«J’ai un petit caméo dans l’épisode 9. Une apparition surprise, en tant qu’auteure. C’est comme un double miroir: je suis là pour [présenter] la BD, sans que ça s’appelle Léa Olivier. C’est un clin d’œil pour les fans», explique Catherine Girard-Audet.

Léa Olivier en chair et en notes

La “véritable” Léa Olivier, l’auteure Catherine Girard-Audet, s’avoue « extrêmement satisfaite » de la transposition à l’écran des deux premiers tomes de La vie compliquée de Léa Olivier.

Sa série de romans jeunesse - écoulée à 1,5 million d’exemplaires depuis sa création en 2012 — avait fait l’objet d’une première adaptation en format bande dessinée (dans une série déclinée en six tomes, pour l’instant), ce qui avait atténué ses craintes. Reste que l’auteure avait, en partant, de légitimes inquiétudes. D’autant qu’elle « ne connaissait rien à la télé ».

« Ce sont des romans très “épistolaires” », rappelle Catherine Girard-Audet en évoquant les textos et autres moyens de communication auxquels ont recours ses jeunes protagonistes, au point de constituer un élément caractéristique de la série. « Transformer ça en épisodes, c’est un gros défi », poursuit l’auteure, qui s’était assurée de conserver « un droit de regard sur les textes ».

« Il fallait transmettre à l’écran la sensibilité qu’il y avait dans mes romans. Les scénaristes [Rachel Cardillo et Sébastien Bertrand] ont fait un beau travail en gardant l’essence des personnages ».

Ses discussions préliminaires avec le réalisateur originaire d’Ottawa Martin Cadotte (déjà aux commandes des séries jeunesse Motel Monstre, Mehdi et Val et de la récente Malédiction de Jonathan Plourde) l’ont rapidement convaincue que “sa” Léa serait en de bonnes mains.

Le Franco-Ontarien est arrivé à leur première rencontre « super préparé », avec un volumineux cahier des charges sous le bras. « En lisant le document, j’ai vu qu’il comprenait bien la série et qu’il savait où il s’en allait. »

Surtout, ils étaient tous deux au diapason dans leur « façon d’imaginer Léa », le réalisateur voulant faire ressortir « le petit côté Amélie Poulain » de l’adolescente. « Entre lui et moi, il y a vraiment eu un coup de cœur. Il a un cœur d’enfant et moi aussi. »

Instinct maternel

L’auteure, qui a signé 18 romans autour du personnage de Léa Olivier — en comptabilisant les trois titres hors-série et le « tome zéro » à paraître à la fin du mois... au cours du Salon du livre de l’Outaouais — n’a jamais caché la dimension autobiographique de Léa.

« Ma relation avec Léa, c’est [un peu comme] Hergé et Tintin », personnage lui aussi pétri d’éléments autobiographiques. Les décisions commerciales et artistiques de Catherine Girard-Audet sont guidées par un instinct maternel farouche, visant à protéger Léa.

Face au « grand respect » qu’elle ressentait de la part de la production (l’adaptation a été conjointement prise en charge par Encore Télévision, à Montréal, et par Slalom, à Ottawa), la créatrice de Léa a « accepté de lâcher prise ». « J’ai dit : “Je vous la donne”, ou plutôt “je vous la prête... faites-en bon usage !” »

Elle ne regrette rien, en voyant son univers prendre littéralement vie « dans les couleurs, les angles de prises de vue, la photographie ».

« Et puis, c’est étonnant à quel point je [redécouvre] à l’écran, des facettes de moi, plus jeune », poursuit Mme Girard-Audet.

Bonifier les romans

L’auteure estime en outre que la ribambelle de jeunes comédiens a su insuffler « vérité » et « profondeur » aux personnages. À commencer par Laurence Deschênes, l’interprète de Léa, dont l’auteure a pu assister aux auditions — comme à celles de sa meilleure amie, Marilou, campée par Léanne Désilet.

« On a voulu m’inclure. J’ai toujours senti un grand respect », note celle qui a aussi passé plusieurs journées sur le plateau, et à qui on a permis de visionner le produit « au fur et à mesure, dès que les épisodes étaient “montrables” ».

La première saison en comptera 12, que les abonnés de Club Illico pourront découvrir (en rafale) le 20 février. Douze épisodes de 21 minutes chacun, qui couvrent les deux premiers tomes. Ce format permet de bien développer les péripéties affectives, sans précipiter les choses, estime l’auteure.

« La série ajoute beaucoup de profondeur [aux livres]. Ce que je décris en plein de mots, là on peut le voir et le ressentir en quelques secondes », se réjouit-elle.

Du strict point de vue narratif, la production n’a pris aucune liberté : « au niveau de l’amitié et des chicanes, des accrochages entre Léa et Marilou, la peine d’amour de Léa, ses confrontations avec ‘les nunuches’ ou le fait qu’elle se cherche : rien n’a été inventé », assure l’auteure.

Certes, « on ne pouvait pas avoir autant de personnages que dans mes romans. En même temps, ça permet d’approfondir ceux qui sont là », y compris certains personnages plus secondaires, estime-t-elle.

« Sarah Beaupré, qu’on a appris à détester dans mes romans, on la comprend différemment — mieux — à l’écran », explique l’auteure. Ses motivations y sont « plus naturelles », ses intentions moins toxiques. Le téléspectateur réalisera sans doute que « Sarah n’a pas “volé” », Thomas, le chum initial de Léa. Bref, la série télévisée « rend les choses plus réelles, plus réalistes ».

Le format sériel rend bien mieux justice aux tribulations affectives de ses personnages que n’aurait pu le faire un “simple” long-métrage, indique l’auteure. « Ça permet d’aller tellement loin dans la sensibilité des personnages. »

Larmes musicales

La présence d’une trame sonore pour soutenir les émotions est un autre élément qui vient bonifier son univers romanesque, ajoute Catherine Girard-Audet.

« C’est un gros plus [car] c’est difficile de mettre de la musicalité dans un roman. » Elle avoue avoir « pleuré à chaque épisode » absorbé par l’émotion des mélodies qui ponctuent la série.

Et ce, dès le générique, bercé par la chanson Comme des enfants, de Cœur de Pirate, et que l’auteure voit désormais comme « le thème musical qui accompagne Léa ».

« Les musiques qu’ils ont choisies viennent nous chercher. Et c’est ça, Léa Olivier » : des livres qui « remuent les émotions ».

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Laurence Deschênes tient le rôle central de Léa Olivier dans la télésérie.

LAURENCE DESCHÊNES, UNE «DRAMA QUEEN» PAS SI COMPLIQUÉE

Laurence Deschênes, qui tient le rôle central de Léa Olivier dans la télésérie que s’apprête à diffuser Club Illico, adaptation des deux premiers tomes de la série littéraire signée Catherine Girard-Audet, avait lu les premiers romans, dès leur sortie.

La comédienne ne savait pas précisément pour quelle production elle auditionnait, le titre ayant été «tenu secret», à l’époque. C’est en ressortant de son audition à l’aveugle, alors qu’elle passait devant «une fiche» trônant sur une table, et sur laquelle figurait quelques détails sur la future télésérie, que Laurence Deschênes a compris qu’il s’agissait d’un énorme mandat.

«Heureusement, j’ai eu le temps de relire les deux romans avant de revenir pour ma deuxième audition», s’esclaffe celle qu’on peut aussi voir au petit écran en ce moment dans la série Épidémie.

«Je savais ce qui lui arrivait et comment elle réagissait aux événements. Je connaissais un peu sa façon de penser.»

Elle pouvait toutefois difficilement se douter à quel point le projet allait l’accaparer. «Laurence porte la série sur ses épaules ; elle travaillait douze heures par jour» en cumulant La vie compliquée de Léa Olivier et les tournages d’Épidémie, note l’auteure, qui s’est liée d’amitié avec la jeune comédienne.

«Je suis un peu elle, puisque c’est inspiré de sa vie et que je la joue. Ça nous rapproche», concède pour sa part la comédienne. De l’auteure, elle ne se souvient d’avoir reçu une seule consigne : «Elle m’a dit que je pouvais en mettre un peu plus, dans les chicanes avec mon frère» (Félix, campé par Zachary Evrard).

Similitudes

En se refamiliarisant avec les romans, Laurence Deschênes a eu la sensation que le personnage ne lui était pas du tout étranger. «Léa est pleine de joie de vivre, une vraie petite boule d’énergie. Elle a plein de projets, mais elle a aussi besoin d’un coup de pied de son entourage [pour oser se lancer], et elle cherche l’approbation de tout le monde. [...] Puis, c’est une vraie drama queen. [La moindre] petite situation peut devenir une grosse affaire, avec elle. [...] On se ressemble, je trouve.»

«Moi aussi, je suis stressée dans la vie ; j’ai peur du jugement et de l’opinion des autres», partage-t-elle en évoquant l’angoisse ressentie le jour où la distribution a été dévoilée. «J’avais très peur que les fans soient déçus» par un physique ou une énergie qui ne soit pas conforme à leurs attentes ou leurs projections.

Entre Léa et Laurence, il y a aussi une concordance de parcours, puisque «Léa doit déménager à Montréal, et moi je venais juste de [m’y installer]», ajoute l’ex-Trifluvienne, à présent étudiante en cinéma au Collège Ahuntsic.  

«Je vivais un peu les mêmes émotions qu’elle», celles liées au déracinement et à l’apprivoisement d’un nouvel environnement affectif et scolaire. «C’est pour moi aussi une adaptation, notamment aux autobus et aux métros. Le système de transport en commun, je ne l’aurai jamais ! C’est le côté “perdu” de Léa Olivier. Tout ça m’a aidé pour le tournage.»  À l’exception de la relation à distance qu’entretient Léa, car Laurence Deschênes a emménagé avec son amoureux.

Laisser «bouger» ses émotions

Reste que le rôle est des plus exigeants. «C’est basé sur des livres, il y a beaucoup de texte», convient-elle.

Défi commun à toute nouvelle série, il faut savoir dessiner et asseoir très vite les personnages.

Trouver une gestuelle cohérente et constante devient une priorité. C’est pourquoi, «avec le coach de plateau, Sébastien Corbeil, on a travaillé à bien établir les réflexes de Léa», pour que sa gestuelle trahisse bien ses émotions, et que «tout soit clair, sans être répétitif». 

Car Léa «réagit fortement à chaque situation. On a [veillé à ce] que le niveau de drama soit contrôlé. Des fois, c’est juste un petit mouvement de tête [de nervosité], ou jouer avec ses doigts quand elle est stressée.» 

La comédienne dit avoir adoré son expérience sur le plateau. «J’ai été impressionnée par le professionnalisme» du réalisateur, Martin Cadotte. «Il nous avait envoyé un dossier extrêmement détaillé de ce qu’il attendait de chacun des personnages, de ce qu’il allait donner, lui, et de tout ce qu’il voulait faire ; les lumières, les décors. Il savait où il s’en allait. Et le résultat est exactement ce qu’il avait projeté. »

«Pendant le tournage, on ne se posait pas mille questions, la base était claire, on était prêts. Et, on pouvait approfondir. J’ai adoré cette façon de travailler», expose celle qui a auparavant joué dans La Bolduc (de François Bouvier) et The Walk (de Robert Zemeckis), et qui a tenu pendant des années le rôle de Anne O’Hara dans la série O’.

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La télésérie s’apprête à être diffuser sur Club Illico.

LES MEILLEURES ENNEMIES

La vie compliquée de Léa Olivier et la réalité complexe d’un plateau télévisé divergent toutefois sur un point essentiel : l’animosité entre Léa et Maude.

Si, dans le récit, Léa Olivier se fait une ennemie jurée de Maude, la « reine des nunuches », c’est le contraire qui s’est produit sur le plateau. « Je me suis rapprochée de [la comédienne] Émie Thériault, qui joue Maude », signale Laurence Deschênes. 

Dans un élan compensatoire assez conscient, les deux adolescentes aimaient se retrouver entre les prises, pour bavarder et partager une affection que s’interdisaient leurs personnages.

Émie se sentait mal à cause des choses insolentes et des gestes désagréables que devait dire ou faire son personnage, partage la vedette de la série. Qui, à l’inverse, ne voulait surtout pas donner l’impression qu’elle ostracisait sa collègue, en confondant la personne et le personnage.

Et puis, au sommet de la liste de rêves professionnels de Laurence Deschênes, il y a celui de « jouer une méchante »... autant apprivoiser les ‘vilaines’ dès que possible !