Éric Vuillard

Le Goncourt et le Renaudot à des récits sur le nazisme

Est-ce un effet de la montée des populismes ? Les jurés du Goncourt et du Renaudot ont choisi lundi d’attribuer leur prix à deux récits saisissants qui reviennent sur la montée du nazisme pour l’un et la fin misérable d’un des nazis les plus odieux pour l’autre.

Le prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire du monde francophone, a été attribué à L’ordre du jour (Actes Sud) d’Éric Vuillard pour son récit fulgurant sur l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, ndlr) et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.

Le prix Renaudot a pour sa part été attribué à Olivier Guez pour La disparition de Josef Mengele (Grasset), un récit hallucinant sur les dernières années du médecin tortionnaire d’Auschwitz, Josef Mengele.

« Pour comprendre certaines choses, nous avons besoin du récit », explique Éric Vuillard, 49 ans, écrivain passé maître dans l’art de démystifier, grâce à la littérature, des faits historiques. « La littérature et l’histoire ont toujours eu des rapports endogames », souligne-t-il.

La fin du récit sonne comme une mise en garde pour le temps présent. « On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d’effroi. »

Le président de l’académie Goncourt, Bernard Pivot, a reconnu avoir été impressionné par ce texte d’une écriture à la fois simple et sidérante. « Le livre est une leçon de littérature par son écriture et une leçon de morale politique, a-t-il reconnu. L’ordre du jour montre qu’un groupe d’hommes, pas très nombreux, peut arriver, par l’intimidation, en comptant sur la veulerie des autres, le bluff et la brutalité, à circonvenir un pays et à déclencher plus tard une catastrophe mondiale. »

Des quatre finalistes du Goncourt, Éric Vuillard était le seul dont le livre n’a pas été publié à la rentrée d’automne. Autant dire qu’il était loin d’être le favori. Avant lui, seule Paule Constant (aujourd’hui membre de l’académie Goncourt) avait reçu le prestigieux prix avec un livre, Confidence, publié au printemps. C’était en 1998.

Le prix Goncourt est doté d’un chèque de dix euros, mais l’enjeu est autrement plus important. Un roman primé s’écoule, selon les cas, de 200 000 à 500 000 exemplaires.