Le livre de la semaine: I’m Your Man — La vie de Leonard Cohen

Sylvie Simmons, I’m Your Man — La vie de Leonard Cohen, Édito

L’histoire: Dans ce livre de près de 600 pages, la journaliste émérite dans le monde musical Sylvie Simmons explore toutes les facettes de la vie de Cohen. Elle a eu accès aux archives privées de l’artiste et elle a réalisé des entrevues exclusives avec ses proches collaborateurs, amis, amoureuses et autres artistes qu’il a côtoyés ou de qui il s’est inspiré.

L’auteure: Née à Londres, Sylvie Simmons est d’abord une admiratrice de Leonard Cohen, qu’elle remercie d’avoir «éclairé [sa] vie par [ses] musiques et [ses] paroles». Journaliste musicale et auteure, elle a publié des romans, des essais, également d’autres biographies, dont celles de Serge Gainsbourg et de Neil Young. Elle est la dernière à avoir fait une entrevue avec Johnny Cash avant sa mort.

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L'HOMME QUI FUYAIT

CRITIQUE / J’avais un peu la trouille en ouvrant la biographie de Leonard Cohen, un des artistes pour qui j’ai le plus d’admiration, que j’ai découvert comme bien des gens en 1988, j’avais 14 ans, avec l’album I’m Your Man.

J’ai vu son dernier spectacle à Québec au Centre Vidéotron, on y était comme dans une chapelle.

Alors me voici, fébrile, tenant entre mes mains cette brique de plus de 550 pages, «écrit petit». Sur la couverture, avec son look à la Dustin Hoffman, chemise noire, veston gris, une cigarette à la main. 

Dans un porte-cigarette.

Je me suis plongée complètement dans la vie de Leonard Cohen, dans le Montréal qui l’a vu grandir d’abord, issu d’une riche famille juive de Westmount, d’un père tailleur et d’une mère aimante. Un épicentre dont il s’est éloigné 1000 fois pour toujours y revenir.

Extrêmement fouillée et sobrement écrite, avec une juste dose de détails et d’anecdotes, la biographie nous présente le chanteur dans tout ce qu’il a d’humain, hanté par le doute, mû par une soif de vivre. Cohen s’est généreusement prêté à l’exercice, comme ceux qui l’ont côtoyé.

On le découvre dans ces quelques amitiés qui ont duré toute sa vie, à travers ces femmes, ses muses, qui n’ont fait que passer. On le suit en studio, on croise Bob Dylan, Andy Warhol, Janis Joplin, la génération beatnik dont il ne s’est jamais réclamé.

L’homme a eu mille vies, je ne connaissais que le poète, le gentleman tiré à quatre épingles, avec son célèbre couvre-chef. Je ne savais pas tout ce qu’il a fait pour fuir, d’abord la grisaille de l’hiver, l’angoisse de créer, la dépression. Un premier enfant, un deuxième. La famille fut d’abord pour lui une prison.

Il fuyait au propre et au figuré, en se réfugiant tantôt en Grèce, tantôt dans un temple bouddhiste, chez des amis à Los Angeles ou dans un hôtel miteux de New York. Ça et puis les volutes d’un joint de hasch, dans le délire d’un trip d’acide ou survolté par les amphètes.

Et toujours, il écrivait. 

Comme si sa vie n’avait pas tenu à un fil, mais à une plume.  Mylène Moisan, Le Soleil ****

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SEXE, DROGUE ET POÉSIE

CRITIQUE / La vie de Leonard Cohen est un long poème. Et lire son parcours est aussi touchant que surprenant. Il écrit son tout premier texte à la mort de son père. Leonard a 9 ans quand il enfouit dans le jardin une note attachée au nœud papillon de son paternel. Il n’a aucune idée des mots enterrés et tentera à plusieurs reprises de creuser pour les retrouver. «Je ne fais peut-être rien d’autre que cela, dans le fond, rechercher cette note», dira-t-il à propos de ses écrits. La guitare, il l’apprendra à 15 ans d’un guitariste rencontré dans un parc et qui se suicida entre sa troisième et sa quatrième leçon. «Il m’a appris les accords et ce jeu de guitare qui sont la base de toutes mes chansons», dira-t-il de sa musique. La biographie est remplie d’anecdotes aussi belles que tristes. Au fil des pages, on croise les Bob Dylan, Joni Mitchell, Janis Joplin, Andy Warhol de ce monde. Sexe drogue et poésie. 

On le suit. De ses ancêtres juifs, bâtisseurs de synagogues, à sa dernière nuit, le 7 novembre dernier, alors qu’il avait 82 ans. On suit le petit gars de Westmount qui préférait les hôtels miteux et les appartements exigus. Ce fils de tailleur qui a conservé son élégance même lorsqu’il traînait avec les hippies et les beatniks. Sa façon de vivre d’un pays à l’autre. Gentleman à femmes, ami fidèle de certains hommes. On est content qu’il vive vieux, même si lui-même n’y croyait pas, pour qu’il atteigne ses années de gratitude après tant d’angoisses et de dépressions. Le livre est rempli de poésie, mais aussi d’humour. Et de l’humilité de cet artiste qui excellait dans l’art de l’autodérision. Amour, sacré, mort, désespoir, sexe et lumière. Les religions s’entremêlent dans une quête spirituelle sans fin. L’authenticité est au cœur de son œuvre, sa vie. Cohen cherche la vérité. En lisant sa bio, à laquelle il a collaboré sans jamais demander à la lire, on a l’impression de l’accompagner, de loin. J’avoue, j’étais déjà fan. Lorsqu’il m’a quittée à la fin du livre, j’ai versé une larme.

Mélanie Noël, La Tribune **** 1/2

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EXTRAIT: LA PREMIÈRE PAGE

Le chauffeur quitta la route principale au niveau de la synagogue qui occupait quasiment toute une rue et, laissant derrière lui l’église Saint-Matthias, il s’engagea vers le haut de la colline. Sur la banquette arrière de la voiture, il y avait une femme de vingt-sept ans, séduisante, forte et élégante, avec son nouveau-né. Ils traversaient des rues coquettes, bien aménagées, avec juste ce qu’il faut d’arbres. Les grandes maisons de brique et de pierre, qu’il aurait été facile d’imaginer s’effondrant sous le poids de l’arrogance, donnaient l’impression de flotter sans effort le long des pentes. À mi-hauteur, le chauffeur bifurqua sur une route latérale pour s’arrêter devant le 599, avenue Belmont, où se trouvait une grande maison bourgeoise de style anglais dont la façade de briques sombres était adoucie par une véranda à ossature blanche. Derrière s’étendait le parc de Murray Hill, avec ses cinq hectares de pelouses, d’arbres, de parterres de fleurs, et une vue imprenable sur le Saint-Laurent d’un côté et sur le centre-ville de Montréal de l’autre. Le chauffeur sortit de la voiture et ouvrit la portière. On franchit le perron tout blanc, et Leonard fut introduit dans la résidence familiale.

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À VENIR

  • 11 novembre: Biz, La chaleur des mammifères (Leméac)
  • 18 novembre: Michèle Ouimet, L’heure mauve (Boréal)
  • 25 novembre: Tom Hanks, Questions de caractère (Seuil)

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