Dès l’adolescence, Gabrielle Shonk montait sur scène pour présenter des interprétations ou des compositions, dans des styles variés, de la folk au jazz.

Le travail de Gabrielle Shonk

Québec — Quiconque suit un peu ce qui se trame dans la scène musicale québécoise a sûrement déjà remarqué Gabrielle Shonk d’une manière ou d’une autre.

D’abord, il y a ce nom, reconnaissable, que son paternel, Peter, a fait circuler au fil de ses performances dans le milieu du blues. Mais Gabrielle n’a pas tardé à se faire un prénom. Dès l’adolescence, elle montait sur scène pour présenter des interprétations ou des compositions, dans des styles variés, de la folk au jazz. Et puis il y a eu ce passage remarqué à La Voix, en 2014 et, surtout, l’automne dernier, la parution du simple Habit, qui l’a révélée à un public élargi — les 1,5 million d’écoutes dans Spotify ne mentent pas. Les maisons de disques se sont alors éveillées à son talent, la multinationale Universal, avec laquelle elle a signé, en tête. Un conte de fées? Tout près, mais aussi le fruit d’un travail soutenu. Entretien avec l’artiste de Québec qui s’offre un premier album à temps pour ses 29 ans.

Q: La chanson Habit, parue en juin 2016, a un été un point tournant. Pourtant quand tu avais fait parvenir ton album à des compagnies de disques, personne ne t’avait fait signe…

R: Simon Pedneault [le réalisateur], m’avait dit «peut-être que tu devrais sortir juste une toune». Ça faisait deux ans qu’on faisait ça dans notre sous-sol ­— j’exagère, on était en studio —, mais personne n’était au courant de ce que je faisais, tout le monde pensait que j’allais sortir un album de jazz. Alors j’ai dit: «OK, je vais produire un clip, je vais sortir la toune et on verra ce qui va se passer.» […] Finalement, quand la chanson est sortie, ç’a été un tourbillon positif dans ma vie. Je me sentais complètement dépassée par les événements, parce que je recevais des courriels de plein de labels partout dans le monde et j’étais toute seule, je n’avais pas de gérance. Je disais: «Cool, c’est vraiment excitant, mais comment faire pour saisir cette opportunité-là?»

Q: C’est à ce moment que Louis Bellavance, chez 3E et au Festival d’été, est devenu ton gérant. Vos négociations vous ont menés chez Universal, qui a pris ton album tel quel. Tu avais des exigences?

R: Rendue là, peu importe le nom, je m’étais dit: «Je veux les gens les plus motivés qui comprennent le mieux le projet, qui y croient et ont le goût de faire quelque chose avec ça». Et quand on a magasiné, ça s’adonnait que c’était Universal les plus «crinqués». Je ne pouvais pas passer à côté de cette opportunité-là. […]Quand je me suis assise avec Jeffrey Remedios [le président de Universal Canada] à Montréal, ç’a été un coup de cœur instantané. Le fait qu’il était chez le label Arts & Crafts avant a aidé. Il avait travaillé en plus avec Feist, qui est une de mes artistes favorites!

Q: Ton album touche à la folk, à la soul, au blues et même à la pop, tout en parvenant à conserver une belle unité. Savais-tu dès le départ dans quelle direction tu voulais t’aventurer?

R: Ç’a été un processus au cours duquel j’ai pris mon temps, ce qui m’a permis d’avoir ce fil conducteur. […] À l’époque, j’avais un côté disparate, avec des trucs jazzy, des trucs plus folk, et c’est là que Simon Pedneault est entré dans le décor. […] Il m’a dit: «Qu’est-ce que tu veux faire avec ce projet-là, ça m’intéresserait de travailler avec toi.» Et à partir de ce moment-là, le projet était dans les airs. On a commencé à travailler ensemble sur un EP, finalement j’ai fait La Voix et quand je suis sortie de La Voix, la réalisation d’album avec Simon a repris et là, j’ai voulu faire un album complet. […] Simon est venu apporter une cohérence et une direction musicale à tout ça.

Q: Ton passage à La Voix a donc été une sorte de déclencheur pour aller davantage vers le matériel original?

R: Je faisais beaucoup de bars et de restos à cette époque-là, de la musique d’ambiance, alors je jouais trois, quatre soirs par semaine, mais dans des lieux où personne ne m’écoutait vraiment. Ça payait mon loyer, alors j’étais bien contente, mais je me suis dit: «Peut-être qu’il y a quelque chose de plus à faire.» La Voix a été un défi personnel et ç’a ma donné la confiance pour pousser mon projet personnel. Ç’a été un point tournant. Ça s’est passé autour de mes 25 ans. […]J’enseignais à ce moment-là. Mon but ultime était de vivre de mes créations. C’est vraiment là que j’ai pris la décision de travailler vers ça et de pousser pour que ça se réalise. La Voix, ça donne des gens qui te supportent. Tu te dis, «il y a un public pour ce que je fais, pourquoi pas l’essayer?»

Q: L’intérêt pour le français se reflète dans ton album: on y trouve trois pièces francophones…

R: S’il y a quelque chose que La Voix m’a apporté, c’est de chanter plus en français, d’assumer de chanter en français, de faire les deux. C’était différent d’enregistrer en français, ça nous a donné plus de fil à retordre en studio, parce que je n’étais pas habituée de faire des chansons en français. […] Mais j’ai décidé de ne pas trop me poser de question. Je me suis dit: «Je vais chanter en français comme je chante en français et si j’ai un accent ou quoi que ce soit, ce sera ma couleur.»

POUR Y ALLER :

Le 27 octobre, 20 h

La Basoche

819-243-8000; ovation.qc.ca