Basculer dans l'enfer par  Jocelyne Mallet-Parent

Le djihad sous un autre angle

Il y a Élise et Tariq, à peine sortis de l'adolescence et parties prenantes d'un acte terroriste dans le métro de Montréal. Et Jamil, qui, lui, apprend à la dure à dormir avec son arme, de l'autre côté de l'océan.
Il y a leurs mères, Ariane, Fatima et Oleya. La première, médecin, n'a aucune idée que sa fille s'est radicalisée au point d'être prête à s'embarquer pour la Syrie, et à y mourir. La deuxième, transplantée dans la métropole avec sa petite famille, cherche à s'affranchir comme elle peut du joug de son mari, tout en se félicitant de voir ses trois enfants s'intégrer. La troisième, qui a déjà grandement souffert de la guerre dans son pays, ne se doute pas que son fils Jamil a été embrigadé. 
Il y a enduite l'enquêteur Alex Duval, qui tient à retracer les responsables de l'attentat perpétré à Montréal. 
Autant de destins de gens ordinaires qui se retrouvent pris dans les mailles du terrorisme et de l'actualité, et que Jocelyne Mallet-Parent fait s'entrecroiser dans son sixième roman, Basculer dans l'enfer.
Tout en fleuretant avec le thriller, l'auteure manie une plume aux effets de style (ici, une suite de synonymes visant à bien marquer un crescendo d'intentions; là, des tournures de phrases un tantinet trop lyriques, voire presque ampoulées) alourdissant parfois inutilement ses touches. 
Elle n'évite pas totalement non plus le cliché du policier intimement meurtri par la vie pour expliquer l'approche particulièrement humaine de ses interrogatoires, ni le lourd passé d'Ariane pour justifier l'endoctrinement d'Élise.
Malgré ces bémols, l'écrivaine d'origine acadienne n'en réussit pas moins à créer un suspense habilement rythmé par la variété des points de vue explorés. En changeant régulièrement de narrateurs, Jocelyne Mallet-Parent creuse la psyché de chacun des protagonistes. Cela lui permet surtout de varier les perspectives sur les enjeux soulevés.
Elle s'intéresse à ce qui peut mener des jeunes Occidentaux à embrasser la cause du djihad. Or, ce n'est pas tant quand elle prête corps et voix à Élise et Tariq qu'elle s'avère la plus convaincante, mais bien quand elle exprime tout le désarroi d'Ariane et de Fatima face aux gestes de leurs enfants. Et, plus que tout, c'est lorsqu'elle se glisse dans la tête - et les cauchemars! - de Jamil et d'Oleya qu'elle signe les passages les plus percutants et les plus hantant de son roman.