Sertie dans l'écrin peaufiné par ses six musiciens, la voix d'Alexandre Désilets a pris des airs de pierre précieuse, jeudi soir, à la salle Jean-Desprèz

Le meilleur de Désilets

CRITIQUE / En décidant de revisiter en mode orchestral son répertoire pour son projet Windigo, Alexandre Désilets n'a pas que donné un nouveau souffle à ses textes et à ses mélodies: il a pleinement pris le contrôle de sa voix. Résultat ? On n'a jamais vu, ni senti le Gatinois d'origine aussi habité par ses musiques et investi de ses mots que jeudi soir, à la salle Jean-Despréz.
Jamais on ne l'a entendu chanter aussi librement et volontairement non plus. Et ça s'est entendu dans chacune des notes qu'il a offertes au public, jeudi. 
Un écrin de six musiciens
Si sa voix prend ainsi des airs de pierre précieuse, c'est parce qu'elle est sertie dans tout un écrin, dans le cadre de sa tournée Windigo.
Même en formule dite réduite (soit à six musiciens, comme ce fut le cas à Gatineau), l'auteur-compositeur-interprète est plus que solidement accompagné sur scène: il est pleinement mis en valeur, aussi bien en tant qu'auteur et compositeur qu'en tant qu'interprète.
Les arrangements de François Richard sont d'une rare délicatesse, ciselés en équilibre fin entre les musiciens, permettant à tous de se déployer.
Chacun d'eux était donc non seulement pleinement audible (chapeau à l'équipe technique affectée à la sonorisation !), mais il était aussi partie prenante d'un tout par sa présence, prégnante, sur toutes les pièces revisitées du répertoire d'Alexandre Désilets. 
Ici, les cordes sensibles de l'alto de Ligia Paquin se sont envolées, aériennes, pour frôler le ciel au-dessus du Repère du chanteur. Là, la clarinette basse de Guillaume Bouke s'est enracinée Si loin dans les graves qu'elle en a fait vibrer l'air ambiant.
Ici, François Richard a tiré vers le haut les notes de son piano sur Plus qu'il n'en faut. Là, la batterie d'Alexis Martin a martelé le rythme d'une Perle rare qui en est devenue pulsive à souhait.
De son côté, le contrebassiste Mathieu Désy a flatté les cordes de son instrument pour mieux les pincer ensuite, puis s'en est servi comme d'une caisse de percussion dans un suave esprit jazzé (la version particulièrement inspirée de Renégat a d'ailleurs été chaudement applaudie par le public).
C'est sans oublier Maxime Audet aux guitares, égrainant aussi discrètement qu'efficacement ses accords autant électriques qu'acoustiques et classiques.
Du coup, pendant que Les Prévisions prenait un accent plus dramatique, les notes gouttant comme de la pluie sous les doigts de l'altiste et du contrebassiste, la toujours aussi poignante J'échoue a plus tard été livrée dans une facture épurée, d'abord voix-guitare, auxquelles se sont subtilement (et magnifiquement) greffés tour à tout alto, clarinette et contrebassiste.
Par ses interventions parlées (parfois manquant un brin de naturel, surtout dans la première portion de la soirée), Alexandre Désilets a mis en contexte l'esprit du Windigo, cette figure amérindienne associée aux abus en tous genres, qui a soufflé sur son spectacle. 
Ce faisant, il a découpé sa prestation en blocs de trois pièces à la fois, tantôt étoffant des ambiances de fin du monde (incluant la bouleversante Rejoins-moi), tantôt se faisant plus intimiste en explorant le sentiment d'échec autour notamment de Hymne à la joie, par exemple.
Une salle chaleureuse malgré les sièges vides
L'ancien du Collège Saint-Alexandre a-t-il été victime de la première soirée de chaleur quasi estivale (et de l'attrait des terrasses) ou de la fièvre des séries (bien qu'au dire du collègue Sylvain Saint-Laurent, le Centre Canadian Tire était loin d'afficher complet pour le premier match de deuxième ronde des Sénateurs, jeudi...) ? 
Toujours est-il que la salle Jean-Despréz était tout juste aux deux tiers remplie pour son passage. Cela n'a heureusement rien enlevé à la chaleur des gens présents.
Les absents ayant toujours tort, selon le dicton, ils ont assurément raté le meilleur spectacle qu'Alexandre Désilets a présenté dans sa ville natale à ce jour.
Avis aux intéressés qui s'en voudraient de l'avoir loupé, ce dernier sera de retour dans la région, cette fois en tant qu'artiste invité d'Ariane Moffatt, lors d'une prestation avec l'Orchestre du Centre national des arts, dans le cadre de Scène Canada, le 14 juillet prochain.