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Claude Jasmin
Claude Jasmin

L'auteur et polémiste Claude Jasmin est décédé

Mario Gilbert
La Presse Canadienne
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L'écrivain, scénographe et pamphlétaire Claude Jasmin, qui avait notamment écrit la télésérie La Petite Patrie au milieu des années 1970, s'est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi, à l'âge de 90 ans.

La nouvelle a été annoncée jeudi par son site internet sans aucune autre précision.

Claude Jasmin a publié une cinquantaine de livres, dont Pleure pas Germaine, en 1965, écrit entièrement en joual, comme un pied de nez aux tenants du «bien parler», que l'écrivain associait à une «culture mal assurée».

Son roman La Sablière (1979) est devenu en 1984 le film Mario, de Jean Beaudin, avec Francis Reddy.

Le gouvernement du Québec lui avait remis en 2016 sa plus haute récompense littéraire, le prix Athanase-David.

Le critique littéraire du Devoir Louis Cornellier résumait ainsi en 2003 les qualités de ce «romancier tapageur et populiste» : un sens de la vie de quartier, la fascination de l'entourage, la profondeur et le mystère humains propres au moindre quidam, l'art du conteur et une foi inébranlable en l'écriture.

Un enfant de Villeray

Claude Jasmin est né le 10 novembre 1930 dans le quartier Villeray, à Montréal, qu'il dépeindra affectueusement dans un roman devenu télésérie, La Petite Patrie, puis 20 ans plus tard dans le roman autobiographique Enfant de Villeray (2000). Son père épicier (Jacques Galipeau à la télévision) avait décidé d'inscrire ce garçon «qui avait des bonnes notes» au Collège Grasset des sulpiciens, dans le nord de Villeray.

Le jeune Jasmin écrit très tôt : il tient à 12 ans un «journal de famille», puis écrit pour le journal étudiant — et même des contes. Mais comme les maths ne sont pas son fort et que son père ne veut rien savoir des beaux-arts, le jeune Claude est «placé» à l'École du meuble — un établissement quand même prestigieux, creuset du «Refus global». Il en ressort diplômé en céramiques en 1951, ce qui lui permettra ensuite de trouver de petits boulots comme enseignant.

De 1953 à 1956, il collabore ainsi avec Paul Buissonneau sur sa célèbre «Roulotte» dans les parcs de Montréal, comme acteur, décorateur, marionnettiste et régisseur. En 1956, il est embauché à Radio-Canada comme scénographe-décorateur aux émissions jeunesse; il restera à l'emploi de la télévision publique pendant une trentaine d'années, jusqu'à sa retraite en 1985.

L'écriture, sous toutes ses formes

Mais pendant tout ce temps, Claude Jasmin écrit : d'abord pour la radio dans les années 1950, puis pour la télévision, mais aussi et surtout pour des lecteurs. En 1960, alors qu'il n'a pas encore 30 ans, il remporte le Prix du Cercle du livre de France avec son deuxième roman, La Corde au cou. Le cinéaste Pierre Patry en tirera un film en 1965, avec Guy Godin et Andrée Lachapelle.

En 1965, justement, son quatrième roman, Éthel et le terroriste, obtient ex aequo le prix France-Québec. Jasmin s'inspire alors des attentats à la bombe du Front de libération du Québec (FLQ) qui ont secoué Montréal en 1963. Encore en 1965, un jeune réalisateur, Jean-Claude Lord, adapte son roman Délivrez-nous du mal (1961), film qui ne sortira que quatre ans plus tard — peut-être parce qu'il traitait d'amours homosexuelles (Yvon Deschamps et Guy Godin). Et son Pleure pas Germaine, publié pour la première fois en 1965, sera adapté pour le grand écran en 2000 par... un réalisateur belge, Alain de Halleux.

Il a aussi écrit une série de polars mettant en vedette l'«inspecteur Asselin» — dont Alice vous fait dire bonsoir —, qui se déroulent tous au coeur d'Outremont, quartier de Montréal où le romancier a élu domicile.

Mais c'est sans conteste son autofiction La Petite Patrie qui le fera connaître d'un large public. D'abord publié en 1972, le récit de la jeunesse de Jasmin dans son Villeray natal deviendra une série télévisée très populaire, de 1974 à 1976. La télésérie relate l'histoire du «clan Germain», autour de l'adolescent Clément (Vincent Bilodeau), au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale — Jasmin avait 15 ans en 1945.

Après La Petite Patrie, il scénarise avec Réal Giguère la comédie Dominique, à TVA, qui ramène Dominique Michel au petit écran. Trois ans plus tard, il écrit Boogie-woogie 47, qui raconte les vacances d'été d'adolescents — toujours après la guerre —, avec notamment Marc Labrèche et Yves Jacques au début de leur carrière.

Touche-à-tout, Claude Jasmin a été au fil du temps chroniqueur et animateur à la télévision et à la radio, et critique d'art dans les journaux et magazines. Avec son fils Daniel, il a par ailleurs signé une série de 25 articles dans le quotidien La Presse, «Jasmin père-fils», expérience qu'il a d'ailleurs reprise plus tard avec son petit-fils David, à l'été 1999.

Pendant une quinzaine d'années, de 2002 à 2017, il publie un blogue sur son site internet, mêlant sa plume de romancier à celle de pamphlétaire. Fervent indépendantiste, il a reçu le prix Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal en 1980 «pour l'ensemble de son oeuvre». Artiste multidisciplinaire, il a aussi exposé quelques fois ses dessins, fusains, gravures et tableaux.

Claude Jasmin est père de deux enfants, Éliane et Daniel, nés de son union avec Louise Charlebois, comédienne de radio, décédée en 1983.

Note aux lecteurs: Dans la version précédente, La Presse Canadienne rapportait erronément que l'écrivain était âgé de 91 ans. Dans les faits, il avait 90 ans.