, sourit-il. Je ne me considère pas un grand chanteur, ou un grand guitariste, ou un grand auteur-compositeur. » Un avis qui ne semble pas partagé ; le musicien derrière trois albums a chez lui les trophées Trille Or du meilleur album (2013) et du meilleur interprète masculin (2015). À l’heure actuelle, il a à l’agenda des projets d’humour et de télévision ; il amorcera bientôt une tournée de stand-up au Nouveau-Brunswick et animera une deuxième série d’épisodes pour Bell Fibe avec l’équipe de Shawarmaville, cette fois au sujet des tendances fitness. Mais l’appel de la scène finit toujours par se faire entendre. « Je suis une pute de scène, d’illustrer Stef Paquette. Quand je fais de la scène, je cherche une chose, et c’est de créer des moments. J’essaie que ces moments soient les plus organiques et les plus vrais possible, et Les Contes nomades m’ont donné l’occasion de faire quelque chose sur mesure. Je veux pouvoir me coucher le soir et dire, comme on dit en anglais : “I dialed it in”. »

Aujourd’hui, enfin, son père a changé de réplique. Devenu chauffeur du groupe de son fils à sa retraite, il accueille maintenant chacun de ses spectacles avec une nouvelle question signature : « C’est quand, ton prochain show ? »

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POUR Y ALLER

Quoi ? Les Contes nomades – Trop vieux pour être drôle avec Stef Paquette

Quand ? le jeudi 24 janvier, 20 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements : nac-cna.ca