L'auteure Anne-Marie Voisard
L'auteure Anne-Marie Voisard

Le Prix du Gouverneur général pour «Le droit du plus fort»

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
« Justice pour tous, surtout pour ceux qui peuvent se la payer. » C’est en quelque sorte le message qu’envoie l’auteure Anne-Marie Voisard dans son récent essai «Le droit du plus fort», qui critique un système judiciaire plus adapté à Goliath qu'à David.

Chaque rentrée judiciaire automnale est marquée par des discours de la magistrature et du Barreau à propos de la nécessaire amélioration de l’accès à la justice. « Effort louable », dit l’auteure Anne-Marie Voisard, doctorante en études sociologiques et politiques à l’École des hautes études en sciences sociales de Paris. Mais David, le citoyen ordinaire, est bien vulnérable lorsqu’il entre dans l’enceinte d’un palais de justice où l’attend de pied ferme le géant Goliath.

Prix du GG

Pour son livre, Mme Voisard a remporté cette année l’un des Prix littéraires du Gouverneur général. 

L’auteure est donc invitée à Rideau Hall, à Ottawa, jeudi 12 décembre, à la cérémonie organisée en l’honneur des lauréats. Le public est par ailleurs invité à rencontrer les gagnant(e)s francophones lors d’une séance de lectures publiques et dédicaces tenue jeudi à midi au Conseil des arts du Canada (150, rue Elgin; Salle Massey-Lévesque), à Ottawa.

Mme Voisard était responsable des affaires juridiques d’Écosociété de 2008 à 2013, pendant l’affaire Noir Canada (un essai du même éditeur sur les abus commis par des multinationales canadiennes en Afrique). 

Elle a été témoin de nombreuses tentatives de géants économiques de réduire au silence les auteurs de Noir Canada. Les tribunaux ont été l’un des principaux théâtres de cette rude histoire.

Le titre du récent ouvrage Le droit du plus fort donne le ton à ce qu’observe, encore aujourd’hui, Anne-Marie Voisard. 

« La thèse cherche à illustrer comment le droit peut servir à des projets antidémocratiques, à quel point la justice peut être investie par la grande entreprise. »

«Le droit du plus fort», par Anne-Marie Voisard aux Éditions Écosociété

Dossier à Cantley

Par ailleurs, un couple de Cantley, Christine Landry et Serge Galipeau a bien vécu ces difficultés au début des années 2000. 

Sans aborder directement cette histoire dans son livre, Mme Voisard parle de problèmes semblables, qui persistent aujourd’hui. Le citoyen ordinaire a dû affronter « une rationalité de plus en plus près de celle de l’entreprise », observe l’auteure.

Le couple s’est battu pour la fermeture complète et définitive d’un dépotoir de matériaux secs situé près de leur maison.

Leur victoire, après des années de lutte judiciaire et de sacrifices personnels, a abouti en une loi contre les poursuites abusives (poursuites-bâillon) menées par des entreprises au nom de la rentabilité économique.

« Une majorité de citoyens n’a pas accès à la justice, dit-elle. On voit de petites municipalités se battre contre des armées d’avocats, payés par de grandes entreprises qui veulent imposer leur projet, malgré une opposition populaire. Un des seuls moyens d’avoir les moyens financiers est de mener une campagne de sociofinancement. Revenons avec le couple de Cantley, ils ont hypothéqué leur avenir (pour leur combat) ».

Le droit du plus fort aborde par ailleurs « l’effort louable » des tribunaux de favoriser les règlements à l’amiable, question de désengorger les rôles, et de trouver une solution qui ne coûtera pas des fortunes en honoraires d’avocats.

« Le gouvernement encourage les ententes à l’amiable. Ça peut être louable pour une chicane de voisins. Mais, dans d’autres débats, plusieurs citoyens se retrouvent sans autre choix que de signer des ententes à leur désavantage. »