Le spectacle du Lac des Cygnes sera présenté du 9 au 11 novembre au Centre national des arts, à Ottawa.

Lac des cygnes, le luxe de la recréation

À la fin des années 80, Aaron Watkin est venu danser Casse-Noisette à Ottawa au sein du Ballet national du Canada. On ne l’a plus revu depuis. Son destin de danseur, chorégraphe, professeur et enfin directeur artistique l’a retenu sur d’autres continents.

Ce Canadien originaire de Colombie-Britannique, désormais à la tête du Semperoper Ballett de Dresden, en Allemagne, résume une carrière dansée allegro : « J’ai quitté le Canada à l’âge de 21 ans, j’en ai 47. J’ai vécu plus de temps en Europe qu’au Canada ». Même si ce retour en terre natale avec Le lac des cygnes revêt une importance toute particulière, Aaron Watkin a pris le pli du confort artistique dont jouissent les compagnies en Allemagne. Pas question, pour l’heure, de revenir s’installer au Canada.

« À Dresden, 70 % du budget de la compagnie est financé par la province, illustre-t-il. Cela induit une vie artistique complètement différente. J’embauche 57 danseurs, des apprentis et des boursiers. La distribution de nos spectacles peut compter jusqu’à 65 danseurs. Le système allemand est fait pour que les artistes ne se consacrent qu’à leur profession. Ils n’ont pas besoin d’occuper des jobs alimentaires pour vivre quand ils ne dansent pas. »

Cette latitude financière encourage aussi les institutions à prendre plus de risques de création.

« L’art évolue constamment, il nous faut donc oser prendre des risques en sachant que tout ne sera pas couronné de succès immédiatement », rappelle-t-il.

Sa programmation mélange grands ballets à succès et nouvelles chorégraphies sans craindre la faillite : 93 % du temps, sa troupe se produit à guichets fermés, se réjouit-il.

Dans sa mouture du Lac des Cygnes, reprise d’une première version datant de 2009, Aaron Watkin n’a pas hésité à adapter à sa guise la vénérable chorégraphie de Marius Petipa. À quelques jours de son départ pour Ottawa, où le spectacle sera présenté du 9 au 11 novembre au Centre national des arts, il retravaille encore la finale du spectacle.

La liberté du mouvement au côté de Forsythe

À ses premiers pas dans la profession, Aaron Watkin n’était pourtant pas convaincu de son choix. « Je préférais les claquettes à la danse classique, plus vivantes et moins contraignantes », avoue-t-il. Puis en 1991, il rencontre William Forsythe, figure de proue du ballet contemporain et fait partie de la distribution de l’un de ses spectacles, The Second detail, à Toronto. Il intégrera peu après sa compagnie à Francfort — à titre de danseur étoile — avant de devenir son assistant personnel, puis montera nombre de ses chorégraphies dans le monde entier.

« J’ai toujours eu cette impression, avec le répertoire classique, de ne pas être aussi parfait que je l’aurais voulu, raconte-t-il. Quand j’ai commencé à travailler avec Forsythe, je n’ai jamais été stressé ou effrayé. Il m’a aidé à me donner confiance, à rechercher comment aller plus loin dans une atmosphère de création. »

Depuis qu’il a accepté la direction du Semperroper Ballett en 2006, à l’âge de 36 ans seulement, Aaron Watkin s’attache à reproduire ce contexte fertile de création au sein de son institution.

« La mixité et la diversité des profils que j’ai connues chez Forsythe me paraissaient étranges de prime abord, reconnaît-il. Ça différait de ce que je connaissais ! Mais chaque danseur avait quelque chose de spécial et l’on voyait pourquoi il nous avait choisis. J’ai gardé cette approche dans ma compagnie qui défend la diversité. » Vingt-quatre nationalités défendront cet indémodable Lac des cygnes mis en musique par l’Orchestre du CNA. 


POUR Y ALLER

Quand ? Du 9 au 11 novembre

Où ? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ou ticketmaster.ca