La cheffe de choeur du CCO, Tiphaine Legrand, au centre, dirige les choristes à distance.  
La cheffe de choeur du CCO, Tiphaine Legrand, au centre, dirige les choristes à distance.  

Le Chœur Classique de l’Outaouais propose une vidéo de confinement [VIDÉO]

Le confinement n’a pas freiné les ardeurs du Chœur Classique de l’Outouais (CCO). Ni l’envie des choristes de partager leur passion avec le public. Ceux-ci ont publié il y a quelques jours la vidéo en ligne d’une œuvre polyphonique, fruit de leur travail – en commun, malgré l’isolement de chacun – des dernières semaines.

Cette vidéo se trouve sur YouTube et sur la page Facebook du CCO.

Lorsque les mesures de confinement ont été annoncées, à la mi-mars, les membres du CCO étaient en train de «peaufiner» un concert polyphonique prévu pour la fin avril 2020. Tenir des répétitions n’était dès lors plus possible. Du moins pas des répétitions «classiques». 

Le 9 avril, le CCO lançait malgré tout le «projet un peu fou» de proposer une prestation virtuelle diffusée en ligne, retrace la choriste Johane Tremblay, qui siège sur le c.a. du Choeur. 

Les répétitions ont donc repris, mais de façon virtuelle, grâce à la plate-forme de vidéoconférences ZOOM.

Une quarantaine de choristes (sur les 54 que compte actuellement le CCO) ont continué à travailler sur plusieurs pièces, et notamment le O Vos Omnes, motet de Tomás Luis de Victoria, qui devait faire partie du concert  d’avril. C’est cette œuvre solennelle qu’ils ont décidé d’enregistrer, dans l’espoir de contribuer «bien humblement à offrir un petit moment de réconfort à notre communauté», souligne Mme Tremblay.

Répéter à micros fermés

Pas une mince affaire, laisse-t-elle entendre. Ni d’un strict point de vue technologique. Ni «philosophiquement» parlant, le chant choral étant par définition un travail de groupe, alors qu’il a fallu cette fois fonctionner «isolément».

Conçu pour faciliter les dialogues à distance et les conférences où une personne parle à la fois, Zoom, n’est absolument pas adapté lorsque tout le monde chante en même temps, fait valoir la choriste. «Toutes les voix se mêlent, et le résultat est horrible.» 

«Pour les réchauffements vocaux, ça allait. [Mais] quand il fallait chanter, on coupait le son».

Les choristes de chacun des 4 pupitres (soprano, alto, ténor et basse) ont d’abord répété – chacun chez soi– en petits comités, dans une “salle de répétition virtuelle”, explique Mme Tremblay. 

Mais les Corona-choristes devaient répéter à micros fermés, tout en demeurant visuellement «branchés» les uns sur les autres. 


Johane Tremblay, choriste du Chœur classique de l'Outaouais, en pleine séance de répétition, en train de suivre à l'écran les indications de sa cheffe de chœur, Tiphaine Legrand. Mme Tremblay et son mari, Richard Tardif, sont les deux artisans du montage photo et vidéo.

Une fois fin prêts, les chanteurs se sont à nouveau installés devant leur écran, pour chanter – parfois seuls, parfois  ensemble, mais toujours «isolément» – face à Tiphaine Legrand, la cheffe de chœur du CCO, et la mélodie au piano.

«Il y avait une certaine communion, malgré le fait qu’on entendait que nous-mêmes. Heureusement, la direction précise de Tiphaine et l’accompagnement au piano de Frédéric Lacroix nous ont aidés à relever le défi. [...] Tu te sens un peu moins isolé», témoigne-t-elle.

Montage vidéo

Au-delà des défis vocal et technologique, l’aventure fut «aussi un bel exercice d’humilité pour tous les choristes», qui, une fois filmés, ont pu observer en détail leurs moindre défauts vocaux, relate Johane Tremblay.

D’autres défis techniques attendait le CCO. À commencer par le mixage des voix, quand il a fallu harmoniser les volume sonores de multiples captations. 

C’est l’un des choristes du CCO, le ténor Marc De la Durantaye, qui s’est occupé du montage audio, tandis que Johane Tremblay et son conjoint, Richard Tardif, ont réalisé le montage de la vidéo. 

Celle-ci est constituée d’un collage complexe d’images – dont des images d’archives, car Mme Tremblay tenait à ce qu’on voit des images de choristes en prestation devant public, et «souriants».

«On a essayé de briser [le concept traditionnel de] la mosaïque d’images... Je trouvais ça un peu froid, la mosaïque de choristes.» À la fin de la vidéo, deux membres du CCO expliquent l’intention en arrière du projet.

Grâce à la magie du montage, le résultat de cette «offrande, dans toute sa tendresse et son imperfection», est «la version la plus proche possible d’une version concert», promet Johane Tremblay. 

«Je suis assez fière. C’est une pièce longue, pas facile à chanter, où tout le monde doit être à l’unisson.» 

Seulement 25 choristes ont poursuivi l’exercice jusqu’au bout. «Quand ils ont vu le résultat, certains ont regretté de n’avoir pas participé». Depuis que la vidéo a été diffusée sur Facebook, les témoignages de gens émus abondent, note-t-elle.

Le Chœur Classique de l'Outaouais, lors d'un concert donné avant la période de confinement.

Choriste: une passion dangereuse

«On est au début de notre exploration» des concerts virtuels, avance Johane Tremblay, qui ne croit pas que le déconfinement tant attendu aura un grand impact sur les activités des choristes.

«Avec la  pandémie, les spécialistes considèrent le chant choral est devenu un sport à haut risque, [à cause de] la contamination par voie ‘aérosol’, comme ils disent» en évoquant les particules qui restent en suspension dans l’air – postillons et autres projections involontaires de salive.

Tant que la crise virale n’est pas terminée, les retrouvailles «physiques» ne semblent guère envisageables, laisse entendre cette jeune retraitée de la fonction publique fédérale. «On ne prend pas de chance. Alors peut être qu’il y aura d’autres vidéos. On regarde ça pour la prochaine saison.»  

Ces dernières semaines, les choristes du CCO en ont aussi profité pour travailler, en mode 'distanciation sociale', sur des morceaux signés Fauré, Mozart, Brucker et Duruflé.