Le cinéma 9 rouvre ses portes vendredi

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Le cinéma 9, fermé depuis juillet, accueillera à nouveau le public à partir de vendredi 21 août.  

«Pour fêter la réouverture, j’offre le popcorn et le coke gratuitement, vendredi», lance le propriétaire des lieux, Didier Farré.

Il a réservé des écrans à deux films québécois : Mon cirque à moi, avec Patrick Huard, et Flashwood, le premier long métrage de Jean-Carl Boucher, avec Pierre-Luc Funk. Didier Farré indique qu’il proposera aussi deux films français, ce week-end, La bonne épouse, avec Juliette Binoche, et la comédie Divorce Club

Les cinéphiles pourront aussi venir apprécier Enragé (Unhinged), mettant en vedette Russel Crowe, qui aura droit à des projections en anglais et en français, et le film familial Bob l’éponge.

«Il faut aussi que je réserve un écran à Tenet, mercredi».  

Le public canadien aura en effet le droit de voir en primeur, mercredi 26 août, avant son exploitation aux États-Unis, le nouveau film de Christopher Nolan, au sein de la distribution duquel figurent John David Washington (le fils de Denzel Washington) et Robert Pattinson.

La sortie de Tenet aux États-Unis a été repoussée au 3 septembre, en raison de la pandémie de COVID-19. «Tenet est un film important. Pouvoir passer des films comme celui-ci avant les Américains» est une des raisons qui ont convaincu M. Farré de rouvrir les portes de son cinéma. 

<em>Mulan</em>

Mulan

Comme «les autres compagnies américaines se sont alignées» sur la stratégie de distribution internationale de Tenet, M. Farré annonce que ce sera la même chose pour le remake de Mulan, des studios Disney, que le Cinéma 9 compte projeter la semaine prochaine.  

Il a la ferme intention de proposer dès que possible le film québécois Maria Chapdelaine, qui réunit entre autres Sara Montpetit, Hélène Florent, Sébastien Ricard, Émile Schneider et Antoine Olivier Pilon.

Le nouvel horaire figure sur le site Internet du Cinéma 9.

M. Farré a pris en juillet la décision de fermer les portes de sa salle de cinéma «pour une période indéterminée», car il ne pensait pas être en mesure de couvrir ses frais d’exploitation, en raison des mesures de distanciation imposées par Québec dans le cadre de la pandémie de COVID.

Il dit avoir reçu ces dernières semaines énormément de courriels et de messages sur les réseaux sociaux l’encourageant à rouvrir. «Et des messages de mes employés qui m’ont attendri, aussi. Ils me disaient à quel point ils étaient tristes, car le Cinéma 9 représentait une partie importante de leur vie». 

Son cinéma n’accueillera que «250 personnes maximums par salle, et on respectera la distanciation sociale et toutes les mesures d’hygiène et de santé publique», dit-il.


« Pour fêter la réouverture j’offre le popcorn et le coke gratuitement , vendredi! »
Didier Farré

Festival du film de l’Outaouais

M. Farré, qui est aussi le directeur du Festival du film de l’Outaouais (FFO), n’a toutefois toujours pas pris de décision en ce qui concerne la tenue de l’édition 2020 de son festival, dont le report avait été annoncé pour l’automne.

«Pour le FFO, en octobre, je ne sais pas encore. J’y songe, mais je vais voir les chiffres de la réouverture, avant. Au poiunt de vue financier, je ne sais pas ce que ça va donner. Les gens sont quand même inquiets [des risques de contagion]. 

Je veux voir si les gens reviennent – et surtout [ceux qui constituent] la clientèle du festival.» 

Son intuition initiale, c’était que «les jeunes reviendraient en premier». «Je pensais qu’ils seraient plus [désinvoltes], qu’ils auraient un comportement  un peu plus délinquant» vis-à-vis de la prise de risques, dit-il. « Mais durant  les trois semaines où on était ouvert, en juillet, j’ai été surpris de voir surtout les têtes grises, et non pas les jeunes.» M . Farré, qui dit avoir constaté le même phénomène se produire au Cinéma Beaubien, à Montréal, fait donc preuve d’un optimisme prudent.

Il estime pouvoir remonter une programmation en quelques mois. «J’ai les droits de certains films étrangers. [...] Je n’ai pas encore consulté les producteurs européens mais je pense que beaucoup d’entre eux seront favorables. Tout va dépendre de la fréquentation [des salles du Cinéma 9] d’ici la fin août. »

Didier Farré

Pas admissible à l’aide fédérale

M. Farré rappelle qu’il ne peut pas profiter de certaines aides fédérales mises en places pour relancer l’économie. Son loyer étant de 71 000 $ par mois, le Cinéma 9 n’est «pas admissible au  programme d’aide du gouvernement Trudeau», car celui-ci est réservé aux loyers de moins de 50 000 $, rappelle-t-il. 

«J’ai demandé à rencontrer la cheffe du cabinet de Patrimoine Canadien pour leur expliquer les lacunes de ce programme, et leur dire que beaucoup de cinémas allaient devoir fermer», car de nombreux exploitants de salles ont eux-aussi un loyer supérieur au plafond admissible, expose M. Farré, qui s’exprime ici «au nom de l’association», la Corporation des salles de cinéma du Québec, regroupement dont il est membre.

Le propriétaire du Cinéma 9 dit n’avoir pas non plus droit à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) car, «pour pouvoir consolider la compagnie, je n’ai pas pris de salaire ni de dividendes» l’an dernier.

Ouvert 365 jours par an, le Cinéma 9 n'avait jamais fermé ses portes depuis son ouverture, en 1996, rappelle M. Farré.