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L'exposition Reines d'Égypte est présentée au Musée canadien de l'Histoire à Gatineau.
L'exposition Reines d'Égypte est présentée au Musée canadien de l'Histoire à Gatineau.

L’écrin des Reines d’Égypte

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Si le grand public connaît généralement la Vallée des rois, où l’on a mis à jour de nombreux tombeaux de pharaons, combien ont entendu parler de la vallée des Reines, elle aussi située aux abords de Louxor ?

C’est là, sur sa rive ouest du Nil, où reposent Néfertari et les sépultures de plusieurs autres souveraines de l’antiquité, que propose de nous conduire le Musée canadien de l’histoire (MCH) avec sa nouvelle exposition (une première post-confinement) Reines d’Égypte

Celle-ci focalise son attention sur sept femmes qui eurent, il y a quelque 3500 ans, une influence politique, diplomatique, militaire ou religieuse majeure, tout en ouvrant une fenêtre sur la vie quotidienne de ces femmes  — qui évoluaient au sein d’une société éminemment patriarcale, faut-il le préciser.

Mères, sœurs et/ou épouses de rois, elles en partagèrent la nature divine, et deux d’entre elles devinrent même pharaonnes, découvrira-t-on au détour des vitrines.

Au fil d’un itinéraire divisé en six sections thématiques, le visiteur croisera plus de 300 artefacts, statues et statuette, sarcophages et cercueils (les premiers en pierre, les seconds en bois), objets funéraires et bijoux, outils et matériaux artisanaux, le temps de faire plus ample connaissance avec Néfertiti, épouse adorée (ce dont témoigne les représentations du couple) d’Akhénaton... mais aussi Hatshepsout, une des rares reines à avoir atteint le statut de pharaon. À la mort de Thoutmosis II, son époux et demi-frère, elle a exercé la corégence du royaume en attendant que son neveu soit en âge de régner. Il y a aussi Mout-Touy, Ahmès-Néfertari et la fourbe Tiyi... sans oublier Néfertari et la discrète Isisnefert, toutes deux épouses de Ramsès II. 

L’exposition s’intéresse plus spécifiquement aux reines issues du Nouvel Empire (1539-1076 av. J.-C.), époque durant laquelle la civilisation égyptienne, à « l’apogée de sa puissance et de son raffinement », est aussi marquée par l’ampleur inégalée du « statut et de l’influence » des souveraines. 

Certaines, régentes particulièrement respectées, osèrent gouverner. Elles furent quelquefois même divinisées (comme l’étaient les rois), à l’image d’Ahmès-Néfertari, qu’on vénéra près de cinq siècles après sa mort.

Sur les rives du Nil 

L’espace d’exposition est configuré pour donner l’impression de visiter la région de Thèbes (aujourd’hui Louxor). On est accueilli par les eaux du Nil — symbolisées par un marquage au sol, mais aussi en sons en en images, grâce à une vidéo concoctée par le studio Ubisoft — qui séparent d’un bord un palais royal, un temple et un harem*, à découvrir à « l’Est » ; et la nécropole de la Vallée des reines, un village d’artisans, et le tombeau de Nefertari, quant à eux situés sur la rive « occidentale ».  

Cette simple scénographie, de toute beauté, est absolument réjouissante.

« Elle sert à mettre en contexte l’univers social, religieux et quotidien de ces reines », ainsi que la vie quotidienne des artisans qui par milliers se cassaient l’échine à ériger, décorer et fignoler, qui un tombeau digne d’un reine, qui un temple pas piqué des hannetons, qui un harem*, explique le conservateur du MCH Mauro Peressini. C’est lui qui a supervisé l’adaptation gatinoise de cette exposition initialement présentée en 2018 à Pointe-à-Callière - Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal. 

En 2021, à l’heure des mesures sanitaires — l’exposition devait initialement être présentée à Gatineau l’été dernier ; elle a été reportée en raison de la pandémie—, il semblait logique et sage d’éviter les bornes interactives et autres stations « tactiles ». 

<em>Reines d’Égypte</em> offre un voyage étonnant à la découverte d’une poignée de souveraines ayant marqué l’une des plus importantes civilisations de l’Antiquité.

Expérience « multisensorielle »

Sans bébelle à tripoter, le visiteur peut se sentir projeté dans le temps (un saut d’une ou deux générations, quand les yeux devaient faire l’essentiel du boulot de décryptage), ce qui n’est pas désagréable en soi. Et puis, l’expérience demeure immersive, « multisensorielle », grâce aux ambiances sonores feutrées de clapotis fluviaux, de vents dans les dunes, d’outils d’artisans frappant la pierre, etc. 

Les designers et muséologues du MCH ne se sont d’ailleurs pas contentés de remodeler le contenu : ils en ont ajouté, fait valoir la directrice générale par intérim des lieux, Chantal Amyot.

Les équipes du MCH ont créé du matériel audiovisuel (les ambiances sonores, notamment) et confectionné plusieurs courts films d’animation, qui, s’ils sont moins spectaculaires que les vidéos d’ambiance créées par Ubisoft (à qui l’on doit le jeu Assassin’s Creed Origin, ayant pour cadre l’Égypte antique), sont, d’un point de vue didactique, particulièrement réussis.

Panthéon omniprésent

C’est le cas de cette sympathique vidéo qui vient « traduire » en images de synthèse la scène représentée sur un artefact illustrant le rituel de « la pesée du cœur du défunt ». 

On peut y observer, au côté d’Osiris, Horus et Anubis, la déesse Maât, symbole de la justice, posant dans sa balance l’organe d’un bord, sa plume de l’autre, pour vérifier si le cœur du trépassé est pur et s’il a mérité sa place dans l’au-delà.

On se laisse facilement ébahir par certaines statues monumentales, les maquettes détaillées de tombeaux, la beauté de vases canopes (destinés à accueillir les organes du défunt lors de sa momification) à l’effigie de ces dieux zoomorphes (si les dieux sont légion en Égypte ; ils sont tout aussi omniprésents, ici), et de tant d’autres artefacts.

On esquisse un sourire respectueux en passant devant la stèle funéraire, entièrement peinte et haute en couleur, retrouvée dans le tombeau d’un tailleur de pierre répondant au nom de Karo. Dans une sorte de BD  hiéroglyphique sur support calcaire, l’artisan s’est lui-même mis en scène au centre d’un rite sans doute destiné à amadouer les dieux, avant son passage pour l’au-delà.

Autre objet spectaculaire : ce long rouleau appelé « Papyrus de la conspiration du harem ». Ce document juridique décrit les actes d’accusation et les punitions infligées aux conspirateurs qui tentèrent d’assassiner le pharaon Ramsès III.

Reines d’Égypte a ouvert ses portes mercredi. L’exposition restera à l’affiche jusqu’au 22 août 2021.

* rien à voir avec l’acception arabo-musulmane du terme harem ; on parle ici d’un espace social destiné à l’agrément des femmes de la haute société et à l’éducation de leurs rejetons, destinés aux plus nobles fonctions administratives ou religieuses.