Edouard Limonov en 2014

L’écrivain et militant russe Edouard Limonov est mort

MOSCOU — L’écrivain et militant russe Edouard Limonov, réputé pour ses romans sulfureux et la radicalité de ses engagements politiques favorables à l’opposition, puis au Kremlin, est mort mardi à Moscou à l’âge de 77 ans.

«Aujourd’hui, 17 mars, est mort à Moscou Edouard Limonov. Tous les détails seront transmis demain», a annoncé le parti Autre Russie, fondé par Edouard Limonov, dans un message sur son site Internet.

Le député communiste Sergueï Chargounov a confirmé à l’agence de presse publique TASS que l’écrivain était décédé dans un hôpital moscovite, sans préciser les causes.

«Jusqu’au bout, il gardait le contact et discutait. On pouvait lui écrire, il avait l’esprit clair», a-t-il ajouté.

En France, Edouard Limonov avait bénéficié d’un important regain d’attention après la parution en 2011 du roman biographique Limonov de l’écrivain Emmanuel Carrère.

Entre fascination à l’égard de la personnalité provocante de l’écrivain russe et critique de ses engagements ultranationalistes, l’ouvrage avait été couronné du prix Renaudot.

Écrivain underground

Né en 1943 à Dzerjink, dans la région russe de Nijni Novgorod, Edouard Limonov, de son vrai nom Savenko, était né d’un père membre du KGB et avait grandi près de Kharkiv, en Ukraine.

Ses premières œuvres remarquées sont des romans autobiographiques narrant son exil d’URSS, en 1974, vers les États-Unis, puis en France.

Le premier d’entre eux, Le poète russe préfère les grands nègres, traduit en 15 langues, raconte ses désillusions au contact de la vie américaine et ses aventures homosexuelles dans les bas-fonds de New York.

Dans les années 80, Edouard Limonov, francophone, avait vécu à Paris et participé à des revues littéraires, se liant avec plusieurs figures montantes de la littérature.

Retourné en Russie dans les années 90, après la chute de l’Union soviétique, cet auteur aux éternelles lunettes rondes — à la Trotsky — avait fondé un parti d’opposition «national-bolchévique», dont l’emblème fusionnait un drapeau nazi et un marteau et une faucille.

Limonov avait également rejoint des groupes nationalistes proserbes pendant la guerre de Bosnie, où il avait été filmé faisant feu à la mitrailleuse sur la ville assiégée de Sarajevo.

Il avait également collaboré un temps avec l’idéologue russe d’extrême droite Alexandre Douguine.

Virage pro-kremlin

Arrêté en Sibérie en 2001, puis condamné en 2003 à quatre ans de prison pour détention illégale d’armes, Edouard Limonov avait bénéficié d’une libération conditionnelle au bout de trois mois.

Après l’interdiction du parti national-bolchévique, en 2007, il avait crée Autre Russie et participé à de nombreuses manifestations réprimées par la police. Le parti avait compté un temps dans ses rangs l’opposant et champion d’échecs Garry Kasparov.

En 2012, la candidature de Limonov à l’élection présidentielle avait été rejetée par les autorités russes.

Sa critique du pouvoir s’était toutefois mue en soutien au Kremlin après la révolution ukrainienne de 2014, qu’il avait vivement critiquée. Il avait par ailleurs soutenu l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie, la même année. Devenu ensuite chroniqueur pour le journal pro-kremlin Izvestia, Edouard Limonov était apparu ces dernières années lors d’émissions et de débats politiques sur des chaînes d’État russes.

Sur la messagerie russe Telegram, le député ultranationaliste Vladimir Jirinovski a regretté «une grande perte pour la culture russe, et pour nous tous».