En quelques clics, Louis accède au statut de Superman auprès de ses collègues de classe. Mais, très vite, la réalité le rattrape.

Le péril jeune, en réseau

Sur Internet, ils s’appellent Narcisse ou Sedna, n’ont pas froid aux yeux et se lancent des défis sur des forums en ligne. Dans le monde non-virtuel, ils sont adolescents, fréquentent le secondaire et contrent la routine comme ils peuvent. Souvent, en rêvant leur vie à la lueur des ordinateurs.

Présentée par le Théâtre la Catapulte le 7 octobre (15 h et 19 h 30), Noyade(S) se propose d’explorer les frontières entre réel et virtuel, vrai et faux, privé et public. Inspirée du mythe de Narcisse et de la légende de Sedna, déesse inuite, cette production de la compagnie montréalaise Samsara Théâtre questionne la construction de l’identité des adolescents à l’ère numérique.

Dans un style télégraphique, la pièce de Jean-François Guilbault et Andréanne Joubert déroule un quotidien rythmé comme un métronome : heures de cours, pauses, séances de sport, lunch, puis cours, « cloche » et retour à la maison. Ce sont deux vies qui nous sont présentées en symétrie, celle de Louis, issu d’une famille plutôt aisée, bon élève et geek dans l’âme, et celle de sa camarade de classe, orpheline de mère, adepte d’apnée, vivant avec un père amorphe scotché à son canapé.

Un jour, Louis découvre le moyen d’accéder aux dossiers des professeurs par le biais de l’intranet de l’école. Un clic lui ouvre alors tout un monde de possibilités qu’il compte bien exploiter pour faciliter la vie scolaire de ses camarades : corrigés des contrôles envoyés, modification des notes à loisir, journées de congé forcé... Un vrai Superman du secondaire, en somme. Mais très vite, son succès en ligne le dépasse. Les filles se pâment devant leur héros virtuel et toute l’école veut connaître sa vraie identité. Un autodafé est même organisé un soir dans l’établissement, bref, rien ne va plus.

Sur un ton léger qui privilégie l’humour et convoque même quelques acrobaties scéniques (littéralement), Noyade(S) s’empare insidieusement de thèmes à la mode dans nos écoles : harcèlement, abus sexuels, suicide. Sans jamais se faire moraliste, ce spectacle sur (et pour) les adolescents met en scène le cercle vicieux auquel peuvent mener les relations virtuelles. La mécanique en marche suit une courbe dramatique à suspens. Comment arrêter un leurre dès qu’il prend des proportions hors de contrôle ? Quelles sont les conséquences de nos actes sur Internet ?

L’interprétation au cordeau du trio Alex Trahan/Anne Trudel/Marc-André Poliquin insuffle une vitalité bienvenue à une thématique pourtant grave. L’attention, chez les élèves présents dans la salle en matinée scolaire, est palpable. Et quand les personnages évoquent l’amour ou le sexe en ligne, ça pouffe de rire entre les rangs. L’écriture contemporaine criblée de textos et idiomes numériques fait mouche. Plus tard, quelques pleurs étouffés confirment que Noyade(S) frappe juste. 

La pièce a reçu le prix Louise-Lahaye pour le meilleur texte jeune public produit pendant la saison 2013-2014. Elle tourne depuis trois ans et s’arrête pour la première fois en Ontario à La Nouvelle Scène.  

POUR Y ALLER

Quand ? 7 octobre 2017 (15 h et 19 h 30)

Où ? Nouvelle Scène

Renseignements : 613-241-2727