Jérémy Comte

L’année de rêve de Jérémy Comte

Il a commencé son année en remportant un Prix spécial du jury au réputé Festival du film de Sundance, grâce à son court métrage Fauve. Il la termine parmi les dix demi-finalistes pour l’Oscar du meilleur court métrage. Il faut ajouter, entre janvier et décembre, une impressionnante série de récompenses récoltées en suivant le circuit des festivals de cinéma. Jérémy Comte ne les a pas tous comptées, mais il estime approcher la soixantaine. Bref, l’année 2018 du réalisateur sherbrookois a dépassé toutes ses attentes.

« C’était tellement imprévisible! » commente celui qui, lorsqu’il a posé sa candidature à Sundance, avait envoyé une copie non achevée de son film, par manque de temps. « C’est incroyable! » ajoute-t-il, renversé également par cette reconnaissance qui vient d’un peu partout dans le monde.

Certains des rubans remportés par Fauve sont quand même plus prestigieux que d’autres et ont davantage de répercussions. « Des festivals américains comme Palm Springs ou Aspen, qu’on a gagnés, sont de gros festivals, explique-t-il. On a aussi gagné à Melbourne, à Vladivostok, au Mexique, au Danemark... Il y en a six qui nous ont vraiment fait avancer dans la course aux Oscars. Le fait d’avoir reçu un prix sur chaque continent est important aussi », précise le réalisateur, qui s’est promené pas mal sur le globe au cours des douze derniers mois, sans se rendre évidemment à tous les événements.

Mais même des festivals de plus petite envergure, tel REGARD qu’il a remporté en mars à Saguenay et où Fauve a été présenté en première canadienne, soumettent leurs lauréats au processus de sélection des Oscars. Plusieurs autres villes québécoises et canadiennes (Montréal, Québec, Rimouski, Vancouver, Calgary, Toronto, alouette!) ont également oblitéré Fauve de leur sceau.

La motivation comme récompense

« Financièrement, le grand prix du Festival de cinéma de la Ville de Québec est un des plus gros. Si on additionne tout ce que ça représente en bourses et services reçus, on est à plus de 100 000 $. Mais la plus importante répercussion, c’est la motivation et l’énergie pour réaliser mon premier long métrage. Mon coscénariste et moi sommes tout près de déposer une première version pour obtenir du financement, public et privé. Fauve m’a d’ailleurs aidé à entrer en contact avec plusieurs partenaires potentiels à l’étranger. Tous les jours, je reçois des courriels. Je suis en train de créer plein de liens. »

Tourné dans la région de Thetford Mines en 2017, sur le site abandonné d’une mine à ciel ouvert avec deux jeunes acteurs du coin, Fauve raconte l’histoire d’un tandem de garçons qui s’enfonce dans un jeu de pouvoir malsain. Le film peut facilement être trouvé et visionné sur Vimeo. Jérémy Comte s’est notamment inspiré de ses errances d’enfance dans la campagne estrienne, à Sawyerville, où il a vécu de l’âge de 8 ans jusqu’au début de l’adolescence. Diplômé de l’école secondaire du Triolet et du Collège Champlain, il s’est ensuite exilé à Montréal pour étudier à l’Université Concordia.

Mais on avait déjà beaucoup parlé de lui en 2010 et 2011. À cette époque, le jeune cinéaste avait remporté la Course des régions et un de ses courts métrages documentaires, Feel the Hill, qu’il a réalisé à 18 ans, s’était retrouvé dans la sélection du Festival de films de montagne de Banff, pour la tournée internationale.

Accident au Ghana

L’année 2018 n’a rien à voir avec la façon dont 2017 s’était terminée pour Jérémy Comte. En repérage au Ghana pour son premier long métrage, le réalisateur a été victime d’un accident de moto. Il s’est même rendu à Sundance en s’aidant d’une canne. Aujourd’hui, grâce à la physiothérapie et à un entraînement constant, il est complètement remis.

Jérémy Comte lorsqu’il a remporté un Prix spécial du jury à Sundance, en janvier 2018.

« Mais ça a été dur de retourner un mois au Ghana cette année. Le processus a été long et j’ai dû passer par-dessus le trauma. Je me sentais plus à risque. Ça a aussi ralenti mon écriture. Mais c’est vraiment dans ce pays que le film doit se faire. Probablement que ce que j’ai vécu là-bas va se refléter. Ça a eu un impact sur la tournure des événements dans le scénario. Le côté viscéral de mon expérience devrait influencer le ton. »

Jérémy raconte que les services de santé ghanéens étaient tellement rudimentaires qu’il a craint pour sa vie. « J’étais à Tamale, dans le nord du pays, où c’était difficile d’avoir des soins même en situation critique. Tu es sur le point de mourir et tu n’es pas du tout en sécurité, tu ne peux même pas te rendre dans un hôpital, tu te sens totalement impuissant. »

Pourquoi le Ghana? Jérémy Comte ne peut le dévoiler, car cela révélerait l’essentiel de son histoire. « Disons que c’est un lien que j’ai découvert entre ce pays d’Afrique et le Québec, qui me touche sur plusieurs plans. On m’a mis en contact avec un Ghanéen qui est devenu mon coscénariste et ami. Je me suis aperçu toutefois que le processus d’écriture est beaucoup plus long que prévu, car j’ai beaucoup de recherches à faire. »

22 janvier

D’ici cette concrétisation, Jérémy poursuit en parallèle sa carrière de réalisateur de publicités et de clips. « Ma copine [Daniela Andrade] est musicienne et artiste et nous avons fait deux clips ensemble, dont un que nous avons tourné au Mexique. Mais Fauve va probablement m’occuper encore en 2019, sa vie de festivals n’est pas terminée. »

C’est le 22 janvier qu’on saura si le court métrage vaudra à Jérémy Comte un laissez-passer pour la 91e cérémonie des Oscars, le 24 février 2019. Fauve devrait aussi être soumis aux prochains prix Iris du cinéma québécois.