Françoys Bernier a cofondé l’École de musique de l’Université d’Ottawa en 1969. Il a créé en 1977 le Domaine Forget, qu’il a dirigé jusqu’à son décès en 1993.

Le Domaine Forget fait face à la musique

La direction et le Conseil d'administration ont pris la décision de «retirer immédiatement toute mention de Françoys Bernier au Domaine Forget de Charlevoix, c’est-à-dire la salle de concert et son nom associé aux grands partenaires».

La direction et le Conseil d’administration ont pris la décision de «retirer immédiatement toute mention de Françoys Bernier au Domaine Forget de Charlevoix, c’est-à-dire la salle de concert et son nom associé aux grands partenaires».

Cette décision fait suite à la publication dans Le Soleil de lundi du témoignagede la nièce du fondateur du Domaine Forget, qui raconte que son oncle la rejoignait dans son lit le soir pour lui faire des attouchements. Ces agissements ont commencé alors qu’elle avait 14 ans et se sont poursuivis pendant trois ans.

D’autres femmes ont également témoigné de gestes déplacés de la part du maestro, dont une de ses sœurs.

Françoys Bernier a dirigé l’Orchestre symphonique de Québec de 1966 à 1968, il a aussi cofondé l’École de musique de l’Université d’Ottawa en 1969. Il a créé en 1977 le Domaine Forget, qu’il a dirigé jusqu’à son décès en 1993. L’organisme s’est doté en 1996 d’une salle de concert, baptisée en son honneur.

Louise Saint-Pierre, présidente du conseil d’administration du Domaine a fait face à la musique. «J’ai convoqué les administrateurs, j’ai écouté les commentaires, il y avait toutes sortes de réactions. Ma recommandation a été de se dissocier complètement du nom Françoys Bernier, ils ont tous soutenu cette décision.»

La décision à savoir si la salle allait être rebaptisée n’a pas été prise encore. «Pour l’instant, on va l’appeler la Salle du Domaine Forget.»

Aux yeux de Mme Saint-Pierre, la décision de rayer le nom de Françoys-Bernier s’imposait. «Écoutez, le Domaine, c’est une académie, on a des étudiants. Et on a une politique de tolérance zéro. Ce qui s’est passé est trop grave, trop bouleversant. On ne peut pas accepter ça, point à la ligne.»

Elle compte même revoir la politique. «C’est sûr qu’on va faire du renforcement, pour s’assurer que la politique est respectée. Et on va même la renforcer.»

La décision du Domaine Forget fait suite à la publication dans Le Soleil de lundi du témoignage de la nièce de Françoys Bernier, Sophie Bernier (photo), qui raconte que son oncle la rejoignait dans son lit le soir pour lui faire des attouchements. Ces agissements ont commencé alors qu'elle avait 13 ans et se sont poursuivis pendant trois ans.

Rue Françoys-Bernier

À la ville de Québec, la présidente du comité de toponymie, Anne Corriveau, va recommander aux membres de rebaptiser la rue qui porte le nom de Françoys Bernier à Charlesbourg. «Ça serait étonnant que le comité ne suive pas cette recommandation, indique Paul-Christian Nolin, attaché de presse du maire Régis Labeaume. Pour nous, c’est clair, le nom devrait changer. Comme ça a été le cas pour Claude Jutra.»

Le même processus a été suivi dans la foulée du scandale ayant éclaboussé le cinéaste, qui avait lui aussi fait l’objet de révélations sur des attouchements sexuels faits sur des mineurs. La rue été rebaptisée l’an dernier, Jérôme-Demers au lieu de Claude-Jutra, une première dans l’histoire de la ville.

Labadie sous le choc

Fondateur des Violons du Roy, le chef d’orchestre Bernard Labadie a été estomaqué en prenant connaissance des révélations à l’endroit de Françoys Bernier. « C’est un énorme choc. Je suis secoué. Évidemment, la première pensée que j’ai, c’est pour les victimes. C’est pour Sophie, que j’ai bien connue, plus que Françoys.» Sophie a déjà été à l’emploi des Violons du Roy.

M. Labadie a croisé Françoys Bernier de son vivant en 1986 et en 1987 dans le cadre de stages sur la direction d’orchestre au Domaine Forget, une semaine la première fois, deux la seconde. «Il m’avait aidé à participer à un stage. Mais ce n’est pas une personne que j’ai connue intimement.» 

L’implication de Bernard Labadie au Domaine Forget s’est fait surtout à la suite de l’ouverture de la salle de spectacle en 1996. Pour sa généreuse contribution, il a été nommé Partenaire de Françoys Bernier. «C’est un titre que je ne vais pas continuer à porter.» Il n’aura pas à le faire, le Conseil d’administration a changé le titre pour «compagnon du Domaine Forget».

Ce que Bernard Labadie souhaite par-dessus tout, c’est que le Domaine Forget puisse poursuivre sa mission. «Le Domaine est une œuvre admirable. Ce n’est pas Salvail et compagnie, ni Juste pour rire, c’est un organisme à but non lucratif. Le Domaine Forget est très important dans le domaine culturel, et je souhaite que les gens ne fassent pas d’amalgames entre l’homme et son œuvre.»

À ses yeux, il ne fait aucun doute, «l’œuvre est plus grande que l’homme».