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Le grand public pourra à nouveau voir des films sur grand écran au Cinéma 9, à partir d'aujourd'hui, vendredi 4 juin.
Le grand public pourra à nouveau voir des films sur grand écran au Cinéma 9, à partir d'aujourd'hui, vendredi 4 juin.

Le Cinéma 9 rouvre ses portes

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Le grand public pourra à nouveau voir des films sur grand écran au Cinéma 9, à partir d'aujourd'hui, vendredi 4 juin.

Et, pour l'occasion, «j'offre le popcorn gratuitement», lance le propriétaire des lieux, Dider Farré. Pour la journée seulement: «Je ne veux pas faire concurrence à Vincent Guzzo», ajoute-t-il à la blague, en référence au surnom «Le roi du popcorn» qu'aime se donner le propriétaire des cinémas Guzzo.

C'est le film des studios Dreamworks, Spirit l'indomptable», étalon sauvage bien connu pour sa vélocité, qui sera le premier à accueillir les cinéphiles de l'Outaouais, dès 18h30.

Il y aura de quoi satisfaire tous les goûts. La programmation de la semaine compte deux productions des studios Disney (Cruella mettant en vedette Emma Stone, et le film d'animation Raya et le dernier dragon»); deux films québécois (Les Vieux chums, avec Patrick Labbé et Paul Doucet, Souterrain de Sophie Dupuis (Chien de garde); le film français Hors norme (réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache, tandem responsable du «carton» international Intouchables, et mettant en vedette Vincent Cassel); deux films d'épouvante (La Conjuration : Sous l'emprise du diable et Un coin tranquille 2e partie); et le remake du Convoyeur (La Furie d'un homme) à la sauce Guy Ritchie, mais toujours avec Jason Statham.

L'horaire se retrouve sur le site internet du Cinéma 9.

Deux poids, deux mesures

Les mesures sanitaires en vigueur y seront appliquées: port du masque obligatoire et distanciation sociale de rigueur. Une rangée sur deux sera inaccessible et les «bulles» seront séparées par trois fauteuils vides.

Cinéma 9 de Gatineau

Ce qui n'empêche pas Didier Farré de s'interroger sur la politique du 'deux poids, deux mesures', qu'il observe lorsqu'il tourne les yeux vers l'industrie du transport aérien – de juridiction fédérale – où l'on applique des règles moins draconiennes.

«Aujourd'hui, pour une place occupée, je suis obligé de bloquer 15 fauteuils autour, avec deux rangées vide, celle de devant et celle de derrière. C'est ça le plus difficile. J'ai du mal à comprendre [pourquoi le gouvernement provincial nous impose ces règles] alors que dans les avions, apparemment, c'est plein à craquer, les gens sont assis côte à côte, il n'y a pas de distanciation imposée.»

Il n'a pour l'instant réembauché que «la moitié» de son équipe d'employés à temps partiel – soit une vingtaine de personnes sur la quarantaine qui s'occupent d'habitude des concessions, de la billetterie et du nettoyage. Pas besoin de plus de monde dans l'immédiat, argue-t-il, vu que «les salles vont être remplies à même pas 20%», en raison des règles de distanciation.

Optimiste

M. Farré fait toutefois contre mauvaise fortune bon cœur, s'avouant plus optimiste que lors des précédentes réouvertures, en ce qui concerne la poursuite des choses à long terme. Cette fois c'est la bonne! espère-t-il. Il se dit confiant de voir le retour à la normale, en terme d'achalandage, se produire « en novembre ou décembre».

«On est bien partis! Définitivement.» Ce qui le rassure, explique-t-il, c'est la reprise – à un rythme soutenu – des projections matinales que les grands distributeurs américains organisent à l'attention des exploitants de salles, pour les convaincre de passer des films sur leurs écrans.

«Et puis on voit qu'ils ressortent de “gros canons” – comme Top Gun Maverick et le dernier James Bond», que Didier Farré «attend impatiemment», même si la date de sortie demeure floue: «on ne sait pas encore la date parce qu'ils la changent tout le temps», en essayant de s'adapter à la conjoncture.

La crise pandémique a lourdement affecté le Cinéma 9, mais n'a pas laissé l'exploitant sur le carreau.

L'aide fédérale au loyer, «à laquelle je n'avais pas droit au début, mais que j'ai eue plus tard» lui a permis de couvrir 65% de ses frais de loyer, qui s'élèvent à 71 000$ par mois. Une autre subvention est venue éponger 75% des dépenses en salaires : «en payant 25% de ma poche, j'ai pu conserver et continuer à payer quatre employés à plein temps: mon comptable, le gérant et les deux assistants gérants. Ça valait la peine de les garder».

Emprunt

Il ajoute qu'il a toutefois dû faire un emprunt bancaire de 400 000$ «pour passer à travers» la crise. «J'ai besoin de [cet argent]. C'est avec ça que je tiens le coup.»

La période de confinement a mis au premier plan l'importance de «l'achat local». Didier Farré compte-t-il mettre la main à la pâte et en répondant à cette injonction en facilitant la présence de films québécois sur ses écrans, et notamment celle de films achevés dans la dernière année, mais n'ayant pas pu bénéficier de sortie en salle?

Certainement, répond-il en mentionnant à brûle-pourpoint Vinland, que son distributeur a retiré du marché après une très éphémère période de projections en salles.

Dider Farré

«Je vais favoriser les films québécois et ceux de la région, comme je l'ai toujours fait», ajoute M. Farré, en rappelant qu'au Québec, comme en France, le système étatique de subventions à la production cinématographique impose aux distributeurs des délais entre les différents types de diffusion, avec un ordre de priorité.

Comme il est ainsi impossible pour un film subventionné d'être diffusé en vidéo sur demande ou à la télé tant qu'il n'a pas fait l'objet d'une diffusion préalable en salles, «on se retrouve avec 400 films européens qui n'ont pu sortir nulle part, tout simplement parce qu'ils ne pouvaient pas être [proposés] en streaming tant qu'ils n'avaient pas été vus en salles.»

C'est la raison pour laquelle il s'attend à voir, dans les prochains mois, «une avalanche de films européens» sur les écrans québécois.

Au festival d'Angoulême (lequel collabore depuis quelques années avec le Festival du film de l'Outaouais, qu'administre aussi M. Farré), «les gens des comités de sélection ont du choix à ne plus savoir quoi en faire. [Le festival de] Cannes se targue de proposer cette année la meilleure sélection de films de tout les temps. Pas très difficile, vu les circonstances!»