Le séjour de Ndala à Los Angeles sur invitation du réalisateur Rachid Bouchareb, du 25 au 28 janvier dernier, a concrétisé un peu plus ce projet inespéré.

Le fabuleux destin de Blaise Ndala

Son roman « J’irai danser sur la tombe de Senghor » sera porté à l’écran.

Combien d’écrivains peuvent se vanter d’être invités à Hollywood pour adapter leur roman au cinéma ? Leur premier roman, de surcroît ? C’est l’histoire incroyable qu’est en train de vivre l’auteur Blaise Ndala, fonctionnaire à Ottawa le jour, prolifique écrivain à ses heures libres. Son histoire raconte à elle seule le rêve américain. 

Le célèbre réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb (Indigènes, à Cannes en 2006), a souhaité acquérir les droits de son premier roman J’irai danser sur la tombe de Senghor, paru aux éditions l’Interligne en 2014. À peine le temps d’applaudir l’exploit que l’auteur, qui n’en revient toujours pas, a également été approché pour signer la co-scénarisation de cette adaptation cinématographique. C’était son beau secret, qu’il partageait seulement en catimini avec quelques amis proches. Puis vint le temps, fin janvier, de rencontrer Rachid Bouchareb à Hollywood où le réalisateur travaille présentement à son prochain long métrage. Les visites en studio, les quartiers huppés, le paradis des célébrités...

Difficile de cacher l’heureuse nouvelle encore bien longtemps. Le décor était propice : le mois de l’histoire des Noirs, une invitation d’honneur au Salon du livre de l’Outaouais début mars. Voici le fabuleux destin d’un Ottavien d’origine congolaise, bien décidé à décrocher les étoiles d’Hollywood tout en gardant les pieds sur terre, à Ottawa.  

Au début, il a pensé à une blague en rentrant de son travail au Bureau de l’Enquêteur correctionnel. « Un soir, je vois dans ma messagerie un courriel intitulé ‘projet d’adaptation cinématographique’ signé Rachid Bouchareb. J’ai cru à un canular. J’ouvre et je tombe des nues : il m’écrit que mon roman l’a ébloui et qu’il caresse le rêve de le porter à l’écran. » 

Un appel téléphonique plus tard, l’heureux écrivain réalise le sérieux de la démarche, mais n’en revient toujours pas. Comment le réalisateur, dont les films se hissent régulièrement aux sélections à Cannes, aux César et aux Oscar, a pris connaissance de son roman ?  

 « Cela faisait dix ans qu’il cherchait un ouvrage avec une approche originale du ‘combat du siècle’ entre Mohamed Ali et George Foreman, en 1974 au Zaïre. Une recherche fait apparaître mon livre, mais le titre [J’irai danser sur la tombe de Senghor] ne colle pas avec ‘Le combat dans la jungle’ [The Rumble in the Jungle]. Une autre recherche le conduit sur YouTube, à la vidéo de lancement de mon livre à l’UQO en octobre 2014 ».  

Cousinages littéraires du continent africain en tête, le récit lui rappelle l’écriture de Yasmina Khadra, un auteur et compatriote algérien du réalisateur. « Quelque chose dans nos univers se rejoignait selon lui », rapporte Blaise Ndala.

Première fois

La suite de l’histoire appartient aux arcanes de l’industrie cinématographique : des droits à acquérir auprès de la petite maison d’édition d’Ottawa – « l’achat d’une option de 18 mois, précise l’auteur, le temps d’évaluer le potentiel du film » – puis la signature d’un contrat de co-scénarisation. Cela inclut trois versions du scénario avant la mouture définitive et le début du tournage, précise-t-il.  

« Je n’avais jamais écrit un scénario de ma vie, je n’en avais jamais lu non plus. Un scénario tiré d’un roman, ça m’était complètement étranger ».

Dans un savant mélange de carriérisme littéraire intelligent et de charisme populaire, Blaise Ndala ne s’est jamais laissé enfermer dans un seul projet. Son talent lui permet de mener plusieurs projets de front. Il a sorti un second roman Sans capote ni Kalachnikov aux éditions Mémoire d’encrier (2017), qu’il défend avec ferveur aux tribunes où il est convié. Salons du livre canadiens et européens, alliances françaises, émissions de radio, séjours littéraires à l’étranger...

Les prix et nominations se multiplient au même rythme que ses interventions publiques. Son premier roman a décroché le Prix du livre d’Ottawa 2015 après avoir été finaliste au Prix Trillium, au prix Christine-Dumitriu-van-Saanen, au prix Le Droit et au Prix Émergence – AAOF. Son second roman est retenu au Prix Ivoire 2017 et au Prix des Afriques. N’en jetez plus ?   

Pas un hasard

Cet enchaînement de récompenses et de diffusion ne pourrait être qu’une coïncidence, la bonne année d’un auteur avec le vent en poupe, mais à y regarder de plus près, c’est tout sauf un hasard. 

 « Mes heures libres sont entièrement consacrées à l’écriture. » Il est ainsi, Blaise Ndala : touchant, débordant, versatile, habité par l’Afrique qu’il a quittée juriste avant de partir étudier en Belgique puis d’immigrer au Canada en 2007. Toujours disponible pour éclairer nos questionnements occidentaux sur la question africaine. 

C’est ainsi qu’il a conquis les médias et son lectorat, ainsi qu’il navigue depuis quatre ans entre les débats publics et les prisons où il recueille les doléances des détenus, toujours soucieux de défendre les droits de la personne dans l’ombre ou la lumière.        

Hollywood se trouve au cœur de bien des espoirs. Lui n’en espérait pas tant. Le voilà au cœur d’une aventure qui dépasse toute fiction.

Le roman de Ndala revisite le « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman en 1974 au Zaïre.

Le scénario d’une adaptation, du roman à l’écran

Son roman revisite le « combat du siècle » entre Mohamed Ali et George Foreman en 1974 au Zaïre. Le personnage principal, Modéro, quitte son village pour Kinshasa dans le but de se joindre à un groupe de musique légendaire. 

En 464 pages, l’auteur aborde plusieurs thématiques, dont la folie des grandeurs d’un dictateur qui s’est offert ce combat de boxe pour détrôner le poète et président Senghor en tant que guide du monde noir. 

« Quand Rachid Bouchareb a fini le roman, il m’a dit qu’il voyait au moins quatre films à en tirer ! » s’amuse Blaise Ndala.  

Sans dévoiler le fil conducteur que les scénaristes ont privilégié, l’auteur reconnaît que c’est la perspective intérieure d’un Congolais sur cet événement historique qui a séduit le réalisateur. 

« Mobutu n’est pas un intellectuel, résume-t-il, c’est un soldat issu de la force publique. Entrer dans la surenchère lui permettait de s’imposer à sa manière comme une figure forte du monde noir. »

Le novice en écriture de scénario a bénéficié des précieux conseils de son mentor, signataire des scénarios de tous ses longs métrages. Celui d’Indigènes lui a notamment valu un César, et fut en lice pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, avec Hors-la-loi et Poussières de vie. 

« L’écriture romanesque offre beaucoup plus de liberté, analyse M. Ndala. On peut passer 10 pages à décrire un coup de foudre ou un coucher de soleil. L’écriture de scénario, elle, est plus concise et visuelle. Je me projette dans la scène et bien moins dans les états d’âme ou les émotions abstraites. Il faut écrire avec ses yeux, en quelque sorte. »

Les séances de co-écriture se sont tenues à distance à partir d’octobre 2017. 

« Nous échangeons lors de longs entretiens téléphoniques, souvent le weekend car je travaille à temps plein en semaine. Parfois, il m’appelle à l’aéroport entre deux avions, deux tournages. Il fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, il fait confiance à ma plume et à ma connaissance de la réalité sociologique congolaise. » 

Son séjour à Los Angeles sur invitation du réalisateur, du 25 au 28 janvier dernier, a concrétisé un peu plus ce projet inespéré. 

Hollywood, l’incarnation du rêve américain par excellence, ne l’aura pas laissé indifférent. Parallèlement aux séances de travail intenses pour enclencher une deuxième version du scénario, l’Ottavien aura pu vivre son expérience au soleil non comme un touriste étranger émerveillé, mais comme un acteur de l’industrie. La nouvelle recrue a d’ailleurs eu un accès privilégié au studio où le réalisateur prépare actuellement son prochain long métrage, Le Flic de Belleville, avec l’acteur-vedette Omar Sy.

« Le voir travailler sur un vrai film, être dans le ventre de la bête, c’était irréel ! ». 

Le gage irréfutable d’une célébrité naissante ? « Deux chauffeurs de Uber à qui j’ai raconté mon histoire m’ont demandé un autographe ! » De là à frôler l’Oscar, il n’y aurait qu’un virage, savent les habitués des lieux.

La biographie de Blaise Ndala

  • 1972

Naissance de Blaise Ndala à Lusanga, en République démocratique du Congo (ex-Zaïre).

  • 2003

Départ pour la Belgique où il étudie le droit international des droits de l’Homme à l’Université catholique de Louvain.

  • 2007

Arrivée au Canada.

  • 2009

Maîtrise en Administration publique internationale à l’ENAP (École nationale d’administration publique).

  • 2014

Publication chez L’Interligne de son premier roman J’irai danser sur la tombe de Senghor.

  • 2015

Chef de mission en Haïti pour Avocats Sans Frontières Canada.

  • 2016

Enquêteur principal au Bureau de l’Enquêteur correctionnel du Canada.

  • 2017

Publication de son deuxième roman, Sans capote ni kalachnikov, aux éditions Mémoire d’encrier.