Le roman du Franco-Ontarien, Alain Cavenne, <em>L’équivoque</em>, est paru mercredi chez les éditions L’Interligne.
Le roman du Franco-Ontarien, Alain Cavenne, <em>L’équivoque</em>, est paru mercredi chez les éditions L’Interligne.

L'équivoque: il n’y a pas d’amour heureux

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Daniel frôle la cinquantaine ; Julie commence sa vingtaine. Lui était son professeur au Cégep, elle lui demande de l’aide pour tailler sa place dans le monde de la chanson. Dans L’équivoque, dernier roman du Franco-Ontarien Alain Cavenne, leurs destins s’entremêlent, oui, pour le meilleur — mais surtout pour le pire.

Ce roman publié sous le nom de plume d’Alain Gagnon est paru mercredi chez les éditions L’Interligne.

Dans La Symphonie pastorale d’André Gide, le pasteur Martens recueille dans sa famille Gertrude, une enfant orpheline et aveugle. Il en tombe amoureux, la couve et la protège du mal qu’elle ne peut voir. Devenue jeune adulte, Gertrude recouvre la vue et se retrouve affligée en constatant toute la cruauté et le péché qu’on lui avait caché. La jeune femme tente de se suicider avant de mourir de folie.

Par amour, le pasteur a fini par la tuer.

Traducteur à la retraite, Alain Gagnon se consacre aujourd’hui à ses romans. L’idée d’écrire une fable morale, sans autre prétention, a été le moteur derrière son septième ouvrage. « J’ai simplement voulu écrire une bonne histoire avec des personnages attachants, que ça se lise vite et bien, et qu’il y ait de bons dialogues », résume l’ancien professeur de philosophie originaire de Hearst, qui habite Montréal depuis près de 30 ans.


« Je constate une certaine négligence en ce moment en matière d’éthique. Qu’elle soit politique et même amoureuse ; la fibre morale des citoyens modernes, elle pourrait être meilleure qu’elle est. »
Alain Gagnon

L’inspiration derrière L’équivoque est née dans la foulée des grèves étudiantes qui ont démarré en 2012, et qui servent de toile de fond à son nouvel ouvrage. Lorsque Daniel recroise Julie, il n’est plus son professeur depuis quelques années déjà. Lentement, des sentiments se développent et leur duo ressemble de plus en plus à un couple. Mais Daniel s’engagera-t-il ? Trois décennies d’âge les séparent. Malgré son amour, cet avenir potentiel à deux lui pose plusieurs dilemmes moraux. Voudra-t-il, oui ou non, apposer sur son tandem l’étiquette de couple ?

Pendant près de 150 pages de prose rythmée, fluide et riche d’éléments philosophiques et culturels, le lecteur suit les longues tergiversations de Daniel. Sensuel, mais pudique, l’ouvrage propose une réflexion intéressante sur les relations amoureuses hors normes et plonge profondément dans la psyché du professeur, dont les hésitations font de lui à la fois une victime et son propre bourreau. Chemin faisant, Daniel s’empêtre dans les projections et les « qu’en-dira-t-on », au point d’en devenir exaspérant — pour le lecteur, et pour Julie, qui maintient ses espoirs malgré la tourmente. Attention : aussi agréable soit-elle, la lecture est un brin anxiogène.

Loin de lui l’idée de faire le procès de notre société contemporaine, se défend Alain Gagnon en riant, mais… « Je constate une certaine négligence en ce moment en matière d’éthique, souffle-t-il. Qu’elle soit politique et même amoureuse ; la fibre morale des citoyens modernes, elle pourrait être meilleure qu’elle est. »

En éthique relationnelle, « je pense qu’on échoue souvent », continue l’auteur, en donnant comme exemple le taux de divorces. « Je ne veux pas du tout qu’on retourne à l’époque où des mariages malheureux perduraient à cause d’une loi morale ou religieuse. Mais je trouve que parfois, on ne fait pas assez d’effort envers l’autre. »

Le roman suscitera pour certains de l’empathie envers Daniel, pour d’autres, de la compassion pour Julie. « Je ne dis pas que Daniel se pose de bonnes questions, et je ne dis pas qu’il y apporte de bonnes réponses, nuance-t-il. Mais au moins, il se pose des questions, auxquelles je n’ai pas de réponses. De toute façon, ce n’est pas au romancier d’avoir des réponses ! »