Stefan Psenak

L’année 2018 selon Stefan Psenak

Après 16 années de silence littéraire, Stefan Psenak a repris la plume et fait paraître en 2018 une quinzième publication. Parce que cette année marque son retour comme auteur, parce qu’on sait le directeur général de Vision Centre-Ville et ex-conseiller municipal au fait de la scène culturelle locale, parce qu’on connaît sa verve et son penchant pour la partager, Le Droit s’est entretenu avec lui pour faire le bilan de 2018. Coups de gueule et « brassage d’affaires » d’un éternel optimiste.

LE BÉBÉ (AUTOCHTONE) ET L'EAU DU BAIN

Stefan Psenak ne tarit pas d’éloges à l’égard de Robert Lepage. « C’est un génie pur. »

Robert Lepage

« Quand j’étais à l’université, j’avais vu Alanienouidet, qui était une cocréation de Robert Lepage avec Marianne Ackerman. C’était une histoire, justement, sur les Autochtones et leur rapport aux Blancs. » Pourtant, la mention d’Alanienouidet n’évoque ni la controverse de Kanata, ni celle de SLAV, deux créations qui ont plongé le dramaturge au cœur de la tourmente cette année. « Quand on connaît un peu le parcours de Robert Lepage, on ne peut pas l’accuser d’être raciste ou élitiste. On a été très vite à jeter le bébé avec l’eau du bain. »

Sur la question de l’appropriation culturelle, « je suis partagé », laisse tomber l’auteur qui a lui-même des racines autochtones et slovaques. La discussion sur la place et la représentation des différentes communautés en arts, elle, est essentielle, avance-t-il. Mais s’en prendre à une pièce de Robert Lepage, a fortiori avant de la voir, les tireurs se sont peut-être trompés de cible, estime Psenak. Et la balle a frappé la liberté du créateur, une vertu cardinale pour tout artiste. « Je suis pour l’appropriation culturelle, si c’est bien fait, nuance-t-il. L’humanisme, c’est ça aussi ; c’est s’ouvrir à l’autre, essayer de comprendre l’autre. Si ça veut dire de se mettre dans la peau de l’autre pour raconter une histoire, pourquoi pas ? »

« Ça aurait dû ouvrir la porte à un dialogue, à une réflexion. Comme société, je trouve que le débat est tombé à plat. Une fois que les shows ont été annulés, il reste quoi de cet épisode-là, sinon le souvenir d’une controverse ? Est-ce qu’on a fait le chemin qu’on aurait dû faire ? »

(NDLR : L’entrevue a été faite avant la publication du communiqué de Robert Lepage au sujet de SLAV. Voir Robert Lepage tend la main aux détracteurs de « SLAV », avant les reprises dans Le Droit du 28 décembre 2018)

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LES ÉLECTIONS À QUEEN'S PARK

Stefan Psenak en avait long à dire sur la politique ontarienne. Selon lui, la dynamique à Queen’s Park aurait été différente si les progressistes conservateurs avaient finalement eu Caroline Mulroney à leur tête. « Ford a son agenda. Ce qui est aberrant, c’est ses fameuses lignes de parti où tout le monde le suit comme si c’était obligatoire et normal. Le fait qu’Amanda Simard se lève et claque la porte pour être en phase avec ses convictions, ça c’est réjouissant. »

Manifestation franco-ontarienne

À la mi-décembre, le gouvernement de Doug Ford a privé le Conseil des arts de l’Ontario de 5 millions $, soit 7 % de son budget. « Des broutilles pour la province. Mais ces 5 millions-là sont importants pour les organismes culturels et les artistes. »

Foi d’ancien président de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine de Gatineau, il faut accorder des sommes plus généreuses aux créateurs et aux organismes culturels. « Les priorités au municipal, c’est l’asphalte et les égouts ; au provincial, c’est les impôts et la santé ; et au fédéral, on ne le sait pas trop. Il n’est jamais question des arts et de la culture dans les budgets ni dans les campagnes électorales. Pourtant, c’est ce qui définit l’identité d’un peuple. »

Doug Ford

« On ne fait pas le lien qu’au quotidien, si on enlève les arts et la culture et tout ce qui est beau, la vie devient grise, morne et laide. Enlève ça, et on a l’air d’un goulag, de la Russie soviétique. Tous les buildings ressembleraient à Portage ! »

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DEHORS, MANÈS

Le mot de l’année ? Probablement celui qu’il utilise pour décrire l’air du temps : « manichéen ». L’attitude par laquelle on simplifie toute complexité à une opposition entre le bien et le mal. À des stéréotypes. À des diktats, comme ceux auxquels la députée Catherine Dorion a contrevenu avec son choix vestimentaire pour siéger à l’Assemblée nationale. « Est-ce qu’on peut écouter ce qu’elle a à dire plutôt que de la juger sur sa tuque ou son chandail de Patrice Desbiens ? s’enfièvre l’auteur. (L’originalité de Catherine Dorion), néanmoins, ça me réjouit et ça me fait du bien. C’est peut-être mon côté anticonformiste, mais je dirais que des gens portent la cravate beaucoup trop serrée. Ça affecte leur jugement. Ils devraient la lousser ! »

Catherine Dorion

Pour 2019, « j’espère qu’on en vienne à de vraies discussions sur le vivre-ensemble. Des discussions qui vont se traduire à tous les niveaux. Social, politique, culturel… J’espère que collectivement, on va rêver, on va se donner des objectifs, essayer d’aller plus loin que notre petit confort et notre petite indifférence personnelle. C’est un peu mon choix pour 2019 ; qu’on rêve collectivement à des projets de société qui vont nous porter. »

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DANS SES MOTS

Le pire...

Ford et les Franco-Ontariens : « L’élection de Doug Ford : vingt ans après la grande victoire des Franco-Ontariens contre le gouvernement conservateur de Mike Harris dans le dossier de l’Hôpital Montfort, voilà que l’élection d’un gouvernement populiste de droite, complètement déconnecté de la réalité des Franco-Ontariens, s’annonce comme une bonne nouvelle pour la mobilisation, la solidarité et le renouveau du sentiment de fierté et d’appartenance d’un peuple résilient. Ford coupe dans les services et les institutions en considérant les francophones de sa province au mieux comme toute autre minorité linguistique ou culturelle. Inculte, ignare, la grosse cylindrée Ford veut gérer la province comme un business. Il va se rendre compte que les actionnaires franco-ontariens n’ont pas dit leur dernier mot. »

Liaison, la disparition d’un espace de dialogue : « Peut-être est-ce parce que je l’ai dirigée et que je sais l’importance qu’avait la revue culturelle Liaison pour la communauté franco-ontarienne et, depuis une quinzaine d’années, franco-canadienne, mais je déplore la fermeture définitive de la revue cette année. À une époque où l’espace critique rétrécit comme peau de chagrin, la disparition de Liaison n’est rien de moins qu’une tragédie. Une tragédie passée sous silence. Dommage... »

... et le meilleur

La naissance du Pressoir : « Une nouvelle infolettre hebdomadaire, portée à bout de bras par Eliane Laberge et deux de ses comparses, Le Pressoir nous nourrit chaque semaine depuis six mois de tout ce qui se passe dans la région sur la scène artistique et culturelle. »

Le Transistruck : « Il y a les camions de bouffe de rue, puis il y a, depuis cet été à Gatineau, le Transistruck, un camion reconverti en studio de radio à l’initiative de la gang de Transistor Média. Julien Morrissette, Steven Boivin et Marie-Hélène Frenette-Assad vont à la rencontre des gens grâce à leur studio mobile.

Le Transistruck

Présent partout lors des événements, le Transistruck permet de créer des balados de grande qualité qui mettent en vedette les arts, la culture et la société ainsi que ses acteurs et actrices. »

Le sentier culturel : « Deuxième année de la ligne rouge, qui fait trois kilomètres en traversant le centre-ville de Gatineau, le sentier culturel proposait cette année plus d’une centaine de points d’intérêts à découvrir qui témoignent de la petite et de la grande histoire de la ville et présentent des œuvres éphémères et permanentes.

L'application Go Centre-ville

L’ajout d’une application mobile, Go Centre-ville, qui sert de vitrine à l’ensemble des activités commerciales et culturelles qui se déroulent sur le territoire, est aussi à souligner. »

Les 40 ans d’Aux 4 Jeudis : Haut lieu de la vie culturelle du Vieux-Hull, Aux 4 Jeudis a célébré cet été ses 40 ans d’existence.

Propos recueillis par Catherine Morasse