Les arts de la scène sont l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire actuelle. Aux grands maux les grands remèdes : c’est via le web que le Théâtre du Nouveau Monde continuera de « mettre de la vie au théâtre et du théâtre dans la vie ».
Les arts de la scène sont l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire actuelle. Aux grands maux les grands remèdes : c’est via le web que le Théâtre du Nouveau Monde continuera de « mettre de la vie au théâtre et du théâtre dans la vie ».

Le théâtre de tous les possibles, selon Lorraine Pintal

Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est
Les arts de la scène sont l’un des secteurs les plus touchés par la crise sanitaire actuelle. Aux grands maux les grands remèdes : c’est via le web que le Théâtre du Nouveau Monde continuera de « mettre de la vie au théâtre et du théâtre dans la vie », assure la directrice générale et artistique, Lorraine Pintal.

« Ça fait déjà quelques années qu’on avait ce projet en tête d’offrir ce qu’on fait à un plus grand public. On avait déjà initié une dizaine de captations de nos œuvres, entre autres pour Radio-Canada, et en voyant arriver la deuxième vague, l’idée est venue très vite de devancer notre projet de webdiffusion », explique-t-elle.

Après un mois de septembre en salle, le code rouge décrété par le gouvernement Legault a forcé plusieurs lieux publics à fermer leurs portes pour un minimum de 28 jours. « Mais on se doute bien qu’il y a de fortes chances qu’on doive fermer pour beaucoup plus longtemps », fait remarquer Mme Pintal, qui a reporté tous les spectacles prévus au TNM jusqu’à Noël.

Ainsi, depuis le 9 septembre, l’institution montréalaise offre aux spectateurs d’assister à une pièce de théâtre dans le confort de leur salon. « Le numérique nous permet de continuer d’avancer. De garder le lien avec le public et de maintenir à l’emploi des artistes et des artisans. Et ça, c’est super important ! » ajoute-t-elle.

«Le numérique nous permet de continuer d’avancer. De garder le lien avec le public et de maintenir à l’emploi des artistes et des artisans. Et ça, c’est super important!», affirme Lorraine Pintal, la directrice générale et artistique du TNM de Montréal.

Plus que du théâtre

Le numérique permet également de pousser l’expérience théâtrale à un autre niveau. D’ailleurs, on peut le constater avec le « laboratoire de création » Prélude à La Nuit des rois, offert en ligne depuis le 9 octobre et jusqu’au 18.

Mise en scène par Frédéric Bélanger d’après l’œuvre de William Shakespeare, la pièce se permet de déborder des planches pour offrir aux webspectateurs une expérience qui se rapproche davantage du « moyen-métrage », la qualifie la Granbyenne d’origine.

« Certaines scènes ont été filmées dans les loges, dans notre débarcadère, même dans un lac et dans une piscine ! Les acteurs ont d’ailleurs tous eu un coaching avec des experts en plongée sous-marine afin de développer leur aisance sous l’eau », indique-t-elle.

« Ça devient en quelque sorte le théâtre de tous les possibles ! »


« On nous avait demandé de nous réinventer, c’est ce qu’on a fait ! La création, c’est notre acte de résistance ! »
Lorraine Pintal

Du 16 au 25 octobre, c’est le conte initiatique Pierre et le loup qui sera proposé dans une mise en scène « sobre, minimaliste, quasi statique » de Lorraine Pintal elle-même et sous la direction musicale de Nicolas Ellis et l’Orchestre Métropolitain.

Ce dernier accompagnera également Le petit prince, disponible du 30 octobre au 8 novembre, cette fois sous la direction de Yannick Nézet-Séguin dans une création musicale d’Éric Champagne et une mise en scène signée Sophie Cadieux.

Du 17 novembre au 6 décembre, Lorraine Pintal reviendra à la mise en scène avec son adaptation du roman de Réjean Ducharme L’Avalée des avalés, dans laquelle elle s’est permis d’utiliser « des techniques de caméra qui se rapprochent du cinéma, sans nier qu’on est au théâtre ».

« On nous avait demandé de nous réinventer, c’est ce qu’on a fait ! La création, c’est notre acte de résistance ! », clame-t-elle.

Rejoindre un autre public

Mais le numérique ne permet pas seulement de pousser le théâtre à un autre niveau : il permet également de rejoindre un public beaucoup plus large, enchaîne Mme Pintal. « Ça nous permet, oui, d’aller entre autres chercher les groupes scolaires et les personnes âgées qui ne sortent plus ou presque, mais ça nous permet surtout de faire voir nos créations à un public à la grandeur de la province. Ce n’est pas qu’à Montréal qu’il y a des adeptes de théâtre ! », souligne-t-elle.

À sa grande surprise, l’intérêt pour l’offre en ligne du TNM déborde même des frontières du Québec. « On a des clients en Europe, et même au Japon ! Pour tout dire, on est un peu dépassé par la demande, vraiment plus forte que ce à quoi on s’attendait. Mais plus ça va aller, plus on va s’améliorer. On sait qu’on va continuer à faire des captations même quand les salles vont rouvrir », assure-t-elle.

Pour se procurer des billets pour l’une ou l’autre des représentations en ligne — au faible coût de 17 $ par spectacle —, on se rend au tnm.qc.ca/automne#spectacles. À noter que des forfaits sont aussi disponibles.

Inquiète pour le milieu culturel

Lorraine Pintal est inquiète. Très inquiète pour le milieu culturel. « On ne peut pas rester fermé éternellement. Il faut revenir à la normale. Si le confinement se poursuit après le 28 octobre, je pense que ça va être catastrophique pour beaucoup d’institutions culturelles », est-elle d’avis.

La directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde n’est pas tant préoccupée pour les grandes institutions culturelles comme la sienne, « qui ont quand même les reins solides ». C’est pour « les petites salles, les petites compagnies » qu’elle a peur. « Ça va prendre des mesures exceptionnelles si on ne veut pas voir disparaître tout un pan de notre culture », affirme-t-elle.

D’ailleurs, elle déplore que les mesures gouvernementales pour venir en aide au secteur culturel aient tardé à venir.

« Le ministère de la Culture a fait énormément de consultations auprès des acteurs du milieu, il faut lui donner ça. Mais la première aide annoncée au début de l’été à coup de quelque 400 millions $ ne correspondait vraiment pas aux besoins sur le terrain. On a vraiment eu l’impression de ne pas avoir été écouté ni entendu. La plus récente mesure d’aide pour compenser les billets invendus est beaucoup mieux. C’est ce qu’on demandait depuis le début. Mais il a fallu être patient. C’est le manque de rapidité dans la réponse qu’on déplore », dit-elle.