Alain Caron, Paul Brochu et Michel Cusson

Le plaisir croît avec Uzeb

SHERBROOKE - Attendu, le retour d'Uzeb, après 25 ans de silence? C'est le moins qu'on puisse dire. Si l'on se fie à l'accueil dithyrambique réservé au trio jazz fusion lors du plus récent Festival de jazz de Montréal, puis à la tournée internationale qui a suivi, Michel Cusson, Alain Caron et Paul Brochu ont manqué à de nombreux amateurs depuis leur dernier concert, en 1992.
Avec la fin de l'été, Uzeb entame une tournée québécoise d'une douzaine de dates, à l'image de ce que le groupe faisait dans les années 1980 et 1990. Ce qui a été donné à peu de formations de jazz québécois, ce style de musique ayant toujours de la difficulté à faire sa place dans les régions.
« La différence, c'est qu'à l'époque, Uzeb jouait surtout dans des clubs. Les tournées étaient donc un peu plus longues, mais le groupe est allé partout. La prochaine tournée a ce côté exceptionnel que nous sommes dans de grandes salles et qu'elle est condensée en un mois », expliquent le bassiste Alain Caron et le batteur Paul Brochu. 
« Mais nos fans ont été patients! » poursuit Paul Brochu, qui souligne que, durant ce quart de siècle de pause, il s'est régulièrement fait demander à quand le retour, ici comme de l'autre côté de l'Atlantique.
« À Tel-Aviv, nous avons signé des autographes pendant 90 minutes après le concert. Il y a eu beaucoup de jeunes dans les salles jusqu'à maintenant et ils réagissent aux mêmes endroits que les amateurs de la première heure. C'est incroyable! » ajoute Alain Caron.
Quant aux retrouvailles entre les trois musiciens - auxquelles le public de Gatineau poura assister ce vendredi à 18h, au Festival de montgolfières - elles n'auraient pu mieux se dérouler. Il faut dire qu'aucun des membres d'Uzeb n'est resté inactif depuis 25 ans. Le guitariste Michel Cusson s'est établi une solide réputation de compositeur pour le cinéma et la télévision, d'Omertà à Un homme et son péché. Alain Caron a mené une brillante carrière solo lui ayant fait faire plusieurs tours de planète. Paul Brochu a d'abord accompagné son ami Alain, puis d'autres artistes comme Gino Vannelli, avant de s'orienter de plus en plus vers l'enseignement, notamment au Cégep de Drummondville, à l'Université de Sherbrooke, et, depuis 14 ans, à l'Université de Montréal. 
« J'ai constaté que, même s'ils n'avaient jamais vu Uzeb sur scène, la plupart de mes élèves connaissaient le groupe », rapporte le batteur, qui trouve qu'enseigner est la meilleure façon de rester à jour.
Éloignés les uns des autres pendant un certain temps, Michel Cusson, Paul Brochu et Alain Caron ont fini par se retrouver dans un souper organisé par l'ancien éclairagiste d'Uzeb. Souper qui est devenu une tradition annuelle. « Et au dernier, on s'est dit que c'était maintenant ou jamais pour un retour d'Uzeb », résume Paul Brochu.
« Nous sommes tous trois dans une excellente forme physique. La première fois que nous avons rejoué ensemble, c'est comme si notre dernière répétition remontait à quelques mois. L'instinct et les réflexes sont revenus rapidement », souligne Alain Caron, ajoutant que la « remise en marche de la machine électronique » s'est aussi bien passée.
En effet, si Uzeb a obtenu tant de succès (neuf albums vendus à quelque 500 000 exemplaires, plus de 1000 concerts dans une vingtaine de pays, neuf Félix), c'est notamment à cause de son avant-gardisme sonore. Il y a d'abord l'élément fusion, c'est-à-dire de garder un langage jazz, mais d'opter pour un son qui n'est pas jazz - le plus souvent rock, dans leur cas, explique Alain Caron.
Mais les membres d'Uzeb ont surtout été parmi les pionniers de l'échantillonnage musical. En fait, après avoir évolué en tant que quatuor - au sein duquel se sont succédé plusieurs claviéristes - Michel, Alain et Paul ont finalement décidé, vers 1987, de demeurer en trio. 
Finalement, la grande question que tous leur posent. 
Ces retrouvailles d'Uzeb ont-elles ramené l'envie de produire un nouvel album de compositions originales?
« On ne le sait pas, répond Paul Brochu. On s'est donné l'été 2017 pour les spectacles. Tous seront enregistrés. Y aura-t-il un album live? La décision n'est pas encore prise. On verra ensuite, mais c'est vrai que ces retrouvailles sont magiques. On prend conscience aussi de la maturité acquise. On s'écoute plus. »
POUR Y ALLER :
Vendredi 1er septembre, 18h
Parc de La Baie