Cléopâtre racontera son histoire à travers le répertoire de Lara Fabian.

L’amour au temps des pyramides

Besoin d’exotisme ? La comédie musicale à grand déploiement Cléopâtre : le roi est une femme promet de réunir, les 20 et 21 octobre sur la scène de la Maison de la culture de Gatineau, l’Égypte, son soleil, ses pyramides et l’une des figures les plus romantiques de son antiquité.

Sur ces planches, la reine retrouvera trois de ses amants historiques : Ptolémée, Jules César et Marc Antoine. Mais, encore plus étonnant : Cléopâtre racontera son histoire à travers le répertoire de… Lara Fabian. Et pourquoi pas ? Lara Fabian n’a-t-elle pas elle aussi trôné sur de multiples palmarès ? 

La troupe Top Passion aime surprendre avec des spectacles d’envergure, mais ses chanteurs-comédiens sont restés un peu bouche bée face à cette proposition artistique inattendue, lorsque leur directeur artistique Yves Marchand leur a lancé l’idée de ce « double hommage », il y a deux ans. 

« On a tous réagi de la même façon, on était un peu ébranlés sur le coup… mais on a une confiance aveugle en Yves. Quand il nous a expliqué son concept, tout le monde a dit ‘J’embarque !’ », retrace Stéphanie Morissette, qui incarnera la reine d’Égypte.

Le classique de Lara Fabian Je t’aime « prend un sens très différent lorsque Cléopâtre la chante en duo avec son frère (et mari) Ptolémée » soutient Yves Marchand. « C’est une chanson qui peut parler d’inceste », postule-t-il en en récitant deux vers pour illustrer son audacieuse interprétation : « Dans cette maison de pierre / Satan nous regardait danser ».

Treize titres très connus, parmi ceux qu’a interprétés Lara Fabian, forment ainsi le fil conducteur d’un récit tout à la fois historique et romantique. Humana, Immortelle, Relève-toi et autres Alléluia prennent « une seconde vie », et un sens radicalement différent à l’heure où les conquêtes romaines se mêlent aux intrigues amoureuses et politiques d’un trium virat qu’enflamment la passion et la jalousie. 

Sensuel, mais historique

Pourtant, malgré ce « nouveau contexte », « on a changé au maximum deux phrases sur l’ensemble des chansons », soutient Yves Marchand. Ces treize classiques se mêlent aux onze chansons originales (plus une mélodie instrumentale et des narrations sporadiques) qu’a composées M. Marchand afin de compléter la courbe narrative des personnages.

« Le volet historique est assez sérieux », promet-il, après qu’on eut demandé si l’aspect « bonbon » du répertoire de Lara Fabian pouvait transparaître dans le spectacle. « Même si Cléopâtre apporte beaucoup de sensualité, ce n’est pas un spectacle à l’eau de rose. Il y a des morts et de la comédie », enchérit Stéphanie Morissette, qui s’est beaucoup amusée à travailler  « la posture, le regard et l’attitude altière » de ce personnage vers qui « tous les regards doivent se tourner » sitôt qu’elle bouge le petit doigt. « Cléopâtre, c’est un aimant », résume Yves Marchand.

Stéphanie Morissette incarne Cléopâtre.

Cette quinzième production de la troupe gatinoise est un peu pharaonique : « Lorsque Cléopâtre arrive à Rome pour être présentée au peuple, il y a près de 100 personnes sur scène ». Outre les 17 chanteurs-comédiens de Top Passion, Le roi est une femme réunit la chorale de l’école du Vallon de Gatineau (52 enfants) et le Chœur de Pom de Saint-André-Avellin (12 adultes), ainsi que 8 danseurs de l’école Anick McConnell, intimement associée à toutes les productions récentes de Top Passion.

Constituées de toile, les pyramides tiennent dans un simple sac, une fois repliées. Mais deux costumières, Brigitte Trépanier et Diane Lemelin, ont travaillé d’arrache-pied pour confectionner une montagne de costumes et d’armures de légionnaires... sans oublier les 6 robes « extravagantes », juge M. Marchand, de Cléopâtre.

Stéphanie Morissette, mezzo de 32 ans, est une habituée de Top Passion : elle a intégré la troupe en 2007, et a endossé de multiples petits rôles au fil des ans, notamment sur Sissi, Roméo et Juliette et L’Artiste de Noël. C’est toutefois son premier premier rôle au sein de cette « grande famille ». 

« Stéphanie a une voix exceptionnelle et un sens des personnages hors du commun. Cléopâtre est très digne, d’une intelligence et d’une volonté extraordinaires. Stéphanie est pareille. Et quand tu lui donnes une consigne, tu peux être certain que ça va être intégré » très vite, souligne le fondateur et directeur de la troupe, Yves Marchand. « Je ne pensais pas pouvoir trouver un jour quelqu’un de plus passionné que moi... hé bien oui, ça se peut ! » poursuit-il joyeusement.

Elle donne la réplique à Stéphane Gauthier (Jules César), Julien McGraw (Marc-Antoine) et Steven Charlebois (Octavius, l’empereur Auguste) entre autres. « Mais il n’y a pas de vedette, dans la troupe : tout le monde s’encourage, s’aide à se dépasser, assure-t-elle. Ce sont tous des passionnés qui font ça pour les bonnes raisons. »


POUR Y ALLER

Quand ? Les 20 et 21 octobre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca

TROIS ÉCRANS

La plus grande des trois pyramides du spectacle Cléopâtre : le roi est une femme fait 24 pieds de haut. Elle cache un orchestre de sept musiciens – qui jouent live, dirigés par Yves Marchand au piano). L’une de ses faces sert d’écran permettant d’accueillir des projections vidéos concoctées par Pierre-Luc Gratton et Hugo Parisien. Un écran de 40 pieds, lui aussi habillé de vidéo-maping, sert de toile de fond au décor, tandis qu’un troisième écran, qui couvre lui aussi toute la largeur de la scène, tombe à mi-profondeur, afin de donner un peu d’intimité au triangle amoureux.

TOUT RÉORCHESTRER

Le compositeur Yves marchand a passé près de 500 heures de travail, juste pour réorchestrer les treize chansons de Lara Fabian, soutient Stéphanie Morissette. C’est qu’il fallait les «revisiter par rapport à l’histoire. L’Orchestre va rendre ça un peu plus militaire, par exemple», précise le directeur musical, dont les «arrangements de voix sont reconnus pour être assez complexes». «C’est un fou, Yves! Il a peut-être mis 1500 heures [pour fignoler l’ensemble des partitions]. Et c’est nous qui profitons de ça!» se réjouit sa Cléopâtre.