Le livre de la semaine: Faire œuvre utile

Émilie Perreault, Faire œuvre utile, Cardinal

L’histoire: Une vingtaine de personnes dont la vie a été bouleversée par la découverte d’une œuvre d’art — un livre, une chanson, un tableau, une pièce de théâtre… — témoigne de leur histoire. Avec, en complément, la réponse de l’artiste à cette vague de reconnaissance inattendue.

L’auteure: Émilie Perreault est chroniqueuse culturelle à l’émission quotidienne Puisqu’il faut se lever, diffusée sur les ondes de la station 98,5 FM. Elle est également une collaboratrice régulière à l’émission Esprit critique, de la chaîne ICI ARTV. Elle a commencé sa carrière au Grand Journal de TQS en 2007, avant d’animer ARTVStudio et les Rendez-vous ARTV de 2009 à 2015.

COMME UN CHOCOLAT CHAUD

CRITIQUE / Quand Émilie Perreault se disait qu’avec les arts, «on ne sauve pas des vies», elle se trompait. «L’art ne change pas le monde, mais il le répare un peu», écrira-t-elle en guise d’introduction à Faire œuvre utile, qui part de la prémisse qu’une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, peut avoir un impact significatif dans la vie de quelqu’un.

Pour elle, ça a été la pièce Variations énigmatiques, d’Éric-Emmanuel Schmitt. Une épiphanie, comme l’écrit l’auteure qui raconte ainsi 20 autres histoires où l’art de l’un a mis un baume sur l’âme de l’autre, que ce soit à la suite d’un drame, mais aussi lors d’un moment heureux telles une naissance ou la découverte de soi.

Ce serait mentir que de dire que la lecture de Faire œuvre utile s’est faite sans verser de larmes. Le livre est chargé d’émotion du début à la fin; le propos est amené avec beaucoup d’humanité et de respect pour ces gens qui ont accepté de confier des moments doux ou particulièrement déchirants de leur existence.

L’allure, très aérée, du livre, en plus de servir des fins esthétiques, marque des temps de pause dans la lecture, qui permettent de s’imprégner du propos et d’apprécier le ressenti.

Même si elle se considère une «spectatrice professionnelle», on peut dire qu’Émilie Perreault elle-même fait œuvre utile avec son bouquin, qu’on ne peut lire sans nous demander nous-mêmes quelle aura été l’œuvre qui marquera notre vie. Il y a quelques années, on a connu la collection Bouillon de poulet pour l’âme; à sa manière, Faire œuvre utile abonde en ce sens et réconforte tel un chocolat chaud lors d’une froide journée d’automne.

Merci. Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est ****

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L'ART QUI ÉLÈVE L'ÂME

CRITIQUE / Le livre d’Émilie Perreault est à ranger dans la catégorie de ces ouvrages, trop rares, qui font du bien à l’âme. L’approche très originale démontre que l’art, peu importe sa forme, peut contribuer à la résilience d’une personne frappée par l’épreuve.

Chaque témoignage renferme sa part d’émotions. Celui de cette jeune femme, qui a assisté à la pièce 887 de Robert Lepage, gracieuseté de son père camionneur, mort quelques semaines auparavant dans un accident, est particulièrement bouleversant. Tout comme cet homme qui, à la première écoute de la magnifique chanson Ficelles, d’Ingrid Saint-Pierre, a été bouleversé en pensant à sa grand-mère qui lutte contre la maladie d’Alzheimer.

Ça se poursuit dans la même veine. Un policier de la GRC qui, depuis un bled de la Saskatchewan, découvre dans les films de Denis Villeneuve une façon «de décrocher de toute cette folie avec laquelle je joue au quotidien». Une adolescente du Saguenay qui trouve la force de marcher, après un accident de la route, en voyant à répétition le spectacle Suivre la parade, de Louis-José Houde.

André Sauvé, Marc Hervieux, Éric-Emmanuel Schmitt, Kim Thuy et autres Marc Séguin s’ajoutent à la liste d’artistes qui ont touché une corde sensible chez un inconnu éprouvé et leur a permis de se relever. Dixit Biz, auteur de Naufrages : «Je pense que l’art, c’est à ça que ça sert : te faire voir le monde d’une façon différente. Les conversions idéologiques ou politiques sont assez rares dans une vie. Mais qu’un artiste, une chanson ou une œuvre d’art te fasse voir le monde autrement, avec une autre sensibilité, d’autres yeux, d’autres oreilles, c’est plus courant, je trouve.»

Le bouquin d’Émilie Perreault ramène à l’utilité de l’art comme façon d’élever l’âme. Le cadeau idéal à offrir à tous les ti-clins qui pensent que les artistes ne servent à rien, qu’il faudrait leur couper les vivres, que «nos taxes» ne doivent pas servir à les faire vivre. S’ils ne réfléchissent pas un tant soit peu après avoir lu ce livre, c’est une cause perdue.  

Normand Provencher, Le Soleil  ****

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EXTRAIT: LA PREMIÈRE PAGE

J’ai 16 ans. Je suis dans ma dernière année de secondaire, à l’aube des choix cruciaux.
En fait, cette époque est en soi une étape cruciale. Ce n’est pas l’âge des demi-mesures.

J’étudie à l’option théâtre, mais je sais déjà que je ne vais pas me soumettre à la torture des auditions pour entrer dans les grandes écoles. Je n’ai pas le talent, ni l’intérêt. En réalité, j’attends impatiemment mes cours de théâtre pour une seule chose : voir les autres. Leurs idées m’emballent. Je suis curieuse de découvrir ce qu’ils proposeront à la fin de chaque cours.

J’ai déjà fait mon choix de carrière sans le savoir. Je serai spectatrice professionnelle. Mais allez dire ça à un orienteur...

J’ai deux boulots et assez d’argent de poche pour me payer des folies. Avec deux amies, nous décidons de jouer les grandes personnes en prenant un abonnement pour voir du théâtre au centre culturel de ma ville. Depuis que je suis toute petite, je vois ma mère partir une fois par mois vers Montréal pour honorer son abonnement au Théâtre Jean-Duceppe. Je la regarde se maquiller, mettre quelques gouttes de son parfum Opium et partir avec ses sœurs. Moi aussi, je veux le faire. Tout m’enthousiasme dans le cérémonial de cette sortie qui n’est pas encadrée par l’école. J’ai enfin mon autonomie artistique.

Variations énigmatiques n’est pas la première pièce de théâtre que je vois. Et pourtant, on dirait que oui.

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À VENIR

  • 28 octobre: Dan Brown, Origine (JC Lattès)
  • 4 novembre: Sylvie Simmons, Leonard Cohen — I’m Your Man (Édito)
  • 11 novembre: Biz, La chaleur des mammifères (Leméac)

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