Rachid Badouri

Le nouveau Badouri, 100% sympathique

Vous souvenez-vous de Rachid Badouri, la «diva de l’humour» ? Peut-être pas au sein du public, somme toute peu exposé à ses exigences et coups de gueule notoires. Mais les proches collaborateurs et les techniciens qui ont eu affaire à lui dans le passé se souviennent probablement de son «caractère de trou d’cul», reconnaît aujourd’hui l’humoriste, qui propose un nouveau spectacle solo aux airs de mea culpa.

C’est avec ce troisième one man show, intitulé Les fleurs du tapis, qu’il monte sur la scène de la Maison de la culture de Gatineau (MCG), trois soirs consécutifs, cette semaine.

Ce spectacle très axé sur le stand-up est surtout pour l’humoriste l’occasion de présenter au public le «vrai Rachid Badouri», explique-t-il.

Le faux Badouri, c’était celui qui, par peur plus que par prétention, a causé de l’urticaire à son entourage. «J’étais une bonne personne, j’ai toujours été généreux, mais, oui, j’avais des traits de trou d’cul», s’excuse-t-il aujourd’hui. «Je n’en étais pas un, pourtant... mais j’étais un enfant roi dominé par la peur de l’inconnu et des feux de la rampe.»

Bref, l’humoriste constate qu’il s’était «enfargé dans les fleurs du tapis» – rouge – qu’on a déroulé pour lui au fil de sa carrière, lui dont la réussite a été assez fulgurante. Le «succès si rapide» qu’il a connu a engendré toutes sortes d’insécurités, pas toujours rationnelles, qu’il n’a pas su «manifester» autrement que «par des crises de diva, de la colère, et en ‘pétant des coches’

Un jour, il y a eu «la crise de trop». «Il fallait que ça change. Et (ce changement), il fallait que je le fasse pour moi. J’avais le succès, mais je n’étais pas plus heureux. Je voulais que les gens m’aiment et je ne m’aimais même pas, moi-même», explique celui qui a depuis entrepris une thérapie.

S’il remonte sur scène avec la même volonté de se présenter avec pas mal d’«autodérision», il voulait cette fois présenter un autoportrait qui soit davantage «dans la vérité» et la «profondeur» – parce qu’il n’avait «jamais donné ça à son public, qui le méritait».

De grosses tuiles lui sont tombés sur le coin de la figure au moment où il a atteint le cap de la quarantaine. Ces ennuis lui ont remis du plomb dans les idées. Et l’ont incité à «faire le ménage» dans sa vie... en commençant par son propre comportement, souligne Rachid Badouri, qui fêtait en octobre son 43e anniversaire de naissance.

Cette «difficile» période de sa vie, il lui consacre d’ailleurs un long numéro, où il liste tout ce qui l’a fait dégringoler de son piédestal: une grave maladie d’origine bactériologique l’a «atterré», le contraignant à annuler 30 dates en Europe. Victime d’une inondation, il a vécu dans un motel durant le sinistre. Il a dû se départir de son agent et ami de longue date, Steve Rasier, empêtré dans un scandale. Il a failli se séparer de sa femme. «Elle aurait pu me quitter tellement de fois, et avec raison! Elle est restée... Elle a cru en moi, en mon possible changement; elle m’a beaucoup poussé, mais sans me forcer. Moi, à sa place, je m’aurais quitté.» Puis son père a été hospitalisé.

Dans son nouveau spectacle, Rachid Badouri «pose tout haut quelques questions que les gens se posent tout bas», abordant le sexisme et la xénophobie; ou encore le respect que lui inspirent les gens qui œuvrent en éducation et en milieu hospitalier, et «qui en arrachent».

Stand-up et opinions

Le décor ultra-dépouillé dans lequel il se présente se veut à l’image du grand ménage intérieur Badourien. Et plus en phase avec la forme pour laquelle il a cette fois opté: le stand-up.

«Je fais enlever tous les rideaux, les pendrillons, les flys, tout!» Un décor «minimaliste, mais qui frappe quand même», et paradoxalement très étudié, pour surprendre aux moments opportuns. Cette scénographie a été conçue par Francis Laporte, un collaborateur du Cirque du Soleil et de Robert Lepage, souligne l’humoriste.

Terminé, les gesticulations, pour lui qui, «avant, était plus dans la performance que dans la blague» à punch. «Le stand-up, c’est juste toi, ton public et ce que t’as à dire», résume Rachid Badouri.

Cette forme la plus épurée de la comédie, il l’a explorée ces dernières années en allant se frotter au public américain, dans des petites salles, en pratiquant des jokes en anglais. Puis, pour le rodage des fleurs du tapis, il a pour la première fois de sa carrière saisi «la chance d’aller [se] casser la gueule dans les bars».

«Je suis tombé en amour avec le ‘micro bâton’. J’ai moins besoin de mes mains, moi qui ai toujours cru que j’en avais besoin pour faire rire», remarque-t-il, visiblement heureux de «se rapprocher de la vérité».

Tout l’art de cette discipline, poursuit-il, c’est d’en «profiter pour donner ton opinon sur des sujets qui méritent» d’être traités (ou maltraités). «Faire rire, c’est divertir. C’est pas pareil que faire réfléchir.»

Or, pour la réflexion, rien de mieux que le stand-up, témoigne Rachid Badouri, en convoquant deux maîtres, Yvon Deschamps et Aziz Ansari.

«Rachid, on [le public] connaissait ses passions, sa relation avec son père, ou son amour de jeunesse pour Michael Jackson, mais pas ses opinions. Je ne suis pas en train de dire que je veux devenir Yvon Deschamps ou Guy Nantel... mais là, on va les connaître!»

Le «vrai» Rachid, celui qu’on trouve en relevant le coin du tapis, «il est toujours aussi rigolo et mauvais perdant et énervé si tu le coupes sur l’autoroute, et il a toujours très peur de la mort... mais c’est aussi un gars qui se casse moins la tête. Et qui a envie de s’entourer de gens qui l’aiment et qui s’aiment» et qui l’aident à s’aimer, avoue-il.


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Rachid Badouri le Gatinois?

Des trois représentations prévues cette semaine à la Salle Odyssée, la première (le 14) affiche complet, et les deux suivantes n’ont plus que «quelques places» à proposer, soulignait mercredi la MCG.

Un engouement que Rachid Badouri s’explique mal. «Il y a vraiment quelque chose avec le public à Gatineau, je ne sais pas trop pourquoi. On n’arrive pas à l’expliquer. Les gens ont dû entende que j’étais né à Gatineau, et moi je ne veux pas les décevoir... Peut-être qu’il faudrait que quelqu’un leur disent que ce n’est pas vrai», blague l’humoriste lavallois, aux origines marocaines.

POUR Y ALLER

Quand : Les 14, 15 et 16 novembre, à 20h; supplémentaire les 1er et 2 avril (d’autres dates s’ajouteront lundi)

Où : Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca