Quand on lui demande de mettre une étiquette sur son style d’humour, Katherine Levac contourne la question, pour préciser qu’elle voulait faire « un show qui [lui] ressemble vraiment ».

L’authentique Levac

Pour la première ontarienne de son tout premier spectacle solo Velours, Katherine Levac débarque au Centre des arts Shenkman d’Orléans par la grande porte. La Franco-Ontarienne — l’humoriste est originaire de St-Bernardin — s’y installera du 12 au 16 février, le temps de quatre représentations (données à guichets fermés) avant d’entamer une tournée-marathon aux autres coins de Québec, où elle se sent désormais chez elle... et pas seulement parce que le public et les diffuseurs se l’arrachent.

Sa tournée se prolonge jusqu’en avril 2019, et les supplémentaires s’ajoutent à la vitesse grand V. Parmi les plus récentes: un cinquième arrêt à la Maison de la culture de Gatineau, le 1er février 2019 (où Velours est déjà à l’affiche les 15 et 16 mai ainsi que les 10 et 11 octobre 2018... à guichets fermés).

Pour leur premier solo, les humoristes aiment souvent préparer un spectacle leur permettant de se présenter un peu au grand public. 

Velours n’échappe pas à cette règle, mais pas tant que ça: « Les gens qui vont venir me voir ont déjà une petite idée de qui je suis, ça fait déjà quelques années » que le grand public reconnaît son minois grâce à la télévision (Les 5 prochains, SNL Québec, Like-Moi, Code F, Paparagilles, etc.) et qu’il s’est familiarisé avec le type d’humour « pince-sans-rire » de Katherine Levac, au gré de prestations données dans le cadre des Galas juste pour rire ou encore en première partie de la plus récente tournée de Jean-François Mercier. 

« Là, c’était justement des numéros de quelques minutes qui servaient de présentation, de carte de visite. Velours, ça l’est moins, même si on découvrira quand même des parties de moi qu’on ne connaissait pas. » La durée (1h) du spectacle lui permet donc d’approfondir les choses: « il y a une certaine vibe ‘voilà qui je suis.... mais qui je suis VRAIMENT. [...] 

« Je sens que j’ai déjà une relation établie avec les gens; ils m’aiment ou ils ne m’aiment pas, mais je suis déjà ‘statée’ », estime la jeune humoriste, à présent suivie par 182 000 abonnés sur son compte Instagram, le média social où elle est la plus active.

Avec Velours, Katherine Levac fait son entrée dans le « stand-up classique ». Pas de masque, ni de personnages, donc. Même pas Paidge Beaulieu — cette Franco-Ontarienne parfaitement bilinguale franglaise — ou à peine esquissée. Pas de sketches » non plus. Juste un micro, des sourires désarmants, et beaucoup, beaucoup d’authenticité. 

Quand on lui demande de mettre une étiquette sur son style d’humour, Katherine Levac contourne la question, pour préciser qu’elle voulait faire « un show qui [lui] ressemble vraiment ». 

«Je ne me lève pas en me demandant ‘Quel est mon style d’humour? Qu’est-ce que je veux projeter ? [...] J’essaie de rester ‘vraie’. Ce qui m’importe, quand je m’exprime ou quand je raconte quelque chose, c’est qu’on sente que ne suis pas en train de te bullshiter, que c’est vraiment arrivé ou qu’il y a quelque chose de vrai, là derrière. Que l’on trouve ça drôle ou pas, je veux qu’on sente qu’on ne pourrait pas mettre ces jokes dans la bouche de quelqu’un d’autre.» 

« Ce realness, c’est vraiment la base de ce que je fais, tant en entrevue que sur scène. Bon, des fois, en entrevue, je me rends compte que je ne suis pas tout à fait moi-même, ou en tout cas que je pourrais l’être plus, poursuit-elle. Sauf que t’es face à une caméra, ça va vite et tout le monde est souriant, alors c’est correct... tu souris toi aussi, puis t’embarques. Mais [malgré ces accidents médiatiques], je veux être toujours authentique et le rester.»

Franco Fil

Sans être le fil conducteur du spectacle, ses racines franco-ontariennes forment «la trame de fond » du spectacle. «Je n’ai pas de numéro sur mes origines, mais j’en parle un peu tout le long... parce que, veux-veux pas, chaque fois que je parle d’un sujet qui touche à ma jeunesse, ou si je parle de mon rapport à la religion, mon rapport aux relations amoureuses et au mariage, mon rapport à la langue française... tout ça est teinté d’où je viens», explique la comédienne dont le personnage de Paidge Beaulieu — une Franco-Ontarienne parfaitement bilinguale franglaise — a rapidement marqué les esprits du public de SNL Québec.

Le titre Velours renvoie à l’image de la douceur de l’étoffe. Or, quand on parle d’un gant de velours, c’est souvent pour évoquer la main de fer qui s’y cache. Le gant de Levac cache-t-il les griffes d’un chat de gouttière ? demande-t-on à celle qui a lancé la promo du spectacle entourée d’une cour de matous moelleux et ronronnants. «Mais pas des grosses griffes !» pouffe-t-elle, avant de se reprendre: «non, il n’y a pas vraiment de griffes».

C’est vrai qu’elle «aime jouer» à entretenir le contraste entre l’image de jeune fille inoffensive qu’elle renvoie et les propos qu’elle tient – toujours avec un sourire désarmant. «On me dit souvent que j’ai une petite voix [pleine d’innocence] et un visage angélique... alors pourquoi ne pas m’en servir, exploiter ce que je suis au maximum ?» 

Elle s’amuse à déstabiliser son public, mais n’abuse pas du procédé. Et se tient loin de l’humour trash. «C’est vraiment [de l’humour] feel good. On parle de choses et d’autres, c’est doux, c’est drôle, OK tout va bien, on s’amuse, et puis tout à coup, Paf ! ‘ça’ sort ! Et les gens aiment ça. Ils ne sortent pas de là offensés en criant ‘Mon Dieu !’» Même si, «pour la première fois », elle ose parler de sexualité, confie-t-elle.

Collaborateurs

Katherine Levac a écrit l’essentiel de son matériel, tout en s’entourant de quelques plumes. D’abord, son «complice d’écriture et de brainstorm» de la première heure (et ex-ami de cœur) David Beaucage. Ensuite, Marc Brunet, l’auteur des séries Like moi et Les Bobos. «Marc était là surtout au début du processus, à titre de conseiller au texte, pour m’aider à [organiser mes idées] et à me rendre du point A au point B».

Parmi ses collaborateurs figure aussi Thomas Levac (qui n’entretient aucun lien familial avec l’artiste, précise-t-elle), qui a « apporté son œil extérieur à la fin du processus, ainsi que l’actrice Sonia Cordeau, de la troupe des Appendices, à qui Katherine Levac a confié la mise en scène de Velours

Katherine Levac avait vu plusieurs des pièces de théâtre qu’avait fait Sonia Cordeau avec le Projet Bocal (au sein duquel elle partage la plume, la mise en scène et l’interprétation avec Simon Lacroix et Raphaëlle Lalande). «Je trouvais tout le temps ça magnifique, beau, drôle et bien ficelé. Je lui ai demandé de prendre la mise en scène pour donner le même effet. Sonia, c’est une touche-à-tout qui comprend très bien la comédie et qui n’a pas d’idées préconçues sur l’humour. Avec elle, c’était pas tout à fait un labo, mais on a essayé plein d’affaires.» 


POUR Y ALLER

Quand ? Du 12 au 16 février

Ou ? Centre des arts Shenkman

Le 1er février 2019

Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca